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Ces philosophes et journalistes voix de leurs maîtres.

A peine publié il y a deux semaines, que « Crépuscule » de Juan Branco (édition AU DIABLE VAUVERT) se hisse dans le top des ventes des livres politiques. Et ce, malgré l’assourdissant silence des éditorialistes patentés des grands médias de ce pays. En fait, ce silence n’est que le formidable aveu qui cautionne précisément la thèse de Juan Branco.
« Un décorticage des mécanismes par lequel le système oligarchique a placé Emmanuel Macron au pouvoir : c’est ce qu’opère le livre de Juan Branco, en flagellant les médias serviles qui servent l’oligarchie » nous explique Hervé Kempf dans l’article qu’il lui consacre sur Reporterre.net

A ce stade de la régression démocratique en notre douce France, Il faut en profiter surtout pour relire le très visionnaire essai de Serge Halimi, « Les nouveaux chiens de garde » paru il y a plus de 20 ans ! Il faut lire ou relire dans la foulée, l’ouvrage dont le titre a inspiré cet essai : « Les chiens de garde » de Paul Nizan, publié entre deux guerres mondiales… Dans ce dernier, les chiens de garde du système sont les philosophes universitaires. Dans le premier, ce sont les journalistes. En 2019, de Luc Ferry à Jean-Michel Apathie, ou de Finkielkraut à Barbier, La République des philosophes et des journalistes aboit effectivement avec une parfaite coordination contre tout ce qui vient toucher de près ou de loin aux intérêt des maîtres. Ces dix milliardaires qui ont fait main basse sur 90% des médias français… 1932, 1997, 2019… On a beau nous décrypter les ficelles et les boniments, rien n’y fait donc. La perversité du système actuel est telle par exemple, que dans la chasse aux « théories du complot », on finira bien par vendre aux gens que le concept même de complot n’a aucune réalité. Rien ne s’ourdit ni se ne complote dans l’ombre braves gens ! Dormez bien ! L’être humain en son extraordinaire difficulté à ne pas être en mode ON/OFF…

Comment il disait déjà Niel avec cette belle élégance de patron-prédateur décomplexé ? Ah oui : « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix. »

Et oui, mon pauvre Daniel Cohn-Bendit, inutile d’aboyer plus fort qu’Annie Duperey et te faire plus goujat que tu ne l’es (lui, son truc démago, c’est le tutoiement) : Macron a bel et bien été placé par cette oligarchie. De façon indirecte certes, puisque oui il y eut bel et bien des élections, mais oui bel et bien programmée fortement amont. Ne t’en déplaise cher rentier de Bruxelles.

Platon qui avait une vision pour le moins autoritaire de ce que pouvait être une République des Philosophes ne s’est pas trompé. Il ne connaissait alors ni le mot ni la fonction de « journaliste ». Aujourd’hui ce couple-là fonctionne parfaitement avec de sympathiques nonosses en guise de rétribution. Au service du tyran Denys de Syracuse, l’auteur du Banquet se faisait régulièrement tacler par une autre forme de cabot préférant sacrifier son confort à son indépendance : Diogène, figure inspirante du cynisme philosophique. Une chose est certaine : la posture du « en même temps » n’a absolument aucun rapport avec la pensée complexe, et son corollaire humaniste que défend un certain Edgar Morin.

Difficile à vrai dire de savoir si Crépuscule il y aura. Mais vite, vite, on ajoute aussi à ses lectures du moment, celles des fables du très actuel Jean de La Fontaine !

Le Loup reprit : « que me faudra-t-il faire ?
– Presque rien, dit le chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons et mendiants ;
Flatter ceux du logis,
A son maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de maintes caresses. »

(Le Loup et le Chien)

2014-07-14 12.30.58 HDR

Nice Matin, canard anar ?

Que ce soit Nice Matin ou FR3 Région, je conserve mon plus grand respect à ces médias locaux qui font le job en ayant renoncé à toute forme de journalisme polémique. Pas le journalisme le plus prestgieux, donc. Oui, quand un titre comme Nice Matin bat de l’aile au point d’être menacé de liquidation, je m’inquiète franchement. Peu encline à faire des vagues, parfois neu-neu, voire glissant ponctuellement dans le cirage de pompes aux seigneurs locaux, la PQR* n’en reste pas moins un indispensable relais de l’info locale. Et par là, osons le dire : un nécessaire outil de la démocratie à la française. Avec Nice Matin, je m’amuse depuis bien longtemps du grand écart entre cette ligne éditoriale et le quotidien billet d’humeur de Philippe Bouvard en sa Une.

L’homme reste vif, affûté, et on aurait bien tort de penser qu’il pratique un humour de daron, façon « tonton calembour ». A la calembourdaine, il préfère effectivement de mordants billets rédigés avec un style savoureux que je trouve personnellement au-dessus des modes. Surtout : qui font mouche à tous les coups. Le billet du jour précisément, à l’occasion de la grand messe nationale du 14 juillet, qui comme chacun le sait, a définitivement mis fin aux privilèges en France, m’a laissé personnellement sans voix eu égard au positionnement conformiste du média qui le publie. Merci Nice Matin, et longue vie à la PQR* qui autorise les saillies les plus libertaires. Monsieur Bouvard, en tant que scribouillard de province volontiers étiqueté anar, je m’incline bien respectueusement devant cette plume talentueuse et libre…

* PQR : Presse Quotidienne Régionale
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