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Impressions de rentrée

Et voilà, ce blog souffle demain sa deuxième bougie, et moi qui rentre à peine de vacances, je me demande ce que vaut une année de blogueur par rapport à une vie humaine. Sept ans comme les chats ? Plus ? Vous voyez, j’ai la tête encombrée par de passionnantes questions… Du reste, rien de vraiment structuré à vous présenter pour le moment, j’ai bien envie rester encore un peu dans cette sensation de pensées éparses qui s’offrent à moi quand l’espace mental est encore vacant. Des pensées sur lesquelles je n’ai pas spécialement envie ni de développer ni de creuser plus que ça. Petit post impressionniste donc qui ne fera sûrement pas grande impression.

Numéro un : la politique. J’évacue tout de suite. Après la sortie des Cécile Duflot, Montebourg, Hamon, et même Filippetti, et ce magnifique remaniement Valls II, que dire de plus sinon… RIP le PS !

Numéro deux : lobbying agro-alimentaire. Il y a quelques jours, au grand rendez-vous du 20h d’une télévision publique, ce reportage en apparence innocent : blind test entre confiture maison et confiture industrielle. Ou plutôt entre « une » confiture maison et « une » confiture industrielle, c’est très important d’un point de vue « méthode scientifique ». Car ce reportage cherchait à énoncer une vérité générale. A l’arrivée, les goûteurs, les consommateurs donc, préfèrent l’industrielle. Deux remarques : le fait maison est par définition non seulement non reproductible à l’identique pour un même exécutant, mais surtout très différent entre la recette de Germaine et celle de Simone. Il n’y a pas « une » confiture maison, il y a des milliers et des milliers de confiture de fraise maison ! Le maison est par essence unique quand l’industriel est paramétrage rigoureux de cuves : arômes, agents de textures… Et donc reproductible tel quel à l’infini. Deuxième remarque : si les étiquettes avaient bel et bien été enlevées, le couvercle du produit industriel était, lui, parfaitement (intentionnellement?) identifiable. Vous savez ce petit habillage vichy d’une marque que je ne nommerai pas ici. Suis-je vraiment le seul à avoir identifié le pot aux roses ? Honte à ce journalisme machiavélique, servile et mercantile…

Numéro trois : la communication à papa. En rentrant de vacances, j’ai aussi malheureusement retrouvé cette magnifique campagne de la ville de Nice pour son Musée National des Sports. Des visuels ternes, bruts sur fond noir, et des accroches de fou : « Un Musée où les œuvres sont des doudous ? » (petite fille avec un Footix), « Un musée où les œuvres sont des médailles ? » (athlète embrassant une médaille)… On reproche souvent aux publicitaires, et plus particulièrement aux créatifs comme votre CR (Concepteur-rédacteur) de blogueur, d’en faire trop, de déconnecter le produit ou le service d’une certaine réalité. Mais là, pas de danger d’être dans la surpromesse ! Dire « doudou » et montrer un doudou, dire « médaille » et montrer une médaille, c’est déjà l’erreur de base qu’on enseigne très vite à éviter dans les filières communication. Mais surtout : on nous vend tout sauf du rêve ici ! Oui, déjà qu’effectivement un Musée du Sport c’est pour moi comme si on me parlait d’un Musée du Tricot, là on ne triche pas avec la promesse : les œuvres sont donc ces magnifiques objets sexy et chargés d’histoire. Il n’y a pas tromperie sur le produit. Est-ce à dire qu’il ne faut surtout pas s’attendre à un minimum de scénographie, voire de muséographie, donc ? « Un Musée où les œuvres sont des doudous ? »… A cette question, on a clairement envie de répondre : ça existe ? Ou bien encore : so what ? Bref, c’est pas le tout de construire un pharaonique stade Allianz prêt à accueillir l’Euro 2016. En déménageant de Paris à Nice, le Musée National des Sports a perdu quelque chose qui relève de la subtilité et du second degré : bienvenue dans la com’ de province… De bien belles créas faites par la ville pour la ville.

14850_900648733285590_6375108860321364624_n         Affiche-Musée-National-du-Sport-à-Nice

Numéro quatre : les arts martiaux. Bon allez, on revient un peu plus dans la thématique liberté qui justifie ce blog. Je me suis délecté ces vacances du hors-série du magazine Dragon, un Dragon Spécial Aïkido dont la thématique est « Le travail individuel ». Je me suis senti moins seul tout à coup avec ma pratique en solitaire qui existe, parallèlement à la pratique en salle, depuis que je suis tombé dans les arts martiaux je crois. J’ai bien aimé ce que dit Philippe Grangé à ce propos : « A partir du moment où la pratique en solitaire commence, on peut dire que l’on passe du statut de simple élève à celui d’adepte ». Pour ma part, ce travail personnel est, trois à quatre fois par semaine, une petite routine associant cardio, gainage, musculation dynamique, travail interne de type Qi Qong/Taï Chi, déplacements, boxe de l’ombre… Ce que David Constant appelle « le polissage de mille jours ». Je recommande particulièrement le texte d’André Cognard et celui d’Olivier Gaurin : « De la cannette « Moi-seul » à… « la pschitt-analyse » ou « l’invention du Maître en Aïkido ». Ce dernier fait écho à mon post Maître ou pas Maître, telle est la question. En tout cas, je recommande ce numéro à toute personne ayant une pratique d’entraînement solitaire, mais aussi une approche spirituelle des arts martiaux, qu’elle fasse ou non de l’Aïkido. Paradoxalement, ce numéro spécial a reboosté mon désir de travailler avec partenaires et professeurs. Oui, j’ai besoin des deux, je crois.

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Numéro cinq : Jirô Taniguchi. Ben oui, le meilleur pour la fin… J’ai enfin pris le temps de lire le Furari de cet auteur fétiche. Furari, en japonais, signifie : « au gré du vent »… Un géomètre et cartographe à la retraite qui continue d’arpenter Edo (ancien nom de Tokyo) au début du XIXème siècle. Dans un autre registre que « L’Homme qui marche », toujours cette philosophie de la déambulation, l’esprit dispos à toute chose… Si frais, si léger, si poétique. Un ressourcement pour le libertaire qui parfois pense un peu trop. Cette phrase terrible mais revivifiante qui claque comme un koan, dans le chapitre « La tortue » : « C’est quoi la liberté ? On te dit de faire ce que tu veux mais au fond tu n’as nulle part où aller ? ».

Apporter sa rime, ok. Mais que faisons-nous vraiment de chaque espace de liberté qui nous est accordé ?

Bonne rentrée à toutes et à tous.

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Maître ou pas maître, telle est la question…

La nouvelle est officiellement tombée la semaine dernière : le Doshu Moriteru Ueshiba, vient de décerner à Daniel JEAN-PIERRE le titre de Shihan du Hombu Dojo. Avant de perdre définitivement mon petit cercle de lecteurs dès la première phrase, une rapide explication de texte s’impose.

Shihan représente le plus haut niveau de distinction pour un professeur d’Aïkido au Hombu Dojo de Tokyo ; et Doshu est le titre attribué au petit-fils du fondateur de cet art martial créé par Morihei Ueshiba au début du siècle dernier. Voilà pour le contexte. Quant à l’événement, il est loin d’être anodin : seuls trois enseignants en France ont reçu cette distinction suprême, Christian Tissier étant le plus médiatique. C’est donc un événement majeur pour le modeste pratiquant que je suis, car Daniel Jean-Pierre est aussi… mon professeur. A vrai dire, un enseignant qui hérite de ce titre s’apparente dès lors davantage à un maître d’arts martiaux qu’à un professeur lambda. En ce qui concerne Daniel JEAN-PIERRE, cette carrure de maître n’a pas attendu l’officialisation d’un tel titre. Il y a derrière cet homme-là 50 ans de pratique, dont 30 ans d’enseignement. Et surtout un style de transmission qui séduit et convainc aux 4 coins de la planète : de la Colombie au Maroc, du Brésil à Madagascar. Je savais donc depuis longtemps que disposer d’un tel enseignement à 10 mn à pied de chez moi était un privilège. Oui, mais voilà, que met-on derrière le mot maître quand on décide de parler de maître d’art martial ? Petite contradiction peut-être pour un blog qui a fait de la liberté son fil rouge, non ? Que nenni.

Je vais tâcher de faire court, car le sujet a été abondamment exploré, et cela depuis très longtemps. L’étymologie latine (magnus) fait de l’expression « Grand Maître » soit un pléonasme soit l’antichambre des dieux. Et la première définition du Larousse abonde en ce principe de domination : « personne qui exerce un pouvoir, une autorité sur d’autres, un animal domestique, qui a la possibilité de leur imposer sa volonté, qui dirige ». Vu comme cela, la position du maître ne peut pas ne pas être suspecte. Il fut un temps, pas si lointain, où les maîtres avaient des esclaves ou, plus récemment encore, appliquaient en toute légalité les châtiments corporels aux élèves perdus dans la table de 7. A toutes les époques, des « maîtres à penser » ont habilement manipulé des disciples hypnotisés par les subtils discours de « celui qui dissipe les ténèbres » (traduction littérale de guru). Oui, mais c’est oublier la dimension de maîtrise qui y est attaché.

Car, loin de l’image de la maîtresse femme du SM, experte dans le maniement du fouet, il y a surtout celle de l’expert(e) en son art. Qu’il s’agisse du troisième degré maçonnique (après celui de Compagnon) ou du statut d’international dans les échecs, il suppose surtout une connaissance approfondie, supérieure et sûre d’une technique, d’une discipline, d’un art. Toute la question est de savoir à quel stade de maîtrise l’artisan luthier, le professeur de fleuret, où celle qui officie dans la cérémonie du thé bascule dans le statut de maître. Pour avoir souvent évoqué le sujet autour de moi, il ressort des diverses expériences de chacun, un critère fiable de référence : le naturel. Quelle que soit la discipline ou technique pratiquée, le maître est arrivé à une gestuelle d’une déconcertante simplicité, à une expression d’un naturel et d’une spontanéité désarmants. Raison pour laquelle un maître, qu’il s’exprime avec des pinceaux sur un chevalet ou en kimono sur un tatami, est toujours un artiste.

Quoi, tout ce laborieux travail de répétition quotidien pour arriver à une telle économie de mouvements, à une telle épure des gestes, à un mouvement à la portée d’un enfant ! Toutes ces complications, ces détours, cette rééducation pour parvenir à ce non-évènement : faire sans faire. Eh oui ! C’est ça pour moi un maître : un homme qu’il convient de venir regarder jour après jour, sans quoi vingt fois sur le métier remettre son ouvrage est un projet sans cap. C’est d’ailleurs la traduction littérale de Shihan en japonais : modèle.

Il faudrait développer bien sûr, et dire notamment qu’un vrai maître n’est précisément pas un tyran, ni même un directeur de conscience. Comme pour les coachs (les vrais !) son rôle est avant tout un rôle d’accompagnement : il s’agit d’étayer et non pas de monter les murs à la place de l’élève. Souvent, il n’a pas besoin de trop en dire, trop en faire… Il sait trouver naturellement l’équilibre entre bienveillance et rigueur. Un maître est un pédagogue.

Voilà. C’est dans cet esprit que je parle de mon professeur d’Aikido comme d’un maître. Et uniquement dans celui-là. Enfin, c’est en adepte non contraint du respect dû au talent, aux anciens, aux saints hommes et aux saintes femmes, que je considère le fait de s’incliner pour saluer comme un signe d’humanité et non de soumission. Et ce d’autant plus que le professeur/maître en face fait de même. Cette culture du salut est aussi respectable que la bonne vieille poignée de main française.

Et pour bien vous assurer que ce post n’est orienté ni par la servilité ni par l’aveuglement, je finirais par ce très bon mot de Jean-Baptiste Massillon : « Quiconque flatte ses maîtres, les trahit ».

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