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Des gilets pour un climat : si cohérent !

Aujourd’hui, c’était double ration de manif pour tous les Français.
Le quatrième samedi des gilets jaunes venait croiser la Marche pour le Climat.
Hasard de calendrier qui exprime soudainement à quel point les deux luttes n’ont en vérité que des intérêts communs. A quel point « fin du monde » et « fin de mois » s’articulent avec une pertinence que le gouvernement actuel s’est entêté à ignorer. A quel point l’ouvrage de Naomi Klein paru en 2015, Tout peut changer (Actes Sud), est extrêmement visionnaire.

Je suis resté chez moi pourtant aujourd’hui. Cloué sur mon canapé pour cause de dent de sagesse arrachée et l’inflammation générale de ma bouche qui s’en est ensuivit. Il faut faire confiance au langage du corps. Sa symbolique est fiable. Rage de dents. Rage dedans. Oui, je suis en colère moi aussi, je dois bien l’avouer. Oui, pourtant, j’ai un peu disparu des écrans radars depuis la fin de notre magazine Ressources au printemps dernier. Moins visible mais pas moins concerné. Je tisse dans l’invisible. Je travaille auprès des jeunes, et auprès des lycéens en premier lieu. Je réfléchis, je me prépare, je fourbis, je fais le point… Moins visible donc sur les manifestations, les tables-rondes, les assises… Pas moins engagé. Depuis mon canapé, ma zapette m’amène sur France3. Je tombe sur Olivier Ciais, Président d’Alternatiba 06 et cofondateur de l’association Shilakong qui « vise à faciliter, notamment grâce à la permaculture, les transitions individuelles et collectives vers des modes de vie éthiques et durable. » Un faizeux, comme dirait Alexandre Jardin. Un homme-doux-combattif qui a toute mon estime justement par cette qualité particulière. Un bel équilibre qui force le respect. Moi qui suis plutôt dans les profils énervés… Bref. Ce qu’il dit, entre autres messages, c’est que ces enjeux de fin de mois et de fin du monde ne doivent pas être dissociés.

Or, telle était en effet la thèse de Naomi Klein dans ce fameux livre sous-titré « Capitalisme & changement climatique ». Les luttes qui ont permis les grandes avancées sociales sont des luttes inachevées. 1848, 1936, 1945, 1968, 1974, 1981… Des victoires essentiellement juridiques, si peu traduites dans les réalités économiques. En 2018, pas de traitement équitable entre un golden boy et un sans-dent, entre un homme et une femme, entre un délinquant en col blanc et un indigné en gilet jaune. L’impact des budgets 2018 et 2019 sur le pouvoir d’achat des ménages ? En 2019, le 1% des Français les plus aisés verront leurs revenus grimper de 6%, alors que les 20% des Français les moins bien lotis connaîtront une baisse de leurs ressources (étude récente de l’IPP : Institut des Politiques Publiques). Les sciences économiques en leur complexité ont bien évidemment tout mon respect. Mais il est un constat économique que d’aucun voudront faire passer pour doxa et qui a pourtant valeur d’axiome à mes yeux, si bien formulé dans le film Ah ! si j’étais riche, et servi par un Daroussin au meilleur de sa forme :
«  Donc quand on est riche, ça ne s’arrête jamais ?
– rassurez-vous, ça marche aussi quand on est pauvre… »

Cela fait près de 230 ans que cette révolution que nous fêtons le 14 juillet en a dépossédé les instigateurs. En matière de suppressions de privilèges, il y aura eu simple translation d’une caste vers une classe. Des damnés du royaume aux damnés de la République, pas de changement ou si peu… Le « Sans dents » de Hollande nous avait fait presque fait sourire. Le mépris de classe, petit menton levé, affiché par l’actuel président Français a su embraser une nouvelle fois ceux qui furent des sans culottes par le passé, et qui se vêtent aujourd’hui sans manches. Et pour le coup, qui revendiquent sans effet de manches !

Oui, permettez-moi donc d’être redondant sur ce blog car j’y avais déjà publié un post intitulé : Des grandes chaleurs au grand soir. Il s’agissait de cette vision qu’a Naomi Klein d’une « entreprise de libération inachevée ». En bref : le changement climatique est aussi une occasion de mener à terme tous ces projets inachevés inscris pour l’essentiel dans la Charte des Droits de l’Homme. En cliquant sur le lien vers ce post, il y a déjà un extrait de son livre qui exprime clairement cette thèse visionnaire, plus d’actualité que jamais. S’il fallait en extraire une seule phrase : « la crise du climat représente une occasion de corriger ces injustices une fois pour toutes, de mener à terme l’entreprise de libération inachevée. »

Est-ce que quelque chroniqueur inspiré saura relayer cette vision sur un plateau télé à grande écoute ?
Est-ce que tout un chacun a bien compris la dimension visionnaire de ce constat ?

Pas d’avancée écologique possible sans son corollaire de justice sociale. Pas de transition qui laisserait qui que ce soit au bord du chemin. C’est peut-être ce que n’avait pas bien compris Nicolas Hulot en acceptant son précédent mandat. Il n’avait pas compris qu’il y aurait forcément maldonne avec un homme qui restera le président qui, à l’heure où j’écris ces lignes, aura été le plus timoré en matière de développement durable. S’accommodant de miettes et de saupoudrages. Une cuisine de communicant.

Oui, lisez ou relisez vite cet ouvrage !
Naomi Klein l’avait prédit !
Et malgré la troupe et ses blindés massés actuellement dans les grandes villes de France, malgré une pluie de lacrymos quasi sans précédent, malgré le choix d’une répression dure, il y a justement ce paragraphe page 522 : « soudain, tout le monde »…

(Crédit photo : Clément Mahoudeau, AFP – article d’Amandine Cailhol pour Libération : « Gilets jaunes et climat doivent pouvoir se rejoindre »)
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L’écrit plus fort que les cris.

Il y avait une manifestation prévue ce jour à Nice, Place Masséna, « contre l’état d’urgence permanent et la déchéance de nationalité ». Une autre urgence ne m’a pas permis d’y participer. Mais je suis passé tout de même rapidement, entre midi et deux, Place Masséna. Peu avant la manif, donc. Magnifique soleil. Un sacré avant-goût de printemps. Beaucoup de monde. Par-delà les classes sociales, le même projet pour tout un chacun. Profiter des terrasses, déguster une bonne glace, se craquer une nouvelle paire de pompes. Pas besoin d’être Madame Irma pour deviner qu’il n’y aura pas foule tout à l’heure, à 14h30 pour s’insurger contre l’État policier que Mr Valls souhaite faire perdurer. Des ultra-sensibles à la pression policière, des 100% accros à la liberté, d’indécrottables militants du droit à la liberté de circuler et de se regrouper. Des gens qui, comme moi, en ont ras la casquette du grand cinéma sécuritaire à la française. Ces gens seront tout à l’heure bien moins nombreux que les promeneurs, touristes et autres professionnels du lèche-vitrine de fin de semaine. Ils constitueront un spectacle au même titre que les petits groupes de hip-hop qui viennent sur cette belle place Masséna dérider le chaland, une animation de plus à côté du stand de prise de sang. Oui, peut-être que tout le monde s’en fout du reste que le bleu soit devenu l’unique couleur de notre drapeau. En v’là du bleu en v’là ! (air connu).

Dans un récent Nice Matin qui dédiait sa une aux options des communes maralpines en matière de sécurité, un confrère journaliste de ma connaissance posait cette question : « et si le citoyen était finalement le grand gagnant de cette politique sécuritaire ? ». Bon, ben, voilà quoi, la messe est dite. Les tenants du tout sécuritaire ont gagné : s’opposer à eux c’est se placer en grincheux, pire en extrémistes. Il est du reste de bon ton en ce moment de fustiger la gauche de la gauche. Sur son blog, un élu « Radical de Gauche » de ma connaissance en a fait, sur l’âpre débat autour de l’intégrisme islamiste, une typologie en 5 portraits pétrie de condescendance. Un homme qui fustige les soi-disantes « outrances » d’une Cécile Duflot et qui considère que la ligne Valls lui « convient plutôt ». Typologie pour typologie, il y aurait matière à s’amuser à portraitiser l’ambiguïté qui fait le radical de gauche, vrai-faux rallié ou faux-vrai frondeur, j’hésite. Du reste, ce qui est valable pour le profil psychologique (j’ai beaucoup aimé la caractérologie de Le Senne), l’est pour le profil socio-politique : personne ne peut y échapper. Par exemple, moi qui pense que Tariq Ramadan est un dangereux imposteur mais également que oui, l’occident a sa part de responsabilité dans l’intégrisme islamiste et son terrorisme banalisé, comment vais-je me faire croquer par les apprentis portraitistes ? Moi qui suis clairement républicain quant à la séparation des pouvoirs, mais reste attaché à l’idée que l’on puisse librement afficher sur soi une croix ou un turban, Dieu seul sait quelle tribu sociologique peut m’être réservée…

Mais bon, pas besoin d’avoir détrempé longtemps dans la « pensée complexe » pour constater l’effarante hypocrisie des discours républicains, de gauche comme de droite. A Nice, de la Place de la Libération jusque sur l’avenue Jean Médecin, tous les 300 mètres, des Témoins de Jéhovah vendent tranquillement du Jésus à qui veut bien les approcher. Oui, une véritable secte qui fait du prosélytisme à visage ouvert au cœur d’une ville qui met en place des Déclarations d’Utilités Publiques pour freiner tout projet de création de mosquée. A ce petit jeu de DUP, le citoyen qui n’est pas dans le coeur de l’électorat est toujours perdant. Imaginez des petits groupes de musulmans rassemblés autour d’un présentoir à Corans, à côté de la gare Thiers, et un peu partout dans Nice ! Par contre, inutile d’imaginer cette même ville de Nice financer le ravalement de l’église Notre-Dame. C’est bien ce qu’elle a fait ! Cela relève du Patrimoine ? Vive la République ! Non vraiment, à gauche comme à droite, ça excelle vraiment à se raconter l’histoire de la laïcité…

Mais bon, revenons à ce constat : de ça comme de la constitutionnalisation de l’État d’urgence, le bourgeois qui, ce samedi à 14h30, sortira Place Masséna roter sa daube niçoise, comme les jeunes de Nice Nord qui iront baver devant la boutique Adidas, tout le monde s’en tamponne allègrement le coquillard.

Alors, il y aura des mégaphones, des cris : Non à l’état d’urgence ! Mais ça fera marrer tout le monde, à commencer par les CRS. Ah, c’est sûr, c’est pas les bonnets rouges, c’est pas les bonnes vieilles jacqueries françaises, c’est pas les routiers. Avec ceux-là, il y a du répondant ! Non, là, ce sont généralement des libertaires au profil pacifiste. Les « pacifistes » qui seraient des « manipulés » pour reprendre la drôle de typologie de cet élu. Bref, mon urgence personnelle du jour m’a éloigné de cette manifestation. Mais je me demande soudain si cela eût été de toutes façons bien utile. J’apprends même que, sur Nice, deux toutes nouvelles organisations citoyennes différentes projettent ce mois-ci une réunion au même endroit, le même restaurant, à cinq jours d’intervalles ! Déjà qu’on n’est pas nombreux à battre le pavé en mode « pas contents, pas contents »… Pas très malin. Dans l’opposition, se diviser. Fut-ce autour de valeurs telles que «  les libertés fondamentales », la « souveraineté ». L’être humain reste l’être humain. Alors, cette fois, on est tous bleus, d’accord ? Donc, les bleus clairs à gauche, et les bleus foncés à droite. Maladie incurable du genre sapiens.

Bref, tu vois cher lecteur de ce blog, passablement délaissé par son auteur pour cause d’édition de magazine print, je me dis soudain que je vais peut-être revenir un peu plus à mes amours premières : l’écrit. Me revoilà donc avec ce post un poil trop long. Mais oui, j’ai hérité de mes parents l’amour des lettres. Et j’ai déjà confessé ici que la poésie était fort probablement mon unique religion.

Je crois à Ressources. Même si Terra Eco vient de jeter l’éponge.

Je crois à la musique des mots. Même si le feuillet journalistique se penche plus volontiers sur le prosaïque.

Pour faire bouger les lignes, je crois à l’écrit. Plutôt qu’en les cris.

Si j’ai provisoirement sacrifié le regard contemplatif du poète à la mission proactive de l’éditeur de presse, c’est parce que je crois définitivement dans le pouvoir de l’écrit. Sur du 80 grammes comme sur clavier azerty.

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