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AMI(E)S DE LA TRANSITION, VOUS N’ÊTES PAS RÉALISTES !

Le 7 novembre dernier, Nicolas Hulot annonçait le report après 2025 de la réduction de 75% à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité française : « Je préfère le réalisme et la sincérité à la mystification ». Le lendemain, sur le plateau du 28 minutes d’Arte, nouvelle leçon de pragmatisme. Le thème du jour : «  la France peut-elle pacifier le Golfe ? ». Question de la journaliste Nadia Daam : « Est-ce qu’on fait bien de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, quand on sait ce qui se passe au Yémen ? » Un enfant qui meurt toutes les 10 minutes par exemple… La réponse des spécialistes du monde Arabe présents ce jour-là ? Realpolitik, Madame ! « Vendre des armes, ce n’est pas seulement vendre des armes. Quand un Rafale est vendu, il y a les mécaniciens, les entraîneurs, la formation ». Nous y voilà, donc.
Le réalisme, dont la journaliste Michèle Cotta se revendique dans un billet sur Nice Matin, volant au secours de Nicolas Hulot contre les « idéologues de l’environnement », ne serait-il pas surtout l’autre nom du lobbying ? Parce que le scénario Negawatt est tout ce qu’il y a de plus réaliste. Encore faut-il l’avoir lu. Réalisme, pragmatisme, sens des responsabilités… Toujours la même rengaine. En période d’élection, pour renvoyer les progressistes audacieux dans les cordes, toujours le même argument : hors la gauche de gouvernement, point de salut ! Et pourtant, les avancées majeures de ce monde ne sont pas à mettre au crédit des réalistes. Jamais. Il aura fallu des utopistes, des rêveurs. Des poètes. Nous consacrons expressément dans ce numéro un article visant à réhabiliter cette « part poétique » en nous. Opposer aux dérives de la mondialisation cette « Mondialité » dont parle Patrick Chamoiseau dans son dernier livre Frères migrants, au profit d’une nouvelle « Relation ». Contre la géopolitique cynique, une géopoétique humaniste.

(Édito du Journal RESSOURCES N°8, Décembre 2017 – Janvier 2018)

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L’anthropocène et ses dinosaures…

« Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Cette citation d’Antonio Gramsci ouvre le livre d’Ariane Vitalis Les Créatifs Culturels, L’émergence d’une nouvelle conscience, publié ce mois-ci aux Éditions Yves Michel. L’écrivain et théoricien politique italien faisait allusion à la crise. Nous étions alors dans les années 30. Entre deux folies. Si l’on peut souhaiter que la France ne sera plus jamais entre deux guerres, nous sommes clairement en pleine crise. Une crise de civilisation. Un changement de paradigme est en cours. Une transition est amorcée qui a précisément pour modèle ces Créatifs Culturels qui font l’objet du dossier de notre numéro d’été. Parmi les monstres en embuscade dans cet « entre chien et loup » de fin de règne : les nationalismes qui sentent la naphtaline, le fascisme islamiste rompu aux nouvelles technologies. Pour autant, s’il est un monstre dont la monstruosité ne dérange plus personne depuis longtemps, c’est clairement celui du capitalisme affranchi de toute forme de contrainte. «  Mentionner le pays d’origine des super-riches semble tout à fait folklorique. Désormais les riches sont leur propre nation » écrivait Fredrik Deboer à propos des Panama Papers (Slate). Qui ne resteront un scandale que le temps de leur exposition médiatique. A défaut de monstres repoussants, on a clairement l’impression sinon que ce sont les dinosaures qui dictent aujourd’hui leur loi aux sapiens. Pour la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, aucun problème pour son nouveau président Christian Estrosi à nommer Maud Fontenoy Vice-Présidente en charge du développement durable. La nouvelle chroniqueuse de Valeurs Actuelles, pro-OGM, pro-nucléaire et pro-gaz de schiste est sans conteste the right woman ! Pour le Sénat, aucun souci à vider de son sens le projet de loi biodiversité déjà bien timoré qu’avait proposé l’Assemblée Nationale. Et puis décomplexé pour décomplexé, autant y aller franchement. Quand elle publie en 2013 « Ras-le-bol des écolos » (Plon), Maud Fontenoy, la nouvelle égérie écolo-people de Sarkozy est du reste à bonne école. Les saillies de l’ex-ex-Président n’ont rien perdu de leur finesse, qu’il tacle le bobo ou le militant Nuit Debout. Pas gagné la reconquête de la biodiversité avec cette surenchère pré-électorale où il est de bon ton d’insulter ceux qui achètent leurs légumes via une AMAP ou qui approuvent le principe de quotas annuels de pêche. Que pouvons-nous espérer encore face à ce monstre dont le vrai nom est : Mégaréac ? Avec les Créatifs Culturels, qui représentent le nouveau monde, nous nous sommes contentés de rester fidèles à notre projet éditorial : donner un visage aux acteurs locaux de la transition. « Si tu veux parler de l’universel, parle de ton village » (Léon Tolstoï)

Édito du magazine Ressources #4 (juin-juillet-août 2016)

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