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Racisme et violences policières : Nice exemplaire dans l’indignation.

J’avais reçu le communiqué de presse des services d’Estrosi : manifester alors que c’est interdit dans le contexte actuel de déconfinement, c’est pas bien. Vardon, l’ex-skinhead condamné pour violences qui accorde désormais des interviews à la presse, évoquait le chaos… Ce n’est absolument pas ce qui s’est passé.
Fier de ce visage-là de Nice.
Indignée et digne à la fois…

Nice Matin est à la hauteur de l’événement, accordant une pleine page de son édition du jour à ces Deux mille cinq cents contre le virus du racisme. Un excellent papier de Franck Leclerc dont la chute a dû faire s’étrangler le génial inventaire de la soupe aux vardons ainsi que le député qui envisage d’interdire de filmer la police : « Pas un accroc, aucun incident, zéro débordement. Une colère déconfinée, mais contenue. Avec ou sans masque, les manifestants n’ont défié que le virus, pari réussi. »
Oui, c’est donc cela aussi Nice.
Indignée et digne à la fois…

Hier, j’ai rejoint la manifestation à son démarrage à Magnan à 17h00 pile. En toute discrétion, me noyant dans la foule. Juste pour faire nombre. Car ce problème-là à la fois nous concerne tous et me tient à cœur particulièrement. En effet, comme le mentionnait la pancarte d’une manifestante sur Paris : « Combien n’ont pas été filmés ? ».
Je travaille au contact des jeunes depuis longtemps. Je les ai rencontrés et écoutés jusque dans les cellules du Quartier des Mineurs de la Maison d’Arrêt de Grasse. Je connais pas mal de jeunes de Nice Nord, des Moulins… Et puis, je regarde aussi, j’observe. Le comportement de la police dès l’instant où elle contrôle des individus qui sont à la fois jeunes et noirs ou jeunes et arabes. Ça parle mal direct, et c’est fouille au corps brutale bien trop souvent pour des jeunes juste assis sur un banc… Une « discrimination systématique » selon un rapport de mai dernier du Défenseur des droits, Jacques Toubon. Etude qui ne portait que sur le XIIème arrondissement de Paris.
Oui, j’en ai vu et entendu sur les pratiques policières les plus décomplexées…

Mais hier, le ton était justement à la modération et au discernement.
Pas d’insultes à l’égard de la police. Tout juste de bien légitimes mais contenus règlements de compte eu égard à cette violence policière plus décomplexée que jamais sous l’ère Macron : « Au lieu de me plaquer au sol, plaque ton boulot », « La police fait son travail, ça crève les yeux ». Il y a ce minimum de colère qui doit être exprimée et accueillie. L’association Ressources que j’ai créée fait partie du collectif JIVEP 06 qui organise chaque 16 mai depuis 2018 la Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix. En 2019, nous avions notamment organisé une marche pour la paix, partant du CUM jusqu’à la Place Masséna, en passant par le château. Nous étions bien moins nombreux à défiler sur la Promenade des Anges. Et surtout, si le message de fond est le même, son expression est différente : pacifiste pour la JIVEP, indignée pour la dénonciation du racisme dans la police. Un temps pour tout sous le soleil nous dit l’Ecclésiaste. Et notamment : « un temps pour déchirer et un temps pour coudre ». Hier, avec respect, avec dignité, le temps était à la colère. Le poing levé.
Ce que j’ai fait, un genou à terre. Plusieurs fois.
Espérant au fond de mon cœur, que l’hommage planétaire à George Floyd serait la nouvelle et bien tardive étape décisive du processus de libération enclenché par Rosa Park.

En colère donc, mais avec dignité et intelligence.
Sur la Place de la Fontaine, les mots d’Emma, cheffe de file du mouvement sur Nice, initialement interdit par la Préfecture des Alpes Maritimes, sont suffisamment clairs : «  On ne va pas combattre les discriminations en faisant nous-mêmes des amalgames. Dire que tous les policiers seraient racistes, ce serait comme considérer que tous les noirs et tous les Arabes sont des délinquants ».

Mais oui, colère tant que le déni de violence continuera à s’exprimer dans la bouche même de ceux qui nous gouvernent. Et particulièrement dans celle des élus azuréens, qu’ils soient maire, député ou ex-skinhead habilement grimé en homme politique respectable. Ne leur en déplaise : «On est là que tu le veuilles ou non ». Les libertés se prennent.
Derrière Emma, une autre jeune fille, debout sur la margelle de la fontaine rappelait de sa pancarte cette réalité qui oblige la France à balayer enfin devant sa porte : « En France aussi, la police tue ». Pas un jugement, un bien triste constat…

Nous étions donc 2500 selon la police, 2000 selon les organisateurs. Qui ont donc le succès modeste…
Beaucoup de jeunes. Enormément de jeunes.
Ils sont l’avenir. Ils sont le ferment de l’indignation.
Et ils sont donc un des visages de Nice avec lequel il faut compter.
L’énergie de ces « quartiers » qui pulse et qui n’a pas fini de nous surprendre dans sa contribution positive au monde de demain. De l’après.
Et qui est tellement maltraitée, méprisée, sous-estimée…

Bien sûr, il y avait aussi toutes les associations attendues sur ce sujet : la Ligue des Droits de l’Homme, ADN, le MRAP, le collectif Antifasciste 06, Tous Citoyens ! et SOS Racisme. Mais tout autant que moi, l’heure était à la discrétion. Cette manifestation était leur manifestation.

Le poing levé donc aussi vrai que « No Justice, no peace ».

Un temps pour tout sous le soleil. Il était au rendez-vous hier, et sa chaleur n’a attisé aucun débordement. Ça commençait plutôt à danser au final Place de la Fontaine…

Oui, « Décolonisons-nous »… Dans la fraternité et dans la paix jusque dans les rangs de ceux dont la mission est d’assurer notre sécurité et qui sont dépositaires d’une soi-disante « violence légitime », inacceptable oxymore auquel je préfère l’expression « force légitime »…

Aucune violence n’est légitime.

JOUR 4 – Couvre-feu sur Nice ou le virus du sécuritaire

Eh bien voilà, une fois de plus le mieux-disant sécuritaire a encore frappé dans la République de Nice. Notre bon Maire vient d’annoncer au JDD la mise en place du couvre-feu dans la cinquième ville de France. Dès ce soir ma bonne dame !

C’est marrant parce que la dernière fois que j’ai eu à vivre un couvre-feu c’était il y a bien longtemps. Dans un autre temps. Dans un autre monde.
C’était à la fin des années 70 dans la capitale de Madagascar, Antananarivo. Là, ce n’était pas une petite bête invisible de quelques nanomètres qui avait encouragé la mesure. C’était le… rotaka ! Rotaka en malgache est le mot qui s’applique pour désigner des émeutes populaires complètement hors de contrôle. De 1971 à 1972, les émeutes étudiantes « révolutionnaires » allaient préparer, entre autres dynamiques, l’avènement du président Ratsiraka en 1975. Mais le terme s’applique en fait à tous les troubles qui relèvent peu ou prou d’une forme de justice populaire. Laquelle peut aller jusqu’aux lynchages, aux pogroms. A la fin des années 70 donc, j’étais adolescent et je crois bien être incapable de retrouver les raisons qui avaient généré du rotaka. Il y avait notamment ces tensions avec la communauté comorienne. Mais pas que. Je me souviens des magasins pillés et incendiés, l’enseigne Bata notamment, je me souviens aussi que ça jouait de la machette. Je me souviens que, passionné de judo et compétiteur, j’allais quand même m’entraîner le soir et que, en rentrant chez moi, il nous arrivait avec mon pote de judo, de nous jeter rapidement derrière les voitures garées dès que les camions militaires qui patrouillaient étaient en vue. En rentrant à pied par Analakely, le grand marché de la capitale, le petit blanc n’en menait pas large. Je marchais vite en regardant mes chaussures. Mais bon, ça passait. Tout cela n’avait pas l’air en tout cas de paniquer mes parents. Il est vrai que je parlais alors couramment le malgache. Il est vrai que les gens étaient globalement moins flippés qu’aujourd’hui.

Et voilà donc, dès ce soir, ma deuxième grande expérience du couvre-feu. Mais à Nice, point de rotaka ni même de gilets jaunes. C’est donc le Covid-19 qui dicte sa loi, dûment relayée par le plus obsédé de sécurité que l’on puisse trouver en France. Vous savez, on parle d’un des rares niçois a avoir contracté le coronavirus ces derniers jours. Le mec qui se faisait des bains de foules spécial troisième mandat. Du serrage de louches en veux-tu en voilà, et des mamours tous azimuts. Et voilà, donc qu’il nous joue du faites c’que j’dis, pas c’que j’fais. Plus royaliste que le roi dès l’instant où il est question de sécurité, il nous pond donc son petit arrêté couvre-feu. Vous aimiez la smart city ? Vous kifferez la safe city ! Ah Nice ! Son canon de midi, son couvre-feu, ses caméras, son tout nouveau drone-flic ! A 20 heures ce soir, je sortirai sur mon balcon applaudir les vrais héros de cette nouvelle épreuve collective. Mondiale ! En-dessous de moi, la rue sera définitivement interdite à toute forme de déambulation. Dans la petite ville de province qui aimerait bien jouer dans la cour des grands, car si peu spontanément citée généralement parmi les métropoles françaises, dans la petite ville de la police d’opérette : peut-on dire que l’on a le couvre-feu qu’on mérite ?

 

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