Pour Amie. Pour Mino. Pour l’espoir.

Il y avait un arc-en-ciel ce matin au-dessus de Nice. A l’ouest de la ville, vers la Madeleine. Bien visible depuis le dernier étage de notre immeuble de la Libération. Un ciel nuageux mais désireux de soleil. Quelques gouttes de pluie. Éparses. Il était tout juste six heures. Il y a deux ans, jour pour jour, un sombre connard emportait la vie de 86 personnes sur la Promenade des Anglais. Je connaissais deux personnes parmi ces martyrs du 14 juillet 2016 : Amie et Mino. Une française et une malgache.

Deux prénoms, deux symboles.

Les prénoms malgaches (comme les patronymes du reste) ont une signification beaucoup plus explicite que nos prénoms français. Mino signifie « croire ». C’est donc, au-moins, l’amitié et la foi que ce malade inculte a assassiné sauvagement en cette funeste édition de notre fête nationale. Alors même que dans l’Islam soufi, Dieu est précisément appelé « l’Ami ». Alors même que croire en Dieu n’est certainement pas respecter la lettre de rites et conventions codifiant bons et mauvais comportements. Ce n’est pas à l’Homme de croire en Dieu. C’est Dieu qui, éventuellement, croît en nous. Oui, le laisser croître, lui, plutôt que notre tribunal intérieur.

Massacrer l’amitié et la foi. Sinistre symbole. Mais il y avait un arc-en-ciel ce matin. J’ai eu envie d’y voir un signe. J’ai pensé à toi, Mino. J’ai pensé à ton mari, Bruno. Qui est aussi mon ami. J’ai pensé à toi, Amie. J’ai pensé à tes parents, Anne et Thierry. Qui sont aussi mes amis. Je crois en l’Esprit. Je crois à l’amitié. Je crois à la rédemption. Je crois à la renaissance. Je crois au regain de cette Terre. Je crois à l’Amour. Je crois tout court.

Un arc-en-ciel comme un signe de l’au-delà de nos vies terrestres.

Un arc-en-ciel, comme signe d’une nouvelle alliance, est-il écrit dans le grand livre de ma religion d’origine.

Aujourd’hui, les théoriciens de la collapsologie ne passent plus pour des farfelus, pas plus que les scientifiques du GIEC (Groupement d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat). It’s gonna collapse very soon ! Oui, notre civilisation industrielle s’effondre. Deux p’tits siècles et puis s’en va… Oui, dans ce clair-obscur apparaissent les monstres pour reprendre le mot de Gramsci. Mais non, ce n’est pas la fin du monde, donc. C’est la fin d’un monde. Et oui, nous avons les moyens de créer cette nouvelle alliance. Etre en amitié avec son voisin comme avec l’étranger, fut-il migrant. Etre en amitié avec l’Humanité. Etre en amitié avec la Nature. Être en amitié avec le cosmos. Être en amitié avec sa nature profonde. Et ce faisant, croire ou ne pas croire. Mais uniquement sur la base d’une expérience intérieure.

Mino, Amie… Amie, Mino… Croire en l’amitié à tout le moins.

Amie, Mino et les 84 autres victimes de cette tragédie… Puissiez-vous être en paix où que vous soyez.

Il y avait un arc-en-ciel ce matin dans le ciel, non loin de la Promenade des Anges.
Il y avait un arc-en-ciel dans ma rétine.
Il y aura en cette journée toutes les couleurs d’une nouvelle alliance dans mon cœur et dans mon esprit.
Les guerriers de la paix sont déjà en route aux quatre coins de la planète. Ils ressemblent à tout sauf à des guerriers pourtant. Mais aucun camion, si gros soit-il, si fou soit-il, ne pourra venir leur barrer la route…

Publicités

Un au revoir sans adjectif

Plus de cinq ans déjà que ce petit blog mène son chemin, de post en post, à un rythme qui fut régulier à ses débuts. Pas mal d’eau a coulé sous les ponts depuis le 29 août 2012, date du tout premier post faisant office de présentations. Le blogueur s’est notamment fait éditeur de presse. Et partant, s’est amusé aussi à développer ses réseaux sociaux. Oui, « amusé » car tout cela a un côté relativement fun de prime abord…

« Aujourd’hui, j’ai mangé des pizzas. »

« Et voici le tout dernier article de notre site internet. »

« Signez la pétition pour défendre cette cause très importante. »

« En ce moment, je me sens joyeux. »

« Les méchants c’est pas gentil. »

« Le dire c’est bien, le faire c’est mieux. »

Publier c’est rendre public.
C’est écrire pour être lu.
C’est photographier pour être vu.
Contrairement à la démarche de l’auteur (excepté les auteurs à succès et/ou à contrat), il y a avec les réseaux sociaux un engrenage qui relève au final d’une injonction à publier. Le droit à la déconnection ? Le droit à ne rien publier pour commencer ! A ne pas faire de commentaire public, à n’avoir rien à dire dans un porte-voix, ni à montrer sur un écran géant visible depuis le coin le plus reculé de la planète, sans eau mais disposant d’une wifi potable.

Cette pression et cette obligation chronophages me poussent aujourd’hui à débrancher.

Car mon temps est devenu précieux et je ne veux plus passer autant de temps devant un écran. Mon post du 25 février 2013 No screen day annonçait la couleur je crois…

Oh, bien sûr, ni « jamais » ni « toujours » n’ont de sens…
Ni «  adieu » du reste.
Alors on va dire que je mets ce blog en sommeil. Ça fera moins mélo…
Une belle au bois dormant pour longtemps. Mais respirant encore.
Un satellite en veille dérivant sur la toile, sans reprise de contact annoncée. Mais non désintégré.

Je ne dis pas que je n’ai pas aimé cette pression positive à publier ici.
Je dis juste que je souhaite renouer aujourd’hui un peu, beaucoup, avec la gratuité de la création.
La part artiste en moi l’exige.
Écrire d’abord pour soi.
Et puis aussi ressortir mes aquarelles.
Et puis aussi commencer la guitare pour de bon.

Juste par cette démarche purement désintéressée qui reconnecte à soi.
Juste pour soi.

« In the desert you can remember you name  » (America)
« La poésie c’est être appelé par son nom »  (Ossip Mandelstam)

Juste se reconnecter à la voix de cette identité profonde, que couvrent aujourd’hui les mille et un buzz futiles de chaque jour.
Juste se glisser à nouveau dans la conscience du tréfonds, à la faveur d’un chemin forestier que l’on ne souhaite partager ni sur Facebook ni sur Instagram.
Juste partager avec soi, et avec soi uniquement, l’expérience intérieure.
Oui, juste se souvenir de son vrai nom.
Juste entrevoir à nouveau, avec un peu de chance, par intermittence, par fulgurance, son vrai moi.
Juste besoin à nouveau d’une concentration digne de ce nom.

Je débranche donc d’un côté pour mieux me reconnecter de l’autre.

Mais avant, je tiens à remercier ici tous les lecteurs de ce bien modeste blog. Les abonnés comme les oiseaux de passage. Les blogueurs aguerris comme les dévoreurs de prose on-line. Durant ces quelques années, j’ai aimé sentir votre présence ici, j’ai bu chacun de vos commentaires avec joie. Ce blog fut une belle idée et mieux : de bien belles rencontres…

En tant que blogueur comme en tant qu’éditeur, je boxe en catégorie « faible audience ». Mais Dieu que celle-ci m’a nourrie ! Voilà pourquoi, plutôt que d’un adieu, je préfère vous gratifier d’un immense… merci !

Toujours, tu chériras la liberté…
Tel est, ou tel était, le fil rouge de Sans Adjectif.
C’est justement pour que ce fil ne devienne une entrave que je débranche sans adjectif.
Sans amertume et sans regrets.

Dans le monde 3.0 pas si smart de la connection obligée,
plus que jamais…

J’AI SOIF DE LIBERTÉ !

%d blogueurs aiment cette page :