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2013-02-25 18.31.26 copie

No Screen Day

Bonjour à tous et à toutes ! Me revoilà donc, après avoir sauté un tour comme je l’avais envisagé dans mon avant-dernier post Te connecter tu dois. A vrai dire, quand j’envisageais cette possibilité, je ne pensais pas qu’elle arriverait forcément aussi tôt. Non, vraiment c’était sans préméditation aucune.

Tout a commencé avec le début des vacances de février de la zone B. Mes fils sont dès le premier jour partis au ski, et à force de voir tous ces braves travailleurs et travailleuses partir s’éclater sur les planches, j’ai décidé de ne pas être en reste : j’ai ouvert chez moi un chantier parquet flottant. Cuisine et salle de bain ma bonne Dame ! Or, vous savez peut-être ce que c’est : c’est le genre de job qui nécessite pas mal de concentration. Et une fois qu’on est lancé, on n’a pas trop envie de traiter l’affaire en pointillés.

Bref, dès le premier jour, je m’immerge à 300% dans les problématiques de coupe, de découpe, de raccord et d’étanchéisation. Et m’aperçois au moment de me coucher que dans cette première journée, je n’ai à aucun moment posé mes yeux sur un écran. Et quand je dis aucun, c’est aucun : ni ordi, ni télé, ni même smartphone. Il m’arrivait déjà de me faire des « No computer days », mais là je viens bel et bien de faire dans le « No screen day »… Un sentiment mitigé : sensation de repos de tous les sens mâtiné de trouble intérieur. D’un côté, la réactivation de cette intelligence des mains, aptes à faire autre chose qu’appuyer sur des touches de clavier, associée à l’extrême attention dans les calculs et coupes, provoquaient une détente nerveuse que ne venait contrarier aucune onde en ADSL ou en 4G. De l’autre, il y avait la réalisation soudaine que ce moment-là n’avait probablement pas été vécu depuis des années, si l’on excepte les vacances à Oléron, dans la Creuse ou dans le Mercantour. Je veux dire là, chez moi, avec tous ces outils du web 3.0 à portée de main… Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

Du coup, j’ai totalement déconnecté les jours qui ont suivi… J’ai pris au passage la décision de renouer avec cet âge d’or que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : passer de temps en temps 24 heures sans écran sous les yeux. Et j’ai pris la grande liberté au passage de ne pas céder à « l’injonction à publication » qui peut vite être aussi le lot du blogueur. Un rapide passage sur les réseaux sociaux ces derniers jours m’a permis de constater qu’il ne fallait pas céder à la culpabilité de rater quelque scoop : la dernière petite blague de Hollande sur Sarko au Salon de l’Agriculture est certainement un événement de la plus haute importance, à voir comme elle intéresse à ce point journalistes et ténors de l’opposition. Vraiment, ça vaut le coup d’allumer son poste de télé ou d’activer son compte tweeter ! Pas d’hyperlien donc, vous ne m’en voudrez pas je crois.

Voilà, je vous invite surtout à faire aussi souvent que vous le pouvez des séances de « No screen Day ». C’est un vrai délice ! Car, au même titre que le « No Buying Day » de novembre, il n’est pas question de devenir des mormons, pas plus que de faire croire à qui veut l’entendre qu’internet est l’autre nom de la Matrix. Même si on est désormais très loin des rêves libertaires des tous premiers internautes, c’est clairement l’une des plus grandes inventions de ces dernières décennies. Non, il s’agit juste encore une fois de garder le contrôle et de rester connecté au… non-numérique. 

En tout cas, ce qui m’a le plus rassuré avec cette petite grève surprise des écrans, c’est de constater que partout une résistance s’organise. En tapant No Screen Day sur Google je tombe sur le site officiel noscreenday.org qui exhorte les enfants et les jeunes adultes à éteindre l’ensemble de leurs outils numériques une fois par semaine. Il est malheureusement en maintenance à l’heure où je rédige ce post. Ça ne s’invente pas. Un autre site, chrétien, propose le black out pendant 3 heures. Sur le dernier ELLE magazine, Alix Girod (alias Dr Aga) nous relate son expérience journalistique : « pendant une semaine, elle a mis toute sa petite famille sur off. Ambiance électrique. » Saviez-vous également que depuis 2 ans, le 28 février est désormais journée mondiale sans Facebook ? Donc, c’est jeudi prochain pour les amateurs de sensations fortes (oui, nous en sommes là encore une fois).

Bon, après pour ceux qui n’ont pas de génération Y ou Z à la maison, et qui restent sceptiques à la lecture du présent post, il y a aussi la possibilité de revoir ce très joli film qu’est WALL-E : tellement plus réaliste que Matrix comme pitch. Rendez-moi ma scie-sauteuse et mon tire-lame !

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Te connecter tu dois !

Au fond, nos vies aujourd’hui sont-elles vraiment beaucoup plus compliquées que celles de nos aïeux ? Pas si sûr, tant il apparaît qu’elles semblent régies par une logique binaire d’interrupteur : en 2013, on est connecté ou on ne l’est pas.

Sûr que ce sujet-là ne pouvait être indéfiniment ignoré sur ce blog-là. Car quand on voit ce qu’on voit et qu’on lit ce qu’on lit, on a clairement raison de poster ce qu’on poste. Ce n’est pas plus une vue de l’esprit que le réchauffement climatique, le peuple est aujourd’hui sous l’emprise d’un opium terriblement accessible : la connexion non-stop. L’accessibilité n’a jamais été aussi accessible ? Une histoire sans faim…

Ce qu’on voit ? Dans les bus, les cafés, les bureaux, les autos… Une humanité toute entière concentrée sur de petits, moyens et grands écrans (segmenter pour mieux régner), absorbée par de passionnants échanges (« je ramène du pain ? »), affairée à traiter, trier, vider des méga, des giga, des terra d’infos.

Ce qu’on lit ? Sur Rue89 par exemple que « cette addiction quasi-physique a une première conséquence : la journée est vite consommée ». Avant, ramener du boulot à la maison était principalement une habitude de cadre sup. C’est désormais, une pratique banalisée à tous les échelons de la hiérarchie. Comme il devient compliqué de réfléchir au bureau, on travaille chez soi le soir : « avec les nouvelles technologies, le fait d’emporter du travail à la maison se diffuse chez la plupart des salariés qui travaillent dans un bureau. » Certes, beaucoup arrivent ainsi à louvoyer apparemment sans stress entre sphère privée et professionnelle. Il n’empêche.

Il existe bel et bien aujourd’hui une « injonction de connexion ». Qu’elle relève d’une exigence explicite de l’employeur ou d’un besoin intégré de consommateur, cette addiction d’un nouveau genre exige de nous la connexion n’importe où n’importe quand.

L’Académie des Sciences vient de publier un rapport qui nous explique que les écrans interactifs seraient une chance pour les enfants, car permettant d’accroître les possibilités du cerveau. Ce, à condition d’un apprentissage dès la maternelle ! Comme on pouvait s’en douter, des lobbys sont déjà à l’œuvre pour nous faire avaler que la peur des écrans est pure parano : les écrans, les nouvelles technologies, c’est bon pour la créativité de nos jeunes ma bonne dame ! Il est probable. Je constate effectivement cela en direct chez moi tous les jours. Ce qui pose problème, surtout aux plus jeunes âges, surtout avec cette sacrée génération Z qui n’a pas fini de nous surprendre et que les sociologues sont loin d’avoir véritablement circonscris, ce sont les débordements, l’inexorable et insidieuse pente vers la geekitude…

Bref, en ce qui me concerne, je n’ai pas attendu le dernier sondage Ifop pour Psychologies Magazine pour réagir. Celui-ci nous apprend quand même que 59% des français se déclarent dépendants de leurs outils numériques (ordinateur, smartphone, tablette), chiffre qui monte à 74% chez les moins de 35 ans. Par ailleurs 71% estiment que ces différents outils nuisent à la qualité des relations humaines. Bon, 83% estiment réussir encore à se fixer des limites dans leur utilisation. Toute la question est là.

Voilà pourquoi, je n’ai pas attendu ce sondage au demeurant fort intéressant, pour me fixer des limites sans faire dans le technophobe. Il m’a juste suffit d’observer, de partir du vécu, y compris en tant que père.

J’ai décidé de savoir, à des moments choisis, débrancher mentalement de cette force puissante qui nous fait désormais graviter autour de nos écrans à l’insu de notre plein gré. Oui, j’ai peut-être raté une info qui tue, un mail de fou. Ou pas.

Créateur et administrateur de site CMS, community manager, blogueur… Ces nouvelles orientations de mon métier premier de journaliste et créatif publicitaire, m’imposent en effet plus que jamais la vigilance.

Voilà pourquoi, chers blogueurs que je « follow » avec plaisir, je serai parfois aux abonnés absents. Cela ne remet pas en question mon intérêt pour vos publications. Voilà pourquoi chers habitués du présent blog, il pourra arriver que je saute un tour (je publie pour l’heure à raison d’un post hebdomadaire). Cela ne remet nullement en question mon projet « Sans Adjectif ». Voilà pourquoi ni Facebook ni Tweeter ne sont des rendez-vous incontournables de mes journées.

Tous écrans éteints, je suis peut-être juste en train de lire un livre avec des pages en papier, de marcher sur un chemin qui va crotter mes bottes, ou de boire un verre avec des êtres humains sans avatars.

Vous l’avez compris : je ne veux pas d’écran entre la vraie vie et moi. Ou alors, juste la portion congrue. Pomme Q…

Crédit photo : Olivia Harris / Reuters

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