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L’Evangile selon la République.

Eh bien voilà, c’est reparti. Action, réaction. Détente, contraction. Délitement des valeurs, retour des conservatismes. Dans l’histoire de France, les choses se sont toujours un peu passées comme ça, à bien y regarder. Une Bastille ou une « Commune » ? Et hop, la valeur du Napoléon se met à flamber ! Du soldat et du flic, en veux-tu en voilà. Pas de République sans approche martiale. Notre Charlie massacré ? Et hop, c’est reparti pour la grand-messe républicaine à tous les étages : garde-à-vous bande de mécréants ! Oui, « grand-messe », oui, « mécréants », tant il me semble parfois que la république n’est jamais qu’une religion comme une autre. Je ne suis pas un provocateur. Comme beaucoup d’entre nous, je m’attache simplement à regarder le monde avec le maximum de recul. Et puis, j’ai été pas mal nourri aux lectures d’un Mircea Eliade, d’un Roger Caillois… Si le rire fait l’Homme, je crois qu’il le fait tout autant que son besoin d’adhésion à un mythe fondateur, à un sacré qui le transcende. Avec les ignobles attentats du 7 au 9 janvier 2015, voilà que le dieu « Constitution » entend faire vibrer (faire tonner !) son credo plus fort que jamais. Ben oui, la Constitution c’est quand même ce truc invisible, non personnifié, qui régit tous nos actes, et que servent des prélats qui savent l’interpréter pour notre bien grâce à leur grande connaissance des textes sacrés.

Oui, tout est religieux, ma bonne dame. A peine avions-nous fini de manifester, sans mot d’ordre des élus de la République aucun, de façon spontanée donc, combien « nous sommes Charlie », que déjà le gouvernement Valls entendait bien « redonner à l’école toute son âme ». Nos enfants vont donc probablement devoir entonner comme par le passé les psaumes de l’amère patrie, écouter religieusement ces futurs séminaristes que seront les « ambassadeurs des valeurs républicaines » (Auront-ils les mêmes salaires de diplomate que les « ambassadeurs du tri » ? ). Le prosélytisme sera par ailleurs relayé dans les classes par des bigots bénévoles. Le 9 décembre, future journée de la laïcité, l’on honorera le Saint-Suaire tricolore. En France, la laïcité est donc la religion d’Etat. Ce qui signifie que même quand elle a tort, elle a raison. Ce qui signifie qu’elle n’est jamais obligée de balayer sur le seuil de sa porte. Pourtant, sans faire d’enquête, j’ai trouvé tout près de moi, un collégien et un lycéen qui m’ont rapporté que leurs professeur n’avait pas souhaité marquer la fameuse minute de silence. A extrapoler aux milliers de classes de l’hexagone. Si les hussards de la République négligent les rites, où va-t-on ?

Il me semble que la liturgie républicaine est suffisamment bien ancrée dans nos vies pour ne pas avoir à forcer davantage le trait au quotidien. Faut-il aussi revenir aux châtiments corporels ? Non, les valeurs républicaines fondatrices de notre France de 2015, dont je suis fier et que je partage donc, est-il vraiment besoin de le préciser ici, n’ont pas grande différence avec les codes usuels des grandes religions dites « universelles » : honnêteté, tolérance, respect, entraide, « élévation », pardon… Et même sobriété ! J’approuve par ailleurs que la spécificité de cette République, soit cette capacité à accueillir toutes les religions. Mais chers députés, quand je vous regarde chanter à l’unisson dans l’hémicycle, quand je vois tous ces rites et protocoles de notre curie bleu-blanc-rouge, et surtout quand je constate à quel point les « Mille commandements » de nos législateurs contraignent déjà nos vies, je voudrais juste dire ceci : ne laissez pas l’intégrisme laïc envahir nos vies plus qu’elles ne le sont déjà. Car cet intégrisme qui accuse les religions de tous les maux existe, oubliant toutes les injustices, passant sous silence tous les massacres, que la République aux pouvoirs séparés autorisa en son nom. Et autorise encore aujourd’hui, plus insidieusement peut-être (justice à deux vitesse, ventes d’armes…).

Avant que de donner à avaler l’hostie républicaine à nos enfants, réfléchissons ensemble aux racines de tous les intégrismes et aux graines de toutes les violences. La misère, la stigmatisation… L’enfance misérable des frères Kouachi, orphelins de père et dont la mère se prostituait pour arrondir les fins de mois, n’explique pas à elle seule la tentation de la violence et de la radicalisation. D’autres départs similaires autorisent d’autres trajectoires plus positives. Oui, mais si elle n’est ni nécessaire ni suffisante, la misère, économique et sociale, est tout de même une condition récurrente. Oui, Je suis heureux d’avoir entendu notre Premier Ministre admettre et formuler cette réalité française d’un « apartheid » intériorisé. Avec ce courage politique là, il n’a pas fait que remonter allègrement dans l’opinion, il l’a fait aussi dans mon estime. Pauvre Sarko : se faire si habilement traiter de « petit » publiquement autrement que par un journal satirique, et sans diffamation aucune ! En tout cas, je suis prêt à reconduire bien volontiers dans ses fonctions le deuxième prélat de la république française s’il m’annonce qu’ici bas, les derniers seront les premiers… à être non seulement entendus, mais servis. Amen. Oups : a voté !

 (Crédit photo : François Guillot / AFP)
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La gratuité, une utopie payante

A la station de Tram de mon quartier, une affiche publicitaire proclamait ces derniers temps « Liberté, Egalité, Rocher ». Je méditais depuis quelques jours un post bien senti sur le thème de la révolution de palais quand je suis tombé sur le savoureux post du fort délectable blog d’une consœur conceptrice-rédactrice : voustombezpile

Sauvé par « Le Monde Diplo » du mois d’octobre, je décidai de rebondir sur une autre campagne, moins récente, qui travaillait elle plus sérieusement sur une utopie qui fait son chemin : la gratuité. Le 15 mai 2009, la communauté d’agglomération Pays d’Aubagne et de l’Etoile inaugurait la gratuité des bus autour d’un claim audacieux : « Liberté, Egalité, Gratuité ». Contrairement à la surpromesse de la friandise qui voulait être aussi républicaine que le sans-culotte, cette campagne est la traduction créative la plus naturelle d’une stratégique « promesse d’un nouveau contrat social ». Il s’agit bel et bien de revendiquer que « la gratuité est une affirmation de la souveraineté populaire sur l’usage des moyens publics. »

Les anglais, dans cette efficacité linguistique qui leur appartient ont le même mot pour liberté et gratuité. Un mot dont l’opérateur-agitateur Free a fait une marque autour d’une philosophie d’hyper-accessibilité en rupture avec celle de ses grands concurrents.

Pour ou contre la gratuité, telle est la question. Elle fait débat y compris dans les obédiences politiques les plus progressistes. Derrière cette résistance tenace au principe de désintéressement dans les rapports humains, un archétype qui nous vient de très loin : tout se paie. On n’a rien sans rien ma bonne Dame ! Les échanges entre les hommes ont été immédiatement marqués de l’arithmétique implacable de la réciprocité. Je me souviens de funérailles à Madagascar où la famille du défunt faisait le décompte scrupuleux de chaque enveloppe de soutien sans gêne aucune. Pas question d’être pris en défaut le jour où il faudra rendre la politesse ! Cette mécanique de précision anthropologique fonctionne aussi les mauvais jours quand la loi du talion encourage la rigoureuse équivalence des dégâts corporels : œil pour œil…

En ce qui concerne la gratuité des transports en commun, elle est techniquement possible pour les agglomérations de taille moyenne. En effet, les ressources commerciales sont marginales dans les bilans de ce type de collectivité. En France, on compte actuellement 23 réseaux sur 290 où la gratuité est totale. A vrai dire, qu’il s’agisse de bus, de musée ou de place publique, la logique comptable est toujours sauve. Comme le dit l’économiste Philippe Moati « l’apparente gratuité masque un déplacement de la monétisation vers des modalités de paiement indirectes ou différées ». Même dans les fameuses « Banque du Temps », système d’échange de services et de moyens, de houleux débats essaient de savoir si le temps représente de l’échange comptable ou bien relève du don de soi…

Peut-être n’est-il justement pas nécessaire de trancher. Car, archétype pour archétype,  la vie communautaire telle que les anciens la pratiquaient était régie aussi par la mise en commun et le principe de partage sans contrepartie. Pour le bien-être de tous sans distinction. Aujourd’hui, de plus en plus d’expériences dans le monde attestent de ce désir profond de réactiver cette ancestrale économie du don.

Donner pour donner, tout donner… Je ne sais pas si c’est la seule façon de vivre chère France Gall, mais je crois par contre que c’est un nécessaire contrepoids aux outrances actuelles du marché. En France, la République avait pourtant immédiatement inscris le désintéressement au frontispice de son grand projet humaniste. Oui, la Fraternité n’a que faire des équivalences ni des compensations, des pendants ni des péréquations : l’équilibre du cœur est invisible pour les yeux…

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