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Instituteur maltraitant de Fuon Cauda : nouveau témoignage, 25 ans après…

J’ai reçu au début du mois un mail troublant, que je souhaite partager ici avec l’accord de son auteur, car il fait suite à un de mes posts daté du 6 juin 2015  » De la parole de l’enfant  » sur une affaire d’instituteur maltraitant dans l’école primaire de notre quartier à Nice, l’école Fuon Cauda. Une classe entière s’était confiée à une institutrice sur le comportement particulièrement violent de cet homme sur certains de leurs camarades. Cette institutrice avait eu le courage de dénoncer cette maltraitance qui était le quotidien de ses enfants. Courage, car elle avait immédiatement eu à affronter le réflexe corporatiste d’un grand nombre de ses collègues. Un collègue évoquait même ce  » pauvre Mr Pessina « . L’affaire avait été classée. Si l’instituteur en question ne sévit plus dans cette école, nul ne peut être certain aujourd’hui qu’il ne soit pas toujours en train de détruire d’autres enfants ailleurs, dans une autre école où sa réputation ne l’a pas précédée.

Ce nouveau témoignage me fait froid dans le dos. Il nous ramène en 1995, vingt ans en arrière avant que n’éclate au grand jour la toxicité de Mr Pessina. Au-moins 20 promotions d’enfants donc, certains violentés directement, les autres forcément indirectement comme nous l’explique ce témoignage troublant dont l’auteur nous explique qu’il savait bien inconsciemment que tout cela n’était pas bien normal… Mais la parole de l’enfant visiblement ne vaut toujours rien 20 ans après : je rappelle que l’inspecteur académique avait considéré que les faits n’étaient pas avérés. Corporatisme et déni qui m’avaient encouragé à écrire dès 2013 le post qui annonçait cette affaire : L’autre grande muette.
On est très loin de l’enfant en son statut d’interlocuteur valable promu par le psychologue et psychanalyste Jacques Lévine
Puisse la publication de ce témoignage constituer une nouvelle preuve à charge contre cet instituteur autant que contre le corporatisme réflexe.
Et puisse-t-il aussi encourager les courageux à ne jamais cesser de l’être… Fut-ce seul contre tous.
Un grand merci donc à cette personne qui a accepté que son témoignage soit publié ici…
Une brique de plus à la crédibilité de la parole de l’enfant, une brique de plus à l’utilité du courage face à la pression de groupe.

TÉMOIGNAGE REÇU LE 7 AOÛT 2020

Bonjour Stéphane,

C’est par le plus grand des hasard que je suis tombé sur un article « de la parole de l’enfant », datant de 2015, et qui m’a poussé à vous contacter.

J’ai rêvé d’une certaine période de mon enfance, et en me réveillant, je me suis demandé ce qu’étaient devenus mes enseignants de l’école primaire. J’avais un souvenir très particulier de mon instituteur de CM1, Monsieur Pessina, et la seule information que j’ai pu trouver à son sujet est votre article de blog datant de 2015. En le lisant, j’ai fait un lien très désagréable entre mes souvenirs d’enfances et ce qui est raconté. Ce que j’avais perçu, à l’époque, comme un enseignant autoritaire aux méthodes peu conventionnelles, m’est soudainement apparu comme un enseignant tyrannique, qui ne pourrait pas enseigner de cette façon aujourd’hui.

J’étais dans sa classe en 1994/95, j’avais 8/9 ans, et je me souviens très bien de ce personnage, capable d’être excessivement gentil et généreux, mais également colérique et extrême. Personnellement, il ne m’a jamais rien fait, mais ce n’était pas le cas pour tout le monde. Je me souviens de l’avoir vu prendre un élève par les pieds, la tête en bas, jeter les cahiers d’école dans le seau avec lequel il nettoyait le tableau à craies, et même une fois mettre un la tête d’un élève dans la cuvette des toilettes. Pour être honnête, à l’époque, je n’ai aucun souvenir d’avoir rapporté cela, peut-être même pas à mes parents (qui auraient agi, très certainement). J’ai le souvenir que dans sa classe, c’était strict, et à cette époque, on respectait beaucoup plus l’autorité (surtout lorsqu’elle était aussi forte).

Je n’ai pas vu de suite à vos articles, sans doute par confidentialité, mais je me demandais si tout cela avait abouti sur quelque chose. Je suis aujourd’hui adulte, et le simple fait d’avoir repensé à cette époque m’a horrifié, simplement car j’ai compris que j’avais été chanceux d’être dans ses bonnes grâces, mais qu’il avait donc pu continuer cette attitude envers d’autres enfants, et visiblement pendant plusieurs années après. Les vagues de dénonciations aujourd’hui montrent que les gens ont envie de parler, de ne pas laisser ce genre d’expériences enfouies, et je me suis senti poussé à envoyer ce courriel, juste car je n’avais pas mesuré l’ampleur jusqu’à aujourd’hui. J’avais déjà évoqué ce prof autour de moi, qui avait ce comportement différent et que j’avais qualifié de presque drôle avec le recul, mais qui en fait était inacceptable.

J’habite aujourd’hui au Canada, je n’attends rien de ce message à part peut-être contribuer à une anecdote supplémentaire d’une certaine façon. J’espère qu’il n’enseigne plus, j’aime espérer que ces 5 dernières années ont pu contribuer à le faire arrêter l’enseignement. C’est très étrange pour moi de revenir sur ces histoires passées qui sont maintenant de très vieux souvenirs, mais il m’a semblé approprié et nécessaire de témoigner.

Cordialement

Racisme et violences policières : Nice exemplaire dans l’indignation.

J’avais reçu le communiqué de presse des services d’Estrosi : manifester alors que c’est interdit dans le contexte actuel de déconfinement, c’est pas bien. Vardon, l’ex-skinhead condamné pour violences qui accorde désormais des interviews à la presse, évoquait le chaos… Ce n’est absolument pas ce qui s’est passé.
Fier de ce visage-là de Nice.
Indignée et digne à la fois…

Nice Matin est à la hauteur de l’événement, accordant une pleine page de son édition du jour à ces Deux mille cinq cents contre le virus du racisme. Un excellent papier de Franck Leclerc dont la chute a dû faire s’étrangler le génial inventaire de la soupe aux vardons ainsi que le député qui envisage d’interdire de filmer la police : « Pas un accroc, aucun incident, zéro débordement. Une colère déconfinée, mais contenue. Avec ou sans masque, les manifestants n’ont défié que le virus, pari réussi. »
Oui, c’est donc cela aussi Nice.
Indignée et digne à la fois…

Hier, j’ai rejoint la manifestation à son démarrage à Magnan à 17h00 pile. En toute discrétion, me noyant dans la foule. Juste pour faire nombre. Car ce problème-là à la fois nous concerne tous et me tient à cœur particulièrement. En effet, comme le mentionnait la pancarte d’une manifestante sur Paris : « Combien n’ont pas été filmés ? ».
Je travaille au contact des jeunes depuis longtemps. Je les ai rencontrés et écoutés jusque dans les cellules du Quartier des Mineurs de la Maison d’Arrêt de Grasse. Je connais pas mal de jeunes de Nice Nord, des Moulins… Et puis, je regarde aussi, j’observe. Le comportement de la police dès l’instant où elle contrôle des individus qui sont à la fois jeunes et noirs ou jeunes et arabes. Ça parle mal direct, et c’est fouille au corps brutale bien trop souvent pour des jeunes juste assis sur un banc… Une « discrimination systématique » selon un rapport de mai dernier du Défenseur des droits, Jacques Toubon. Etude qui ne portait que sur le XIIème arrondissement de Paris.
Oui, j’en ai vu et entendu sur les pratiques policières les plus décomplexées…

Mais hier, le ton était justement à la modération et au discernement.
Pas d’insultes à l’égard de la police. Tout juste de bien légitimes mais contenus règlements de compte eu égard à cette violence policière plus décomplexée que jamais sous l’ère Macron : « Au lieu de me plaquer au sol, plaque ton boulot », « La police fait son travail, ça crève les yeux ». Il y a ce minimum de colère qui doit être exprimée et accueillie. L’association Ressources que j’ai créée fait partie du collectif JIVEP 06 qui organise chaque 16 mai depuis 2018 la Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix. En 2019, nous avions notamment organisé une marche pour la paix, partant du CUM jusqu’à la Place Masséna, en passant par le château. Nous étions bien moins nombreux à défiler sur la Promenade des Anges. Et surtout, si le message de fond est le même, son expression est différente : pacifiste pour la JIVEP, indignée pour la dénonciation du racisme dans la police. Un temps pour tout sous le soleil nous dit l’Ecclésiaste. Et notamment : « un temps pour déchirer et un temps pour coudre ». Hier, avec respect, avec dignité, le temps était à la colère. Le poing levé.
Ce que j’ai fait, un genou à terre. Plusieurs fois.
Espérant au fond de mon cœur, que l’hommage planétaire à George Floyd serait la nouvelle et bien tardive étape décisive du processus de libération enclenché par Rosa Park.

En colère donc, mais avec dignité et intelligence.
Sur la Place de la Fontaine, les mots d’Emma, cheffe de file du mouvement sur Nice, initialement interdit par la Préfecture des Alpes Maritimes, sont suffisamment clairs : «  On ne va pas combattre les discriminations en faisant nous-mêmes des amalgames. Dire que tous les policiers seraient racistes, ce serait comme considérer que tous les noirs et tous les Arabes sont des délinquants ».

Mais oui, colère tant que le déni de violence continuera à s’exprimer dans la bouche même de ceux qui nous gouvernent. Et particulièrement dans celle des élus azuréens, qu’ils soient maire, député ou ex-skinhead habilement grimé en homme politique respectable. Ne leur en déplaise : «On est là que tu le veuilles ou non ». Les libertés se prennent.
Derrière Emma, une autre jeune fille, debout sur la margelle de la fontaine rappelait de sa pancarte cette réalité qui oblige la France à balayer enfin devant sa porte : « En France aussi, la police tue ». Pas un jugement, un bien triste constat…

Nous étions donc 2500 selon la police, 2000 selon les organisateurs. Qui ont donc le succès modeste…
Beaucoup de jeunes. Enormément de jeunes.
Ils sont l’avenir. Ils sont le ferment de l’indignation.
Et ils sont donc un des visages de Nice avec lequel il faut compter.
L’énergie de ces « quartiers » qui pulse et qui n’a pas fini de nous surprendre dans sa contribution positive au monde de demain. De l’après.
Et qui est tellement maltraitée, méprisée, sous-estimée…

Bien sûr, il y avait aussi toutes les associations attendues sur ce sujet : la Ligue des Droits de l’Homme, ADN, le MRAP, le collectif Antifasciste 06, Tous Citoyens ! et SOS Racisme. Mais tout autant que moi, l’heure était à la discrétion. Cette manifestation était leur manifestation.

Le poing levé donc aussi vrai que « No Justice, no peace ».

Un temps pour tout sous le soleil. Il était au rendez-vous hier, et sa chaleur n’a attisé aucun débordement. Ça commençait plutôt à danser au final Place de la Fontaine…

Oui, « Décolonisons-nous »… Dans la fraternité et dans la paix jusque dans les rangs de ceux dont la mission est d’assurer notre sécurité et qui sont dépositaires d’une soi-disante « violence légitime », inacceptable oxymore auquel je préfère l’expression « force légitime »…

Aucune violence n’est légitime.

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