Archives des articles tagués école

Aux petits guerriers de quatre ans…

H. n’a passé que deux heures de sa vie dans une garderie d’enfants. Elle avait quatre ans. Elle y est entrée comme un agneau à l’abattoir. Son visage à l’arrivée était aussi fermé que le manteau qu’elle portait. Quand on est venu la rechercher, elle n’avait pas fait un seul pas, pas prononcé un seul mot et n’avait permis à personne de lui enlever son manteau ou d’en défaire un seul bouton. Parfois un enfant entre dans une résistance absolue à toute vie sociale – et parfois, dans cette lutte entre son coeur et le mensonge dans lequel les gens, très tôt, pour éviter de trop souffrir, noient leurs âmes uniques, le petit guerrier triomphe. J’ai connu une épreuve semblable en entrant dans une école qui n’a de maternelle que le nom. Si j’ai hurlé pendant quinze jours, ce n’était pas tant d’être obligé de quitter ma mère que de l’effroi de ne rien comprendre à ce qui réjouissait les enfants de mon âge. Seul dans ma chambre, je regardais s’entrechoquer les atomes du visible et de l’invisible, et je rêvais sur les énigmes d’une vie dont j’ignorais encore que sa mortalité était sa plus sûre beauté. Dans la cour d’école, je ne retrouvais rien de l’infini et mes songes étaient mis à la diète. J’ai appris depuis ce temps à reconnaître les guerriers de quatre ans, même quand ils ont grandi : leur âme est restée vive, donnant un éclat à leur regard et un tranchant à leur parole. Je les aime pour n’avoir pas voulu de cette torpeur à laquelle la plupart des gens s’accoutument et que seule leur mort viendra rompre, aussi aisément que des ciseaux éventrant un oreiller.

Christian Bobin (Ressusciter, 2001)

Photo : Robert Doisneau

Capture d’écran 2015-06-06 à 15.57.39

L’Education Nationale ou la totale impunité de Mr Pessina

Le 4 mars 2013, j’avais dénoncé dans un post « L’autre grande muette » un cas de maltraitance à l’école Fuon Cauda : une institutrice courageuse de cette école primaire avait relayé à sa hiérarchie cet « incident ». Deux ans après, le sujet arrive sur FR3 Région (Journal du 03/06/2015 ci-dessous – 1:17 à 3:22) : le dénouement peut-être imminent pour tenir cet instituteur maltraitant loin de nos enfants ? L’Inspection académique parlerait d’un « classement sans suite ». Gasp ! Pas gagné…
Bravo en tout cas à cette institutrice très courageuse : on ne paut pas dire dans l’ensemble que supérieurs et collègues auront soutenu son initiative. Corporatisme quand tu nous tiens. Mais selon elle, ce petit post a su contribuer à faire sa part dans l’ébruitemet de l’affaire. L’écrit n’est donc pas si vain. Pour l’heure, on peut nous seriner tout ce qu’on veut sur les soi-disant enfants-rois de notre époque, force est de constater que l’étymologie du mot (infans = qui ne parle pas) reste la plus forte. Désolé chers enfants, votre parole ne compte toujours pas en 2015. Pauvre Dolto, tout ça pour ça.

J’en profite comme vous l’avez constaté chers lecteurs pour retirer ici l’anonymat de ce Mr T du post évoqué plus haut : oui, cet institueur maltraitant de l’Ecole Fuon Cauda à Nice, déjà dégagé d’une autre école de la Libération, l’école Thérèse Roméo, s’appelle effectivement Mr Pessina. Chers parents, faites passer le message. Qu’il vienne me chercher en diffamation le lascar. J’en fait désormais une affaire personnelle. Pour l’avoir déjà bien virilement recadré dans une tentative d’intimidation d’une mère d’élève…

Extraits du reportage FR3 du 3 juin dernier…

 » On pourrait croire que c’est un dysfonctionnement. Ce n’est pas un dysfonctionnement de l’Education Nationale. C’est le fonctionnement normal. C’est-à-dire que si on signale des faits graves qui se situent dans une classe, tant qu’il n’y a pas un témoin adulte ou que le prof concerné ne reconnaît pas les faits, c’est comme s’il n’y avait rien dans le dossier. Il n’y a pas d’enquêtes, on n’interroge pas les enfants, on ne se pose pas de questions. Il n’y a rien qui se passe de plus  »  –  Céline Vaillant, FCPE 06 (Fédération des Conseils de Parents d’élèves)

 » En fait, il prenait des câbles d’ordinateur et il m’attachait les pieds et le ventre, avec une table, et il serrait jusqu’à ce que j’ai mal. A la fin, quand il y avait la récréation, il ne me laissait pas y aller, il me laissait attaché. » (une victime)

« Contacté par téléphone, l’inspecteur académique a reçu l’enseignant récemment et estime que les faits ne sont pas avérés. Quant à la plainte déposée il y a deux ans, elle avait été classée sans suite. »

Le reportage de France 3 du 3 juin 2015

Capture d’écran 2015-06-06 à 16.17.15

%d blogueurs aiment cette page :