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J’ai fait un petit rêve…

Beaucoup, beaucoup de choses sont écrites par tous ces conseillers et autres spin doctor qui dictent aux hommes politiques les scénarii ad hoc et les éléments de langages convenables. Mais nul doute, qu’à gauche comme à droite, dans les vraies mésaventures des uns comme dans les tragédies fictives des autres, beaucoup, beaucoup de rebondissements échappent clairement à la logique du script inscrit dans le marbre. En la matière, le cas Fillon est édifiant…

Plus édifiant que jamais à l’heure où des hommes (oui, aucune femme, il faut bien le constater encore et encore) censés prendre les rênes des plus grandes puissances économiques mondiales peuvent se permettre de faire valoir publiquement leur ego sans honte aucune. Et Trump n’a visiblement pas le monopole de cet exercice qui se joue désormais en no-limit. Pour la plus grande joie des médias affamés de décadence. Une vraie aubaine pour l’audimat ! Avec Fillon, nous assistons ainsi, direct après direct, à la prise en otage de présidentielles qui n’étaient déjà pas du meilleur niveau.

Cet après-midi, au Trocadéro, battu par la pluie autant que par les pronostics de remplissage, Fillon prouve une énième et ultime fois que son ego prime allègrement sur le futur comme sur l’avenir de la France. Son futur étant ce qui est permis d’en imaginer, son avenir ce qu’il en sera advenu effectivement. Pire, son destin personnel prime même sur la dignité et l’unité de sa propre famille politique ! Bref, Fillon est le seul à cet instant à ne pas voir et savoir que c’en est terminé pour lui ! Atteignant des sommets de cynisme en convoquant Camus, Hugo et même Gavroche devant ce fameux « socle d’électeurs » qui feraient élire un Napoléon III sous un autre siècle.

J’ai personnellement biberonné très tôt aux valeurs progressistes qu’il faut bien, oui, attribuer, à ce qu’on nomme « la gauche ». Les Damnés de la terre de Frantz Fanon, écrit bien avant que l’on ose associer, devant micros et caméras, colonialisme et « crimes contre l’humanité »; mais aussi L’utopie ou la la mort de René Dumont, auront été les premiers ouvrages, hautement subversifs, à dessiller mes jeunes yeux d’adolescent vers un embryon de conscience politique. Mais oui, je reste pour autant respectueux d’une certaine droite qui participe depuis plus de deux siècles au débat républicain contradictoire, y compris dans son approche humaniste telle que la sous-tend notre bien chère devise, à commencer pour ma part par son projet de fraternité.

Oui, le cas Fillon qui se prenait pour un train inarrêtable, restera un cas d’école pour les professionnels du storytelling. Mais puisqu’il vient de procéder à un hara-kiri public en règle, et puisque mon poulain de gauche n’ira jamais au second tour, je me prends à former de petits rêves…

Le petit rêve d’un second tour Juppé-Macron. Eh oui, j’en suis là, ou nous en sommes là, face à tant de fange et de cynisme. Prêt à ouvrir une bouteille du meilleur champagne si, au second tour, ni une Lepen ni un Fillon ne réussissent à venir salir de leur seule présence cette Ve République, certes si perfectible, mais digne du minimum de respect qui lui est dû pour tout ce qu’elle a permis et tout ce qu’elle peut même encore permettre en l’état, malgré une constitution obsolète.

Oui, un second tour avec juste un minimum d’échanges sur les idées. Oui, des idées et des projets svp ! Avec juste aussi la perspective d’un président qui ne se vautrera ni dans la vulgarité façon Sarkozy, ni dans le ventre-mou façon Hollande. Un homme doté du minimum de stature pour le job, cultivé, raffiné et surtout : porteur d’un projet digne de ce nom !

Oui, en 2017, au point bas, très bas, où nous en sommes, je me contenterais de ce petit rêve qui malmènerait bien des sondages. Que notre France puisse opposer à la figure d’un Trump ou à celle d’un Poutine, celle d’un homme porté à la réflexion, au discernement et… au courage politique ! Cela serait ma fierté de Français, bien que fort peu porté habituellement aux débordements cocardiers. Parole d’anar ! Et tant pis ma foi, si ça coince un peu donc sur ma gauche. Car, comme le rappelle si bien Le Ficanas dans son récent post Comment la droite va gagner les élections, il est en France, depuis un certain temps, une vague bleue qui, probablement mue par l’historique dynamique de l’alternance, n’en finit pas de submerger les hémicycles de nos différentes institutions. Et dont nous pouvons être certain qu’elle ne s’arrêtera pas avant que d’avoir eu raison de celui du Parlement Français, un mois après les prochaines présidentielles. C’est cette vague-là, n’en doutons pas, qui ira jusqu’au bout !

Mon petit rêve pour le job suprême ? Les candidat(e)s du cynisme, de la vulgarité et de la peur désavoués dès le premier tour.

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Président… de quelles destinées ?

(…) Xénophon avait fait de son Économique un manuel du commandement, maquillé en bréviaire agronomique. Vous vouliez le pouvoir ? Vous n’aviez qu’à cultiver une terre ! A six heures du soir, je m’assis au bord du talus qui surplombait l’Aygues et regardai la vallée. Des bâtisses du XVIIIe siècle s’enchâssaient dans un damier de vignes. Les cyprès tenaient leur garde noire devant les murs de galets.
Les propriétaires de ces domaines disposaient d’un pouvoir plus effectif que le président de la République.
Les premiers présidaient aux destinées concrètes d’un petit royaume. Le second, responsable des masses, lançait des vœux abstraits, censés orienter le cours d’une machine plus puissante que lui : l’Histoire. Le pouvoir d’un président consistait à se faufiler dans le labyrinthe des empêchements.
Un propriétaire terrien pouvait défendre comme il l’entendait sa forêt d’une attaque de xylophages. Le chef de l’État, lui, se voyait reprocher d’employer des mesures extrêmes quand le pays se trouvait menacé.
En matière de gouvernement, la modestie d’une ambition assurait son accomplissement. La limite de l’exercice du pouvoir garantissait son efficacité. Et l’efficacité était la substance du pouvoir. « Je veux tout ignorer de mon impuissance », disait le président. « Mon domaine est mon royaume », répondait le propriétaire. « Je veux ce que je ne peux », bégayait le chef de l’exécutif. « Je ne peux que ce que je connais », murmurait le maître des lieux.
Et pendant que l’un s’occupait de conduire ses récoltes et ses bêtes ; l’autre s’illusionnait de régir l’inaccessible, de peser sur l’irrépressible.
Récemment, le chef de l’État s’était piqué d’infléchir le climat mondial quand il n’était pas même capable de protéger sa faune d’abeilles et de papillons (Fabre en aurait pleuré).
Comme les rois déments des contes allemands, coiffés d’un chapeau à grelots, abusés par les magiciens, les chefs des États globalisés erraient en leurs palais, persuadés que leurs moulinets de bras redessineraient l’architecture des sociétés hypertrophiées aux commandes desquelles ils étaient arrivés par la grâce des calculs et se maintenaient par la vertu des renoncements. La politique d’État était l’art d’exprimer ses intentions. L’Économique du domaine agricole, celui d’incarner des idées dans un espace réduit. C’était la leçon de Xénophon.
N’ayant pas de domaine, je tentais d’être souverain de moi-même en marchant sur les chemins. J’évitais le goudron, dormais parfois dehors. C’était là ce que je pouvais. (…)

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Gallimard, septembre 2016

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