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L’appel du devoir tue.

On m’a soumis récemment le visionnage d’un court-métrage qui était sélectionné au Festival de Cannes 2012 : L’un est l’autre.

Dans le fond comme dans la forme, ce petit film de 12 mn a immédiatement fait mouche en ce qui me concerne, si vous me permettez l’expression : il y est quand même question du débarquement de Normandie. De ce fameux tir aux pigeons que fut ce glorieux moment de la seconde guerre. Et qui n’est pas sans rappeler l’absurde et inutile massacre que constituèrent (un peu) plus tôt les tranchées des poilus. Même si, dans le premier cas, les carottes furent vraiment cuites pour l’envahisseur nazi grâce à cet ultime sacrifice… Le film revisite avec une idée originale des situations et des sentiments qu’ont su faire passer, sous un autre format, des films comme « Un long dimanche de fiançailles » ou « Il faut sauver le soldat Ryan ». La guerre dans toute son horreur, son aberration, sa déshumanisation du soldat devenu pire qu’un pion sur les belles cartes des états-majors : de la chair à canon. Gratuite et docile grâce à la culpabilité du devoir…

Ecrit et réalisé par Pierre-Etienne Larrous, dans le style nouvelle propre au court-métrage, ce petit film réussi nous emmène bien plus loin que le D-Day. Mais, chut, pas question de vous de « spoiler » le film ! De belles photos avec un traitement déroutant qui trouve sa justification au moment de la chute, un jeu sobre et très convaincant pour le comédien Neil Narbonne, une bande-son très prenante… Bref, rien que de bons ingrédients qui justifient, par-delà l’excellent pitch, la sélection à Cannes.

Mais si je tenais à vous parler de ce film ici, c’est aussi parce qu’il s’inscrit dans la thématique liberté qui fonde ce blog. L’intention de l’auteur ? Réaliser un « film qui parle avant tout de l’être humain, de la place qu’il occupe dans la société, au sein d’une masse conditionnée et prête à obéir aux ordres à n’importe quel prix. » Et voilà, l’histoire est toujours la même : l’appel du devoir. Pour une nation, son drapeau, son Alsace, sa Lorraine… La victoire en chantant et les moignons en rentrant. Certes, pas question de relativiser l’héroïsme de ces milliers d’inconnus qui ont apporté leur pierre pour terrasser la bête du nazisme. Plus discutable est la guerre des nantis qui envoya en 1914 sous les feux de la mitraille les ouvriers et paysans de France. La citation de Paul Valéry qui introduit le film est à ce titre très bien choisie.

L’appel du devoir, les obligations militaires… Si le statut d’objecteur de conscience a été adopté en 1963, il aura fallu attendre la loi Joxe de 1983 pour qu’il ne ressemble pas trop à une punition déguisée mais à une vraie alternative pour le citoyen. Je suis un pacifiste convaincu, au même titre que l’un des guerriers que je respecte le plus au monde, Morihei Ueshiba, terrible fantassin de la guerre russo-japonaise en Mandchourie qui créa finalement un art martial, un Do, basé sur « l’harmonie des énergies ». Dans ce même esprit, je suis bel et bien contre la fatalité de la guerre car elle n’est ni un jeu, ni  jamais propre. La guerre c’est de la souffrance, rien que de la souffrance et toujours de la souffrance…

C’est à cet appel intériorisé depuis des millénaires, quasi pavlovien, de la violence guerrière qu’il convient de résister plus que jamais aujourd’hui, quand les marchands de mort du monde entier continuent à faire des affaires pendant que les politiques du monde entier jouent les arbitres de paix. Non, la guerre n’est pas un jeu et oui, nous sommes libres de la refuser dès l’instant où nous considérons qu’elle n’est ni juste ni nécessaire.

Deux raisons pour lesquelles je dédicace ce post, respectivement à mon dernier fils et au dessinateur de Bandes-dessinées Tardi. Au premier, qui fait partie de la génération Z (et oui, ça passe vite, dépassé déjà les Y !), en tant qu’adepte, sous surveillance de ses parents, du célèbre jeu « Call of Duty ». Au second, grand spécialiste libertaire de la guerre sous phylactères, pour avoir refusé la Légion d’honneur le 2 janvier dernier. Mais qui se dit prêt à y réfléchir « le jour où l’on reconnaîtra les prisonniers de guerre, les fusillés pour l’exemple ». Bref, pas près de rentrer dans le rang le vieil anar… Plus qu’une dédicace, une pensée particulière à mon père, mes grands-pères, mes arrières-grands-pères, qui eux l’on connu : la guerre, la vraie…

Qui veut la paix, prépare la paix.

Voir le film 

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