Archives des articles tagués résistance

Queen1

Vénèr comme un 14 juillet…

Et bien voilà, un nouveau 14 juillet en France.

Il fait chaud en ce jour sacré du pays des bonnets rouges, très chaud. A Nice, le mercure a allègrement passé la barre des 30° Celsius.

Et je suis chaud, très chaud à l’intérieur.

Car mille et une Bastilles se sont dressées le temps d’en abattre une.

Oui, en ce 14 juillet 2015, je suis en état de révolution intérieure… Là depuis cette terrasse de café de l’avenue Borriglione.

Parce que des frères et des sœurs sont traités comme des terroristes, là, juste à côté de chez moi, à Vintimille. Des migrants pris pour des brigands.

Parce qu’un pays endetté qui demandait un soutien compatible avec un minimum de dignité vient de se faire pire qu’humilier selon le mot de Thomas Piketty : dépecer. Tout ça pour avoir droit à son euro quotidien.

Parce que sur les Champs Elysée ce matin comme chez Drucker hier, la grand-messe des super-flics de France n’en finit pas de psalmodier l’Evangile selon l’Etat policier. A Nice, nationale ou municipale, ils n’ont pas leur pareil pour embarquer le punk à chien, intimider le skateur ou verbaliser l’automobiliste en tongs. Bravo à eux !

Parce que dans l’école Fuon Cauda de Nice, un instituteur clairement identifié comme maltraitant passe entre les balles depuis vingt ans. Et que les élus locaux n’en ont cure. Que pèse la parole d’un enfant contre le corporatisme de l’Education Nationale ? Pauvre Dolto, pauvre Maria Montessori : ce mammouth-là est un monstre tout puissant.

Parce que « La France populaire trinque » selon le dernier Alternatives Economiques : 800 000 pauvres de plus entre 2008 et 2012 ! Parce que «  les 10% des ménages les plus fortunés disposent de près de la moitié de la richesse du pays, tandis que les 50% les moins fortunés n’en possèdent que 70% ». Parce que les enfants pauvres de France sont des enfants de pauvres. Parce que la reconduction des classes sociales ne s’est jamais aussi bien portée mon pauvre Bourdieu. Tout autant que la « violence symbolique » du reste… Je ne sais pas si la sociologie peut encore être un sport de combat. Mais j’ai ma petite idée pour le journalisme, bien cher mentor.

Parce que j’aperçois soudain depuis ma terrasse, cet indéboulonnable élu d’opposition qui marche avec un air si fier de lui-même, si plein de sa réussite sociale. Un homme qui doit bien dormir la nuit, il ne faut pas en douter. A l’approche du prochain grand rendez-vous électoral, les fameuses Régionales, tout va bien pour lui. « Il est là, il est content » pour reprendre une des grandes réplique du Dîner de Cons. Dans la pleine satisfaction de son (in)action quelle que puisse être l’issue des scrutins. Du reste, les trois grands blocs répondront présents en décembre prochain, par alliances interposées, ce qui est habile afin que chacun, à l’arrivée puisse se sentir concerné. Avec le même cirque habituel bien sûr : culpabilisation de l’abstentionniste, cris d’orfraies quant à la menace frontiste, j’en passe et des meilleures.

Oui, en état de révolution intérieure en ce 14 juillet 2015, donc.

Tant de mal a été fait dans ce pays, sur cette planète. Tant d’injustices et de monstruosités impunies.

Mes yeux se brouillent à cette seule pensée.

Mes poings se serrent aussi…

Tant de mal.

Mais aussi, tant de personnes qui se lèvent chaque matin en se préparant à accomplir le bien, à agir si modestement soit-il, chacun à son niveau, de façon bienveillante, respectueuse, positive, constructive…

Avec tout le mal qui a été perpétré sur cette si petite et si fragile planète, plus rouge que bleue, avec tout le mal qui continue à s’y réaliser, là juste derrière nos écrans, continuer à se lever le matin et accomplir sa petite part avec foi, bienveillance, et optimisme, est le plus grand miracle qu’il m’ait été donné à connaître depuis ce petit demi-siècle que je traîne mes baskets sur cette Terre.

Oui, nous mourons mille fois, cher Youssoupha (Mourir mille fois), mais flingués surtout à chaque fois par l’horreur, l’injuste, l’arbitraire. Et pourtant, étrangement, miraculeusement, nous renaissons mille fois également ! Curieux miracle que cette permanente et universelle résilience…

Dans cette tyrannie douce qu’est devenue et l’Europe et cette soi-disant terre des droits de l’homme que n’est plus l’Etat policier français de 2015, je suis plus que jamais en état d’insurrection…

Car je n’entends renoncer ni au combat ni à la politique dans son sens le plus étymologique. Oui, les affaires de la cité me concernent plus que jamais.

Car il me reste la plume,

Car il nous reste la société civile.

Nous ne couperons plus de tête,

Nous ne brûlerons aucun édifice.

Car si, contrairement aux apparences, nous n’avons jamais été aussi remontés, cher élu carriériste, cher eurocrate cynique, nous ne décrétons aujourd’hui que l’insurrection des consciences. Et sur ce terrain-là, sache que nous ne lâcherons rien.

Oui, sur ce versant-là du combat, camarade pantouflard, sache simplement que nous ne manquons pas de ressources.

 

 

 

 

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Au-delà de l’indignation,

ce petit supplément de courage…

Je profite de Pâques pour ce nouveau post annoncé précédemment sur « Dire non », le dernier ouvrage d’Edwy Plenel paru le 6 mars dernier aux Editions Don Quichotte et que je viens de terminer. De fait, fêter Pâques pour les croyants c’est plutôt « dire oui ».  Dire oui à notre propre résurrection : dire oui au « Dieu intime à nous-mêmes qui nous intériorise et nous libère du moi préfabriqué  » (Méditer sur Pâques aujourd’hui sur le blog Tarotpsychologique). Pour ceux qui ne croient ni en Dieu ni en la réalité d’un Moi supérieur ou profond, il s’agit peut-être juste de dire oui à l’un des deux loups du conte amérindien : entre le bon et le méchant, celui qui va gagner c’est celui que l’on nourrit. Mais un temps pour tout sous le soleil, et donc un temps pour dire non…

« Un abîme est devant nous, où nous entraîne une politique sans hauteur qui, depuis mai 2012, n’a cessé de plier devant les obstacles, européens, financiers, institutionnels. Cet étrange renoncement ne sauvera rien, pas même la gauche au pouvoir. » L’introduction du deuxième chapitre de « Dire non » fait violemment écho à la livraison de Marianne de cette semaine qui titre en couverture : « La gauche peut-elle survivre à Hollande ? »

« Dire non » se conçoit comme un manifeste résistant autant que comme un ultime avertissement au pouvoir actuellement en place. Car, au lendemain de l’élection de François Hollande, Edwy Plenel avait déjà, dans son billet du 9 mai 2012, formulé les conditions d’un changement-vraiment-maintenant, dans le sillage d’un dialogue entre les deux hommes, publié six ans auparavant (Devoirs de vérité, Stock, 2006) : « Ne croyez pas que vous aurez un quinquennat devant vous pour effectuer cette restauration républicaine et démocratique. Si vous ne le faites pas maintenant, vous ne le ferez jamais. » Du reste, « Dire Non » dresse un bilan des renoncements du candidat devenu Président : pas de renégociation du Traité européen, pas de « combat » contre la finance, pas de remise en question de la spécificité française de l’hyper-présidence au profit d’une présidence « normale ». La nomination de Valls à l’Intérieur constituant un renoncement particulièrement choquant eu égard à la politique nauséabonde de son prédécesseur vis-à-vis des étrangers. D’ailleurs, Edwy Plenel se fait visionnaire quant au soldat Valls, entretemps devenu chef de gouvernement, au grand dam d’une part importante de l’électorat de gauche (pour rappel, Valls a fait 5,63% aux fameuse primaires socialistes) : «  Quand, un jour ou l’autre, les socialistes s’étonneront des voix qui leur auront manqué, quand ils constateront l’ampleur de l’abstention à gauche, quand ils s’inquiéteront de ne pas avoir été secourus face à la menace de l’extrême droite, ils feront bien de demander des comptes à Manuel Valls. Mais, alors, il sera peut-être trop tard. »

Mais outre l’exhortation au réveil du faux Flanby se révélant hyper-président, le nouveau livre d’Edwy Plenel  rappelle ce que « dire non » suppose de courage et de liberté, et qui intéresse par là plus particulièrement ce blog. Réhabilitant au passage la figure de son père, Alain Plenel, vice-recteur de la Martinique de 1955 à 1960 « cassé » par l’Etat pour une allocution dénonçant la répression disproportionnée des émeutes de 1959 à Fort-de-France, il évoque dans le chapitre « La trace » cette notion de liberté inhérente au courage, à travers Sartre et son approche existentialiste : « La base unique de la vie morale doit être la spontanéité, c’est-à-dire l’immédiat, l’irréfléchi. » (Cahiers pour une morale). Liberté dont peuvent disposer ceux-là même qui ont placé leur vie au service de l’Etat : « Plutôt que de revendiquer de militantes cohérences, Alain Plenel ne cachait pas ce qu’avait eu d’irréfléchi son geste de 1959, cette évidence d’homme libre face à une injustice flagrante dont la proclamation, cependant, transgressait toutes les sujétions administratives, ces servitudes du devoir de réserve que connaissent tous les hauts fonctionnaires. »

Convoquant abondamment Glissant et Césaire, figures inspirées de la décolonisation, il me renvoie ce faisant à cet auteur fétiche de la même mouvance : Patrick Chamoiseau. Dans « L’empreinte à Crusoë », livre qui m’a marqué autant que « Ecrire en pays dominé », ce dernier évoque à sa manière ce courage du seul contre tous : « L’individu a toujours hanté les clans, les hordes, les tribus, les nations, les civilisations. Ce sont les merveilles et les démences de l’individu qui vont créer la nécessité du collectif. Toutes les communautés ont tenu en laisse l’individuation imprévisible et menaçante. Toute extension d’humanité augmente l’équation individuelle. Tous les héros (ou les salauds) sont des individus qui bousculent et fascinent des commnautés (…) ». Citation que j’avais déjà placée en chute du billet fondateur de ce blog (Présentations), tant sa vérité me semble capitale dans le décodage de l’évolution du genre sapiens…

A la manière de Stéphane Hessel et son « Indignez-vous » auquel l’auteur dédie son livre, « Dire Non » est une invitation pressante à la résistance qui ne manquera pas d’attirer les commentaires des cyniques de tous poils, ces faux résistants en mal de spectateurs pour leurs brillantes saillies si utiles. En tant que journaliste, je garde personnellement la plus grande estime pour cet homme qui redore notre métier et conserve un tel optimisme malgré les attaques pitoyables dont il a fait l’objet (menace de redressement TVA sur Mediapart).

Edwy Plénel ne le dit pas dans son livre, mais lui-même « dit non » chaque jour en disant oui à un journalisme (véritablement) indépendant. Il est tout sauf un donneur de leçon mais un homme engagé, un homme d’action dont la douceur et le calme apparents sur les plateaux télé, non seulement tranchent avec le style des aboyeurs professionnels, mais cachent une extrême combattivité et un optimisme a priori à toute épreuve. Un homme d’un grand courage, vertu qu’il faut bien considérer comme la chose la moins bien partagée au monde. S’en référant à Jaurès, il rappelle que le courage se moque par définition des conséquences des actes : « Le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelles récompenses réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains, aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Monsieur Plénel, votre courage est un phare pour toute une profession, un espoir pour les fondamentaux de la démocratie et les valeurs fondatrices de la République. Dans votre relation privilégiée avec notre Prince actuel, il ne sera plus jamais possible à ce dernier de dire un jour : « je ne savais pas, j’étais dépassé,  je n’avais pas conscience ».

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