Nous sommes tous en exil.

EMMANUEL KIRSCH (le chef d’orchestre) :  » Si je puis me permettre, je peux vous demander quelque chose ? »
ZOLTAN (le gardien d’immeuble) : « Je vous en prie. »
– Vous êtes gardien ici depuis longtemps.
– Ça fait trois ans. Avant j’étais ingénieur. À Budapest
– Ah oui ?
– Oui.
– Monsieur Kirsch, permettez-moi de vous offrir un verre de toké*. De Budapest.
– Ah, avec plaisir !
– Asseyez-vous
– Merci.
– Kirsch, c’est un nom allemand…
– On peut dire ça, oui. Ma famille est passée par là.
– Kirschman ?
– Oui.
– Dites-moi, Monsieur Kirschman, il y a-t-il dans ce monde des êtres qui ne soient pas en exil ?
– Je ne sais pas. Regardez, même les roses sont en exil. C’est le bouquet !
– Oui.

(…)

EMMANUEL KIRSCH (sur le répondeur téléphonique de Catherine) : « Catherine, c’est Kirsch. Tu sais, quand je t’ai appelée l’autre matin, je n’avais rien à vendre ni à acheter, non. J’étais allé revoir le film de Keaton qu’on avait vu ensemble le soir de tes vingt ans. Ce soir-là, tu venais d’hériter d’une chambre de bonne et de deux vases chinois. Tu disais que tu voulais tout vendre pour être libre. Tu ne voulais rien posséder. Ça m’a donné envie de renouer la conversation là où on l’avait laissée. Voilà. »

C’EST LE BOUQUET ! (film de Jeanne Labrune, 2002)
(re)(re)voir le film

* eau de fruit traditionnelle roumaine à base de fruit

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AMI(E)S DE LA TRANSITION, VOUS N’ÊTES PAS RÉALISTES !

Le 7 novembre dernier, Nicolas Hulot annonçait le report après 2025 de la réduction de 75% à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité française : « Je préfère le réalisme et la sincérité à la mystification ». Le lendemain, sur le plateau du 28 minutes d’Arte, nouvelle leçon de pragmatisme. Le thème du jour : «  la France peut-elle pacifier le Golfe ? ». Question de la journaliste Nadia Daam : « Est-ce qu’on fait bien de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, quand on sait ce qui se passe au Yémen ? » Un enfant qui meurt toutes les 10 minutes par exemple… La réponse des spécialistes du monde Arabe présents ce jour-là ? Realpolitik, Madame ! « Vendre des armes, ce n’est pas seulement vendre des armes. Quand un Rafale est vendu, il y a les mécaniciens, les entraîneurs, la formation ». Nous y voilà, donc.
Le réalisme, dont la journaliste Michèle Cotta se revendique dans un billet sur Nice Matin, volant au secours de Nicolas Hulot contre les « idéologues de l’environnement », ne serait-il pas surtout l’autre nom du lobbying ? Parce que le scénario Negawatt est tout ce qu’il y a de plus réaliste. Encore faut-il l’avoir lu. Réalisme, pragmatisme, sens des responsabilités… Toujours la même rengaine. En période d’élection, pour renvoyer les progressistes audacieux dans les cordes, toujours le même argument : hors la gauche de gouvernement, point de salut ! Et pourtant, les avancées majeures de ce monde ne sont pas à mettre au crédit des réalistes. Jamais. Il aura fallu des utopistes, des rêveurs. Des poètes. Nous consacrons expressément dans ce numéro un article visant à réhabiliter cette « part poétique » en nous. Opposer aux dérives de la mondialisation cette « Mondialité » dont parle Patrick Chamoiseau dans son dernier livre Frères migrants, au profit d’une nouvelle « Relation ». Contre la géopolitique cynique, une géopoétique humaniste.

(Édito du Journal RESSOURCES N°8, Décembre 2017 – Janvier 2018)

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