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JOUR 4 – Couvre-feu sur Nice ou le virus du sécuritaire

Eh bien voilà, une fois de plus le mieux-disant sécuritaire a encore frappé dans la République de Nice. Notre bon Maire vient d’annoncer au JDD la mise en place du couvre-feu dans la cinquième ville de France. Dès ce soir ma bonne dame !

C’est marrant parce que la dernière fois que j’ai eu à vivre un couvre-feu c’était il y a bien longtemps. Dans un autre temps. Dans un autre monde.
C’était à la fin des années 70 dans la capitale de Madagascar, Antananarivo. Là, ce n’était pas une petite bête invisible de quelques nanomètres qui avait encouragé la mesure. C’était le… rotaka ! Rotaka en malgache est le mot qui s’applique pour désigner des émeutes populaires complètement hors de contrôle. De 1971 à 1972, les émeutes étudiantes « révolutionnaires » allaient préparer, entre autres dynamiques, l’avènement du président Ratsiraka en 1975. Mais le terme s’applique en fait à tous les troubles qui relèvent peu ou prou d’une forme de justice populaire. Laquelle peut aller jusqu’aux lynchages, aux pogroms. A la fin des années 70 donc, j’étais adolescent et je crois bien être incapable de retrouver les raisons qui avaient généré du rotaka. Il y avait notamment ces tensions avec la communauté comorienne. Mais pas que. Je me souviens des magasins pillés et incendiés, l’enseigne Bata notamment, je me souviens aussi que ça jouait de la machette. Je me souviens que, passionné de judo et compétiteur, j’allais quand même m’entraîner le soir et que, en rentrant chez moi, il nous arrivait avec mon pote de judo, de nous jeter rapidement derrière les voitures garées dès que les camions militaires qui patrouillaient étaient en vue. En rentrant à pied par Analakely, le grand marché de la capitale, le petit blanc n’en menait pas large. Je marchais vite en regardant mes chaussures. Mais bon, ça passait. Tout cela n’avait pas l’air en tout cas de paniquer mes parents. Il est vrai que je parlais alors couramment le malgache. Il est vrai que les gens étaient globalement moins flippés qu’aujourd’hui.

Et voilà donc, dès ce soir, ma deuxième grande expérience du couvre-feu. Mais à Nice, point de rotaka ni même de gilets jaunes. C’est donc le Covid-19 qui dicte sa loi, dûment relayée par le plus obsédé de sécurité que l’on puisse trouver en France. Vous savez, on parle d’un des rares niçois a avoir contracté le coronavirus ces derniers jours. Le mec qui se faisait des bains de foules spécial troisième mandat. Du serrage de louches en veux-tu en voilà, et des mamours tous azimuts. Et voilà, donc qu’il nous joue du faites c’que j’dis, pas c’que j’fais. Plus royaliste que le roi dès l’instant où il est question de sécurité, il nous pond donc son petit arrêté couvre-feu. Vous aimiez la smart city ? Vous kifferez la safe city ! Ah Nice ! Son canon de midi, son couvre-feu, ses caméras, son tout nouveau drone-flic ! A 20 heures ce soir, je sortirai sur mon balcon applaudir les vrais héros de cette nouvelle épreuve collective. Mondiale ! En-dessous de moi, la rue sera définitivement interdite à toute forme de déambulation. Dans la petite ville de province qui aimerait bien jouer dans la cour des grands, car si peu spontanément citée généralement parmi les métropoles françaises, dans la petite ville de la police d’opérette : peut-on dire que l’on a le couvre-feu qu’on mérite ?

 

Un dimanche très réparateur…

Machine à laver !
Machine détraquée !
Lalalalala… Yeah ! Yeah Yeah !

Ce matin d’octobre, ça pourrait presque être ambiance Starshooter à la maison, si le morceau du groupe des années 80 fondé par Kent Hutchinson n’était si entraînant. D’un triple bip, notre lave-linge vient de nous signifier qu’il n’ira plus au-delà de la séquence rinçage. Et au deuxième essai, qu’il nous abandonne désormais dès la séquence lavage. Pas vraiment sur le projet soudain de danser un rock endiablé avec ma femme… Sur le tableau d’affichage, le nom de code de cette panne est parfaitement clair : L E

Vite, la brochure technique. Ah, voilà, L E équivaut à « Défaillance électrique du moteur ». Chouette, on nous dit quoi faire en rubrique « Solution » juste en face de la colonne : « Fermer le robinet d’eau. Débrancher la prise. Appeler le dépanneur ». Humour de rédacteur de fiche technique ? Fin de non recevoir aux MacGyver les plus audacieux ?

Que dit la facture ? Ah, ce lave-linge vient pile de fêter ses 11 ans. Il serait dans la moyenne de l’espérance de vie du genre nous dit le grand internet-je-sais-tout. J’apprends au passage que cette durée de vie serait même passée de 10 à 7 ans. Fuck l’obsolescence programmée ! En même temps, la conscience du bricoleur du dimanche en sort passablement rassurée. Une vieille dame de 11 ans qui nous quitte ainsi, ma foi, c’est juste dans l’ordre des choses. Sauf que ça ne tombe pas bien du tout du tout. Nous sommes dans la période post-estivale. Les cigales ont quand même pris du bon temps cet été. Ça vaudrait peut-être le coup de regarder si le grand internet-je-sais-tout justement n’a pas quelque réponse intéressante à donner à partir de ce code de panne, me souffle ma femme… Interpellant chez moi cette propension naturelle (cette obsession ?) à faire durer les choses. Par exemple, conserver le même Iphone4 depuis plus de 7 ans, quand la moyenne de renouvellement des Smartphone est de 18 mois. Sans coque de protection Messieurs Dames ! Surtout ne pas faire les mises à jour…

Bref, touché dans mon intime, je file sur internet, en quête de quelques tutos bien ciblés. Et là, Bim ! First try ! Dans le mille ! Trois tutos s’intéressent au modèle précis de notre machine et au symptôme qui la perturbe. Premier diagnostic à envisager : le lâchage du tachymètre. Cette petite pièce qui analyse la vitesse de rotation du tambour, en particulier sur l’essorage, et transmet tout ça à l’état-major de commande et sa carte. Dans la foulée, toutes les étapes pour accéder à ce fameux tachymètre. Repars sur les sites qui vendent ce type de pièce. Le prix me laisse pantois : 12 € ! Contre 500 € minimum pour une nouvelle machine ! Sûr que ça vaut le coup de se lancer. Commande la pièce et deviens, toujours grâce aux tutos, incollable sur le démontage du rotor et des aimants. Dégage le tachymètre d’origine. Place le nouveau.

Allez, c’est dimanche, c’est lessive-test !

Magnifique tableau dominical que ce jeune couple (ah ben non, je nous ai grillés en début de post en parlant de Starshooter, ce groupe de rock que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Et puis, j’en ai rajouté une couche avec MacGyver) regardant le hublot de sa machine à laver comme l’on a pu guetter les premiers pas lunaires d’Armstrong sur les téléviseurs du monde entier il y a 50 ans.

Yes, le lave-linge passe la séquence lavage. Incroyable, il passe l’étape du rinçage ! Putain ! Il nous lance l’essorage jusqu’au bout !
On a tourné sur la Terre ! We are the Champions !
Des milliers de tours pour notre vénérable lavandière, un grand bond pour notre durabilité ! En 2019, relancer sa machine à laver, qui sait, pour une décennie supplémentaire, est une source de joie et de satisfaction personnelle difficile peut-être à expliquer. Mais bien réelle ! Après avoir explosé mes records personnels en matière de mobile, j’envisage désormais le no limit sur notre machine à laver. Oui, ce fut un dimanche très réparateur sur Nice. J’aurais pu en sortir lessivé. Et cet épisode aurait même pu égratigner durablement mon amour propre (de bricoleur approximatif). Il aura finalement réveillé les couleurs de notre foi dans le durable en acte.

Ce fut un dimanche sur la Terre.
Ce fut notre Sustainable Pride.

 

 

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