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On me voit, on me voit pas…

Je suis venu vous dire que je m’en vais… en vacances.

Saturé, saoûlé, rincé, écoeuré, vidé… je ne trouve pas l’adjectif. Normal ici en même temps.

Je déserte un temps les réseaux sociaux, la blogosphère, les comités de rédaction, l’info en ligne…

Je débranche la comptabilité des enfants morts sous les bombes, celle des affaires non jugées de nos chers politiques, celle des promesses non tenues par les professionnels de la séduction électorale…

Je m’en vais relever de bien plus grands défis. Ou pas.

Ne pas se prendre une pâtée par son fils au ping pong, inscrire un nouveau chapitre à son manuscrit, comprendre le langage des arbres, aller au village acheter un pack de bières…

Et revenir nourri, régénéré, plein, regonflé, retapé. Ou pas.

Et se remettre à écrire « quand ça tape au carreau ». Ou pas.

Bonne vacances à vous tous, mes fidèles lecteurs, mes nouveaux arrivants, et à tous ceux de passage. A tous ceux d’ailleurs qui découvrent les lieux, faites comme chez vous ici, même sans le tenancier : il y a de quoi se sustenter pour le mois, j’ai fait le plein.

Un temps pour « Indignez-vous ». Un temps pour « Evadez-vous ».

Que l’été vous soit profitable.

Et que les puissants qui ne prennent pas de vacances de leurs manettes-à-bombes puissent ouvrir leur coeur à quelque chose qui pourrait s’apparenter à de la compassion, voire un semblant de conscience… Je prie pour cela sans mode OFF jamais.

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Se souvenir des claires choses.

Cet après-midi d’été, en empruntant seul ce petit chemin de la Creuse profonde, j’avais rendez-vous avec une charmante clairière. Un arbre de ma connaissance m’y attendait. Il fait très beau en ce mois d’août déjà bien entamé. Passé les prés où paissent de solides charolaises, la forêt se referme à nouveau. Le chemin s’avance vers ce que ma mémoire a retenu comme étant une clairière. Mais ce n’est pas une clairière… Mon rendez-vous en plein haut pays marchois est en fait un sous-bois dégagé au milieu duquel s’élève un magnifique orme. Un individu dont la forte personnalité lui vaut le respect de ses congénères autant que celle des forestiers. Les premiers n’ont visiblement pas hésité à dévier la croissance de leur tronc, et ne donnent que de courtes branches dépourvues de feuilles sur leur face orientée vers le vénérable. Les seconds ont accompagné une si majestueuse et généreuse propension à étendre branches et rameaux d’un entretien assurant place libre autour de l’arbre charismatique.

Ce n’est pas une clairière, donc, laquelle se définit comme « un endroit d’une forêt dégarni d’arbres. » Pourquoi ce mot s’est-il imposé alors que j’en connais la définition ? En tailleur sur un  rocher, face à mon arbre, je me laisse gagner par l’extraordinaire paix que dégage ce lieu. Sous le couvert, une lumière d’une grande douceur perce les frondaisons. Dans un air immobile, reflets de verts tendres, subtiles effluves d’humus, murmures d’insectes affairés… De cela je me souviens car, pour ces retrouvailles estivales, le décor est en tout point identique à la précédente rencontre. Et si mon esprit a conservé « clairière » en mémoire ce n’est que par un évident jeu d’association : assis au milieu de cet espace à la fois dégagé et voûté de feuillages, les yeux ouverts, mon esprit semble gagné d’une pénétrante clarté. Oui, il règne dans ce lieu précis, à ce moment précis, une sérénité si puissante qu’elle offre à l’esprit du visiteur, sans mantra ni posture, sans mudra ni technique, un accès direct et spontané à une conscience claire et légère. Comme par magie, l’esprit se calque immédiatement sur l’ambiance de ce sous-bois baigné d’une lumière d’or que filtrent feuillus et résineux. Présence absolue d’un esprit devenu pure attention, à la fois alerte et comme vidé de toute pensée. De cette vacuité impromptue où je reste un long moment une pensée finit toutefois par faire surface : je dois me souvenir de ce moment et de ce lieu comme d’une métaphore de ce que doit être un coeur en paix. Au milieu des épreuves et chocs de la vie, je dois conserver en mémoire cette image d’un coeur se concevant comme une « claire clairière » au moment le plus chaud de la journée. Un coeur ouvert sous le couvert. Je dois être capable de visualiser mon coeur comme cet espace bienveillant, accueillant, rassérénant. Il me faudrait pouvoir à tout moment, en toute situation, retrouver cette même fraîcheur d’esprit, cette même disponibilité, cette même légèreté, cette même présence. Cette même clairvoyance. Dans cette clairière qui n’est pas une clairière, c’est pourquoi je l’appelle une clairière (Soûtra du Diamant). Auprès de mon arbre, j’eus le clair désir d’un coeur en paix. Auprès de mon arbre, cela me rendit plus qu’heureux : plein.

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