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L’écrit plus fort que les cris.

Il y avait une manifestation prévue ce jour à Nice, Place Masséna, « contre l’état d’urgence permanent et la déchéance de nationalité ». Une autre urgence ne m’a pas permis d’y participer. Mais je suis passé tout de même rapidement, entre midi et deux, Place Masséna. Peu avant la manif, donc. Magnifique soleil. Un sacré avant-goût de printemps. Beaucoup de monde. Par-delà les classes sociales, le même projet pour tout un chacun. Profiter des terrasses, déguster une bonne glace, se craquer une nouvelle paire de pompes. Pas besoin d’être Madame Irma pour deviner qu’il n’y aura pas foule tout à l’heure, à 14h30 pour s’insurger contre l’État policier que Mr Valls souhaite faire perdurer. Des ultra-sensibles à la pression policière, des 100% accros à la liberté, d’indécrottables militants du droit à la liberté de circuler et de se regrouper. Des gens qui, comme moi, en ont ras la casquette du grand cinéma sécuritaire à la française. Ces gens seront tout à l’heure bien moins nombreux que les promeneurs, touristes et autres professionnels du lèche-vitrine de fin de semaine. Ils constitueront un spectacle au même titre que les petits groupes de hip-hop qui viennent sur cette belle place Masséna dérider le chaland, une animation de plus à côté du stand de prise de sang. Oui, peut-être que tout le monde s’en fout du reste que le bleu soit devenu l’unique couleur de notre drapeau. En v’là du bleu en v’là ! (air connu).

Dans un récent Nice Matin qui dédiait sa une aux options des communes maralpines en matière de sécurité, un confrère journaliste de ma connaissance posait cette question : « et si le citoyen était finalement le grand gagnant de cette politique sécuritaire ? ». Bon, ben, voilà quoi, la messe est dite. Les tenants du tout sécuritaire ont gagné : s’opposer à eux c’est se placer en grincheux, pire en extrémistes. Il est du reste de bon ton en ce moment de fustiger la gauche de la gauche. Sur son blog, un élu « Radical de Gauche » de ma connaissance en a fait, sur l’âpre débat autour de l’intégrisme islamiste, une typologie en 5 portraits pétrie de condescendance. Un homme qui fustige les soi-disantes « outrances » d’une Cécile Duflot et qui considère que la ligne Valls lui « convient plutôt ». Typologie pour typologie, il y aurait matière à s’amuser à portraitiser l’ambiguïté qui fait le radical de gauche, vrai-faux rallié ou faux-vrai frondeur, j’hésite. Du reste, ce qui est valable pour le profil psychologique (j’ai beaucoup aimé la caractérologie de Le Senne), l’est pour le profil socio-politique : personne ne peut y échapper. Par exemple, moi qui pense que Tariq Ramadan est un dangereux imposteur mais également que oui, l’occident a sa part de responsabilité dans l’intégrisme islamiste et son terrorisme banalisé, comment vais-je me faire croquer par les apprentis portraitistes ? Moi qui suis clairement républicain quant à la séparation des pouvoirs, mais reste attaché à l’idée que l’on puisse librement afficher sur soi une croix ou un turban, Dieu seul sait quelle tribu sociologique peut m’être réservée…

Mais bon, pas besoin d’avoir détrempé longtemps dans la « pensée complexe » pour constater l’effarante hypocrisie des discours républicains, de gauche comme de droite. A Nice, de la Place de la Libération jusque sur l’avenue Jean Médecin, tous les 300 mètres, des Témoins de Jéhovah vendent tranquillement du Jésus à qui veut bien les approcher. Oui, une véritable secte qui fait du prosélytisme à visage ouvert au cœur d’une ville qui met en place des Déclarations d’Utilités Publiques pour freiner tout projet de création de mosquée. A ce petit jeu de DUP, le citoyen qui n’est pas dans le coeur de l’électorat est toujours perdant. Imaginez des petits groupes de musulmans rassemblés autour d’un présentoir à Corans, à côté de la gare Thiers, et un peu partout dans Nice ! Par contre, inutile d’imaginer cette même ville de Nice financer le ravalement de l’église Notre-Dame. C’est bien ce qu’elle a fait ! Cela relève du Patrimoine ? Vive la République ! Non vraiment, à gauche comme à droite, ça excelle vraiment à se raconter l’histoire de la laïcité…

Mais bon, revenons à ce constat : de ça comme de la constitutionnalisation de l’État d’urgence, le bourgeois qui, ce samedi à 14h30, sortira Place Masséna roter sa daube niçoise, comme les jeunes de Nice Nord qui iront baver devant la boutique Adidas, tout le monde s’en tamponne allègrement le coquillard.

Alors, il y aura des mégaphones, des cris : Non à l’état d’urgence ! Mais ça fera marrer tout le monde, à commencer par les CRS. Ah, c’est sûr, c’est pas les bonnets rouges, c’est pas les bonnes vieilles jacqueries françaises, c’est pas les routiers. Avec ceux-là, il y a du répondant ! Non, là, ce sont généralement des libertaires au profil pacifiste. Les « pacifistes » qui seraient des « manipulés » pour reprendre la drôle de typologie de cet élu. Bref, mon urgence personnelle du jour m’a éloigné de cette manifestation. Mais je me demande soudain si cela eût été de toutes façons bien utile. J’apprends même que, sur Nice, deux toutes nouvelles organisations citoyennes différentes projettent ce mois-ci une réunion au même endroit, le même restaurant, à cinq jours d’intervalles ! Déjà qu’on n’est pas nombreux à battre le pavé en mode « pas contents, pas contents »… Pas très malin. Dans l’opposition, se diviser. Fut-ce autour de valeurs telles que «  les libertés fondamentales », la « souveraineté ». L’être humain reste l’être humain. Alors, cette fois, on est tous bleus, d’accord ? Donc, les bleus clairs à gauche, et les bleus foncés à droite. Maladie incurable du genre sapiens.

Bref, tu vois cher lecteur de ce blog, passablement délaissé par son auteur pour cause d’édition de magazine print, je me dis soudain que je vais peut-être revenir un peu plus à mes amours premières : l’écrit. Me revoilà donc avec ce post un poil trop long. Mais oui, j’ai hérité de mes parents l’amour des lettres. Et j’ai déjà confessé ici que la poésie était fort probablement mon unique religion.

Je crois à Ressources. Même si Terra Eco vient de jeter l’éponge.

Je crois à la musique des mots. Même si le feuillet journalistique se penche plus volontiers sur le prosaïque.

Pour faire bouger les lignes, je crois à l’écrit. Plutôt qu’en les cris.

Si j’ai provisoirement sacrifié le regard contemplatif du poète à la mission proactive de l’éditeur de presse, c’est parce que je crois définitivement dans le pouvoir de l’écrit. Sur du 80 grammes comme sur clavier azerty.

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SOUTENIR RESSOURCES QUAND HURLENT LES SIRÈNES…

Contrairement aux apparences, les attentats qui viennent de meurtrir la France n’ont pas « coupé la chique » de l’équipe de journalistes et de photographes du magazine RESSOURCES.
Il se trouve que notre fréquence de parution nous oblige à une distanciation évidente avec « l’actu chaude ». Et puis, nous ne sommes pas un newsmag généraliste. Surtout, notre ligne éditoriale nous porte plus volontiers vers les « faiseux », les créatifs culturels de tous bords, les acteurs azuréens d’un développement durable sincère et efficace.
Une vision positive de la société, fut-ce avec un regard critique.

C’est du reste un des nombreux dommages collatéraux de cette violence qui vient boucler cette année française comme elle avait commencé.

Pendant que l’état d’urgence récemment proclamé, dans une ambiance d’ « ébriété guerrière » (Le Monde Diplomatique), autorise le gouvernement à interdire toute manifestation, à commencer par celles liées à la COP21, le traumatisme collectif détourne toute une nation de tout autre sujet que ceux relatifs au décompte des morts et des blessés, à la traque des terroristes, à la surenchère des déclarations politiques… Cela est à la fois légitime eu égard à l’angoisse générée, mais également ambigu de la part de nombreux médias dont l’audience et les tirages décollent opportunément.

Dommage collatéral, donc, pour le magazine RESSOURCES dont le numéro 2 vient de sortir en kiosque le 30 octobre dernier et qui reste fidèle à sa ligne éditoriale. Laquelle se tient à l’écart du sensationnalisme morbide autant que de la superficialité consensuelle.

Bien chers lecteurs et sympathisants de notre magazine, nous avons plus que jamais besoin de vous pour implanter durablement ce magazine qui parle de votre région, la Côte d’Azur (Alpes-Maritimes, Var et Monaco), autour d’une vision exigeante du développement durable. Oui, autour de nous, des élus, des entreprises, des individus issus de la société civile, agissent au quotidien, avec créativité et souvent courage, pour que s’opère cette nécessaire « transition » à tous les niveaux.

RESSOURCES est un magazine indépendant.

Nous ne sommes
ni trendy ni trashy, ni baba ni bobo, ni vendu ni anti.

« Je milite pas tiens-toi bien pour l’extinction des dauphins, j’veux pas qu’ils meurent » chantait Bénabar dans Politiquement correct. C’est un bon résumé de l’approche engagée du journalisme façon RESSOURCES : au commencement était le bon sens…
La thèse de Naomi Klein dans son dernier ouvrage « Tout peut changer », est en substance que la question du climat est avant tout une opportunité sans précédent d’un changement de civilisation. La question n’est pas tant de savoir si nous survivrons ou pas à 2° ou 4° Celsius de hausse des températures. L’humanité y survivra. En tout cas une partie. La question est celle du comment.

Nous avons tous été choqués par ce vendredi 13 novembre 2015 parisien. Aucune fatalité dans ce vendredi 13 là : les racines de ce malheur sont peut-être complexes, elles n’en restent pas moins analysables. Il est temps peut-être de se ressaisir. De nous extirper du hurlement des sirènes, des images morbides. De délaisser l’anxiogène pour l’encourageant. De nous nourrir à nouveau d’une information porteuse d’espoir.

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Stéphane Robinson
Cofondateur du magazine RESSOURCES
Rédacteur en Chef

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