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Te connecter tu dois !

Au fond, nos vies aujourd’hui sont-elles vraiment beaucoup plus compliquées que celles de nos aïeux ? Pas si sûr, tant il apparaît qu’elles semblent régies par une logique binaire d’interrupteur : en 2013, on est connecté ou on ne l’est pas.

Sûr que ce sujet-là ne pouvait être indéfiniment ignoré sur ce blog-là. Car quand on voit ce qu’on voit et qu’on lit ce qu’on lit, on a clairement raison de poster ce qu’on poste. Ce n’est pas plus une vue de l’esprit que le réchauffement climatique, le peuple est aujourd’hui sous l’emprise d’un opium terriblement accessible : la connexion non-stop. L’accessibilité n’a jamais été aussi accessible ? Une histoire sans faim…

Ce qu’on voit ? Dans les bus, les cafés, les bureaux, les autos… Une humanité toute entière concentrée sur de petits, moyens et grands écrans (segmenter pour mieux régner), absorbée par de passionnants échanges (« je ramène du pain ? »), affairée à traiter, trier, vider des méga, des giga, des terra d’infos.

Ce qu’on lit ? Sur Rue89 par exemple que « cette addiction quasi-physique a une première conséquence : la journée est vite consommée ». Avant, ramener du boulot à la maison était principalement une habitude de cadre sup. C’est désormais, une pratique banalisée à tous les échelons de la hiérarchie. Comme il devient compliqué de réfléchir au bureau, on travaille chez soi le soir : « avec les nouvelles technologies, le fait d’emporter du travail à la maison se diffuse chez la plupart des salariés qui travaillent dans un bureau. » Certes, beaucoup arrivent ainsi à louvoyer apparemment sans stress entre sphère privée et professionnelle. Il n’empêche.

Il existe bel et bien aujourd’hui une « injonction de connexion ». Qu’elle relève d’une exigence explicite de l’employeur ou d’un besoin intégré de consommateur, cette addiction d’un nouveau genre exige de nous la connexion n’importe où n’importe quand.

L’Académie des Sciences vient de publier un rapport qui nous explique que les écrans interactifs seraient une chance pour les enfants, car permettant d’accroître les possibilités du cerveau. Ce, à condition d’un apprentissage dès la maternelle ! Comme on pouvait s’en douter, des lobbys sont déjà à l’œuvre pour nous faire avaler que la peur des écrans est pure parano : les écrans, les nouvelles technologies, c’est bon pour la créativité de nos jeunes ma bonne dame ! Il est probable. Je constate effectivement cela en direct chez moi tous les jours. Ce qui pose problème, surtout aux plus jeunes âges, surtout avec cette sacrée génération Z qui n’a pas fini de nous surprendre et que les sociologues sont loin d’avoir véritablement circonscris, ce sont les débordements, l’inexorable et insidieuse pente vers la geekitude…

Bref, en ce qui me concerne, je n’ai pas attendu le dernier sondage Ifop pour Psychologies Magazine pour réagir. Celui-ci nous apprend quand même que 59% des français se déclarent dépendants de leurs outils numériques (ordinateur, smartphone, tablette), chiffre qui monte à 74% chez les moins de 35 ans. Par ailleurs 71% estiment que ces différents outils nuisent à la qualité des relations humaines. Bon, 83% estiment réussir encore à se fixer des limites dans leur utilisation. Toute la question est là.

Voilà pourquoi, je n’ai pas attendu ce sondage au demeurant fort intéressant, pour me fixer des limites sans faire dans le technophobe. Il m’a juste suffit d’observer, de partir du vécu, y compris en tant que père.

J’ai décidé de savoir, à des moments choisis, débrancher mentalement de cette force puissante qui nous fait désormais graviter autour de nos écrans à l’insu de notre plein gré. Oui, j’ai peut-être raté une info qui tue, un mail de fou. Ou pas.

Créateur et administrateur de site CMS, community manager, blogueur… Ces nouvelles orientations de mon métier premier de journaliste et créatif publicitaire, m’imposent en effet plus que jamais la vigilance.

Voilà pourquoi, chers blogueurs que je « follow » avec plaisir, je serai parfois aux abonnés absents. Cela ne remet pas en question mon intérêt pour vos publications. Voilà pourquoi chers habitués du présent blog, il pourra arriver que je saute un tour (je publie pour l’heure à raison d’un post hebdomadaire). Cela ne remet nullement en question mon projet « Sans Adjectif ». Voilà pourquoi ni Facebook ni Tweeter ne sont des rendez-vous incontournables de mes journées.

Tous écrans éteints, je suis peut-être juste en train de lire un livre avec des pages en papier, de marcher sur un chemin qui va crotter mes bottes, ou de boire un verre avec des êtres humains sans avatars.

Vous l’avez compris : je ne veux pas d’écran entre la vraie vie et moi. Ou alors, juste la portion congrue. Pomme Q…

Crédit photo : Olivia Harris / Reuters

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