Archives de la catégorie Free Art

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BEN, l’art en son flux

INSAISISSABLE, INCLASSABLE, ICONOCLASTE, AVANT-GARDISTE, INCONTOURNABLE, INFATIGABLE… DEPUIS NICE OU IL N’A CESSÉ DE BOUSCULER COURANTS ET CONVENTIONS, BEN VAUTIER, ARTISTE MAJEUR DE LA CRÉATION CONTEMPORAINE, N’A CERTAINEMENT PAS DIT SON DERNIER MOT, AVEC OU SANS PINCEAU.

« Etre libre maintenant »… Telle est l’inscription qui figure au-dessus du portail de la maison de Ben à Saint-Pancrace. Credo que confirme un simple coup d’œil,  en deuxième plan, sur ce lieu de vie conçu (et vécu !) comme œuvre d’art à part entière. Les contraintes urbanistiques ne le concernent visiblement pas. Nul doute que la liberté soit un fil rouge intéressant pour tenter de définir l’homme et son travail. Tenter seulement… En 2010, l’exposition-évènement « Strip-tease intégral de Ben » au MAC de Lyon s’y était attelé avec brio. Mais bien malin qui prétend vraiment mettre à nu Benjamin Vautier. Nos enfants le « lisent » sur leur agenda, les usagers du Tram de Nice à chaque station de la Ligne 1, nos courriers sont « affranchis » par ses timbres… Côté histoire de l’art ? Artiste contemporain majeur du XXe siècle, acteur avant-gardiste incontournable de la période post-moderne, cofondateur du mouvement Fluxus, co-créateur de l’Ecole de Nice : Ben est représenté dans les plus grandes collections publiques et privées du monde. Si dans le sillage du dadaïsme, l’on retrouve dans ses réalisations et performances le rejet des conventions et un penchant évident pour la dérision, Ben est allé plus loin, en pionnier inspiré par les Duchamp et autres Cage ou Brecht : vers cet art total où « la vie est art ». Cercle vertueux d’une reconnaissance qui en fait aujourd’hui un artiste plus libre que jamais, toujours porté par une énergie exceptionnelle et la fièvre d’inventer. Si Ben Vautier a des doutes, il ne connaît pas les affres de la création. Il y a plutôt de la jubilation dans sa façon d’interroger le monde. Alors, ce jeune homme de près de 80 printemps se remet à la céramique, alimente son site internet et sa newsletter de sa plume prolixe, s’initie au dernier logiciel de mise en page. Plus que jamais habité par les mots, il vient de publier « La théorie de l’ego » (Favre), ouvrage traquant la particule de l’ego, aussi vrai que « L’univers est un ego en expansion ». Plus que jamais tourné vers les autres aussi, cet artiste généreux continue de mettre en avant les jeunes artistes contemporains dans chaque lieu où il est invité. Plus que jamais provocateur, Ben se déclare toujours « anti-art, anti-tout, anti-Ben ».

(Portrait de Ben réalisé pour l’édition 2014/2015 du guide Nice Code)

Crédit photo : Loïc Thébaud / www.loicthebaud.com
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Le Parapente,

la planante des esprits clairs

J’ai passé une bonne partie de ma prime jeunesse à Annecy : dans les années 80, j’en ai vu tournoyer des parapentes au-dessus des massifs cernant son superbe lac ! Fasciné par la sensation de liberté qui semblait ce dégager de cette pratique, je n’ai pourtant jamais franchi le pas. Une trentaine d’années plus tard, installé à Nice, je découvre ma mission sur le numéro d’été de Couleur Nice : tester le parapente pour ses lecteurs !  A moins d’une heure de Nice, dans le cadre exceptionnel du village de Gourdon, un club de parapente officie en effet depuis 1990 : Ascendance 06. Et c’est parti pour un Baptême Biplace !

Pour ceux qui n’y auraient encore jamais goûté, l’ascension au village de Gourdon vaut à elle seule le déplacement. Niché dans le Parc Naturel Régional des Préalpes d’Azur, un village en tout point gâté par son environnement. Mais, pas question de nous tromper de sujet : quand il faut y aller, il faut y aller ! A l’Auberge de Gourdon, Eric Bordon, un des deux fondateurs de cette « Ecole professionnelle de parapente », ne nous attend certainement pas pour une promenade de santé. L’homme est d’un contact direct, à la fois agréable et concentré, concis et directif, à la manière de ceux qui ont la vie des gens sous leur responsabilité : « il faut y aller là, car ça va commencer à souffler un peu là-haut ». En ces premiers jours de mai, la météo nous a de toute évidence bichonnés : ciel bleu et grand soleil. Mais les écarts thermiques jour/nuit propres à cette saison augurent également d’un peu d’agitation dans les airs.

Un sport zen ouvert à tous

Sur le trajet qui mène à l’aire de lancement, entre deux appels sur son talkie-walkie, Eric Bordon expose d’emblée l’esprit de son sport : « Le parapente n’est pas forcément un sport en adéquation avec ce que nous vivons de nos jours. Nous ne sommes pas dans une logique de consommation. Avec le parapente, il faut prendre son temps, vivre avec la nature. C’est un sport de réflexion, un peu cérébral : il faut être clair dans sa tête ! ». C’est la seule condition de pratique, vraiment ? Pour l’ex-membre de l’équipe de France, cela ne fait aucun doute : « Voler est accessible à tout le monde, et même à toutes les générations ! Le doyen de notre école a 80 ans. Il n’y a pas d’aptitudes physiques ou athlétiques particulières. Il faut juste venir serein. Pour le reste, en terme de sécurité, il faut savoir que le parapente est aujourd’hui une activité très mature, qu’il s’agisse de matériel, d’encadrement, d’homologations à la construction, d’homologations en vol… En tant que Moniteurs Brevetés d’Etat, nous faisons valoir notre expérience du vol. Ce n’est pas pour rien que les gens nous confient si facilement leurs enfants ! »

Le vol douceur par excellence

Nous arrivons au site de décollage. Un panorama à couper le souffle, de la Baie de Saint Tropez jusqu’au Cap Ferrat. Cerise sur le gâteau ce jour-là : la Corse se découpe face à nous, à peine voilée de nuages. Ce ne sera pas la seule bonne surprise du jour. Pour l’heure, pas question de rêver, Eric Bordon me tend un casque et un sac à sangler autour de la taille et des épaules : « Maintenant, écoute bien les consignes que je vais te donner. » Elles sont simplissimes pour ce baptême en biplace : se tourner du même côté que lui, ne pas lutter contre la voile, marcher naturellement vers la pente… Gloups ! Cette fois, plus question de faire marche arrière. A peine le temps de se demander si l’on exécute correctement ces consignes que déjà le sol se dérobe sous vos pieds. En douceur, sans à-coup. Délicieuse et soudaine sensation de glisse dans les airs au-dessus des prés alpins. Les arbres se font soudain branches, les êtres humains petits points. Au-dessus de nous le ciel immense, et d’autres voiles silencieuses. Non je ne rêve pas : I believe I can fly ! Mais que me dit mon pilote derrière moi ? « Détend-toi ! On dirait un vrai bout de bois ! ». Ah oui, peut-être un peu de tension dans tout le corps. Comme je suis placé devant, j’ai cette fausse impression d’avoir à agir pour que cela plane et vire. Que nenni ! « Laisse-toi faire, je m’occupe de tout. Assied-toi, cale-toi bien au fond de la sellette et croise les jambes. Et détend-toi ! » Ok, message reçu, je laisse le pilote piloter donc.

Entre sensations et contemplation

A partir de cet instant, et passé un léger tournis type mal de mer, le reste ne sera qu’un pur moment de plaisir. Eric Bordon me fait découvrir différents types de sensations propres à ce sport, à travers les deux grands types de courants ascendants : dynamiques et thermiques. A chaque fois le « bip-bip », petit appareil embarqué, confirme que la voile est en train de monter. Eric Bordon m’explique l’apparente simplicité de la pratique : « Si tu veux monter, il faut trouver de l’air qui monte plus vite que tu ne descends. Globalement dans le ciel, tu fais du surf, en jouant avec les courants d’air. C’est vraiment une activité de glisse ! En fait, on va se promener dans le ciel, voilà pourquoi ceux qui recherchent des sensations fortes sont souvent déçus. » Certes, je n’ai absolument pas l’impression de risquer ma vie, dans cette douce glisse, et pleinement confiant entre les mains d’un tel pilote chevronné qui a déjà rallié Grenoble depuis Gourdon ! Pour autant l’adrénaline pulse à plein. Tantôt planant le long des parois, tantôt s’élevant à la verticale au-dessus de la crête, une extrême sensation de liberté, avec dans la rétine une improbable réunion de paysages : le lac de Saint Cassien, la montagne Sainte Victoire, les cimes enneigées du Mercantour, les îles de Lérins… « Bon allez, on va entamer la descente ! Au moment de l’atterrissage, arrive également en marchant naturellement ». Et l’arrivée se passe effectivement avec la même douceur que le décollage.

Pour aller plus loin

C’est peu dire que je suis enchanté par l’expérience. Un peu enhardi, me voilà à demander à partir de combien de vols, l’on peut envisager de voler en solo. « Nous avons un stage de 3 jours qui permet de réaliser son premier vol seul. L’essentiel de la formation consiste à savoir manipuler la voile au sol, à réussir à avoir un cap avec cette voile. Ensuite, la première « sortie » solo est téléguidée par radio : avec un moniteur en haut, et un autre en bas. Après, si tu veux vraiment entrer sur la pratique du parapente, compte un investissement voile et sellette d’environ 3000 € qui te fera entre 3 et 4 ans ». De retour à l’auberge de Gourdon, nous retrouvons Patrick Husson, associé et cofondateur d’Ascendance 06. Je lui fait part de mon enchantement et, nullement blasé malgré 30 ans d’expérience, il se montre conscient du privilège : « ici, on a la chance de pouvoir voler très souvent, et avec une très belle vue ! Le parapente est une activité très abordable à condition de rester dans les règles. » Eric Bordon surenchérit : « Oui, si l’on peut passer un Brevet de Pilote avec 40 vols, le danger commence quand on a des plumes qui se mettent à pousser sous les bras. » Dans ce sport ultra-sécurisé et serein, le danger est dans une excessive confiance en soi. Personnellement, j’ai surtout ressenti un parfait contrôle des opérations. Et pour tous ceux qui volaient en solo ce jour-là, tout semblait glisser sans heurt ni peur. Trois jours pour s’initier au solo ? I Believe I can find…

http://www.ascendance06.com

(Article paru dans COULEUR NICE numéro d’été 2014)

Crédit photos : Jean-Marc NOBILE

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