Aux bons mots

« Ainsi lui sembla-t-il possible de vivre, voire même d’être heureux, quelquefois. »

Stoner, John Williams, 1965.

Stoner, de John Williams, fait partie de ces romans oubliés en France, inconnu jusqu’à ce qu’Anna Gavalda le découvre et décide de le traduire. Même à l’époque de sa parution, en 1965, il ne s’était vendu qu’à 2000 copies. Je l’ai lu en une journée, sans bouger de mon canapé, les yeux rivés sur des mots que j’avais tant rêvé de lire. L’histoire est simple : elle suit la vie de William Stoner, du fils de paysan débarquant à l’université en 1910 pour étudier l’agronomie, au professeur de littérature dont la vie n’est rythmée que par les ouvrages lus. Une fresque sur un siècle d’histoire, à travers la vie, simple mais douloureuse, d’un féru de mots.

Stoner rentre dans l’intimité d’un homme qui n’a absolument rien d’un héros. William Stoner est un…

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« Forum ouvert » et autres auto-labels…

La mode est au hold-up par le nom. Je le vois bien, c’est une tendance de fond. Et je viens d’en avoir claire confirmation avec ma toute première expérience de forum ouvert… Ben oui, formulée comme telle, la méthodologie de démocratie participative furieusement tendance est au-dessus de tout soupçon. « Forum ouvert »… Qui oserais seulement avancer qu’il puisse y avoir quelques failles dans cette approche du débat et de la concertation ? Forum… Ouvert… C’est forcément cool, c’est forcément peace ! La réalité est beaucoup plus nuancée. Je ne dirai pas ici à quel événement/projet se rattache ma toute première séance de Forum ouvert… Car je tiens le cadre de cette rencontre et ses enjeux, pour globalement positif et porteur d’espoirs neufs en matière de développement durable. Et surtout animé et porté par des individus qui n’ont pas l’habitude de s’en tenir à la spéculation mais sont bel et bien investis, souvent de façon pionnière, dans les « solutions en marche », avec un bilan terrain forçant le respect. Mais voilà, comme vous l’avez certainement noté par ici, je me garde bien souvent de m’associer trop facilement aux euphories collectives.

Le bémol de la belle symphonie « Forum ouvert », je l’ai vécu de l’intérieur donc, au sein d’un groupe où « l’initiateur » du débat avait clairement le projet de défendre et promouvoir sa thèse coûte que coûte. Sur une thématique « Changement d’ère et nouvelle conscience », il s’est employé à faire passer en force sa thèse. En force signifiant dans un contexte de « Forum ouvert », sous couvert de laisser les autres s’exprimer et de se poser en neutre et bienveillant modérateur des échanges. Il a immédiatement eu le besoin de chercher à identifier des idées en contradiction avec la sienne, de cristalliser des camps soi-disant opposés. Très surprenant de la part d’un universitaire versé dans les Sciences Humaines. Je vis immédiatement qu’il était de ces intellectuels tout pénétrés de leurs propres théories. Peut-être de celle de sa thèse de doctorat. Ou bien de son dernier ouvrage. Je fus surpris de sa reformulation de ces échanges, tellement à côté de la réalité de ce qui s’était réellement dit, si tellement peu représentative de ces échanges. Et je lui en fis part. Le plus grand choc fut de découvrir son compte-rendu un peu plus tard : il y déployait sa thèse sur une page entière, se référant notamment à « l’ère du Verseau », qui a donc succédé à celle du Poisson. Comme chacun sait. Pas vrai, Madame Michu ? Chacun des autres membres du groupe voyait son intervention retranscrite d’une phrase à la limite du télégraphique. L’homme qui se présentait comme sociologue ou anthropologue, ou les deux, avait clairement fait œuvre d’influence. Voilà. Ceci pour constater que Forum Ouvert est en effet tout à fait compatible avec « manipulation ». Il suffit pour cela que celui ou celle qui a le rôle d’initiateur, ou de « facilitateur », ait du charisme, une certaine maîtrise du langage et autres subtilités rhétoriques. Et le petit groupe issu du grand cercle se verra privé de toute approche contradictoire, alternative.

Passent les méthodes, passent les théories : les hommes restent les hommes. Voilà donc, ce que peut être dans la réalité ce « Forum ouvert » si cool ! A l’inverse, je ne cherche pas à démontrer ici que ce type de sollicitation de « l’intelligence collective » est mauvais ou inopérant. Je suis probablement mal tombé. Je dis juste ceci : la méthode n’est pas à l’abri des tentatives de manipulation et d’influence.

Bref, oui le hold up par le nom se porte bien donc. Ici à Nice, nous avons l’Éco-vallée par exemple. Forcément éco-logique. Ben oui, logique ! Il suffit pour bien enfoncer cela dans le crâne des maralpins de quelques pseudos réunions de concertation citoyenne pilotées par d’habiles communicants experts en manip de post-it ! Ou mieux, encore, un bon dossier du magazine LE POINT, sorti à point nommé pour la grand-messe consensuelle annuelle locale qu’est le Salon du Livre de Nice. Sur la couverture du numéro actuellement en kiosque de notre ami FOG, alias la voix de son maître : «  Nice. Tout change, et c’est en mieux ».

Il y a sinon ce terrible hold-up du parti de Mr Baroin : Les Républicains. Mais comment notre constitution peut-elle autoriser cela quand l’INPI ne fait aucun cadeau à l’entrepreneur qui surfe un peu trop sur une approche générique avec son dépôt de marque et/ou de base-line ? Essayez de déposer Le Plaisir et vous comprendrez. Vous n’êtes pas de la famille politique de Les Républicains ? Hum… C’est que vous devez être un vilain fasciste ou pire, un anarchiste ! Ah, oui, on a aussi INOUI qui vient de tomber chez la SNCF. En tant que concepteur-rédacteur, j’ai aussi une certaine expérience de ce que l’on appelle le « naming », qui consiste ni plus ni moins qu’à trouver le nom d’une marque, d’un produit, d’un service, d’une entreprise… J’ai un faible personnellement pour les noms qui se construisent sur deux types d’approche : en logique dynamique et/ou en logique de co-construction. Emmanuel Macron, j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de le dire, n’était pas mon candidat et n’est pas un homme providentiel… Mais avec « En Marche », on a tout de même une approche plus réaliste, moins dans la surpromesse et surtout pas dans l’autosatisfecit. « En Marche » s’interprète comme une invitation, une exhortation. Ou si on l’on préfère lire cette appellation comme un constat, il s’agit là d’un mouvement, d’une dynamique, qui fait écho à ces « solutions en marche » évoquées par exemple dans le film-documentaire Demain. TGV exprimait la formulation la plus littérale d’une promesse produit/service objective : la grande vitesse. INOUI s’auto-adoube comme promesse d’une « expérience que l’on a jamais entendu ». Au milieu, il y a de la place me semble-t-il pour des formulations à la fois plus modestes, moins déconnectées du réel et surtout en co-construction. La punchline de l’année, voire de la décennie ? #makeourplanetgreatagain ! Encore une invitation à se mettre en mouvement, à se relever les manches. Et même dans le contexte : à résister ! A s’insurger ! Ça nous change tout de suite de la béatitude obligée.

Je vais bien tout va bien, je suis gai, tout me plaît ! Gare à l’optimisme à marche forcée ! Gare aux auto-labels. Gare surtout à ceux qui ont vraiment l’air très… cool !

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