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Femmes d’islam…

Ce post pour rester dans le prolongement du précédent qui évoquait cette femme exceptionnelle qu’est Nawal el Saadawi. Son combat courageux pour la reconnaissance des droits des femmes de l’autre côté de la Méditerranée. J’ai eu entre-temps quelques discussions ici et là. Relativisation des relations bourreaux-victimes. Dialectique du maître et de l’esclave. J’ai remarqué depuis très longtemps comment l’excès d’intellectualisation constitue chez certains une stratégie pour reconstituer du sens sur du chaos, pour effacer la terrible angoisse née de l’audition, de la lecture, voire de la vision d’une violence sur laquelle ils n’ont pas prise. Sur laquelle personne n’a prise. Contrer probablement l’impuissance, si ce n’est la culpabilité. Il faut tout de même faire attention dans cette relativisation de la violence. Surtout quand cette dernière s’inscrit dans le quotidien le plus banalisé. Heureusement, il est malgré tout possible d’introduire de la réflexion utile, et non pas seulement purement spéculative, dans l’objectif de libérer d’un même mouvement esclaves et maîtres.

J’étais invité mardi 7 avril dernier au Centre Universitaire Méditerranée (CUM) de Nice à un événement intitulé « Femmes, Culture de paix ». Il s’agissait de la restitution du Congrès international féminin pour une culture de paix, organisé les 28, 29 et 30 novembre 2014 à Oran par le Cheikh Chelikh Khaled Bentounès, guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya. Je n’ai malheureusement pu y assister, fort occupé ce jour-là sur différents dossiers. Une grande déception pour moi alors qu’était notamment programmé la projection en avant-première du film « Islam, Voix de Femmes » produit par AISA International (Association Internationale Soufie Alawiyya) et réalisé par Boualem Guéritli et Didier Bourg. AISA est une association très investie sur la condition de la femme ainsi que sur le projet du « Vivre ensemble » tel qu’on a pu le voir notamment sur Cannes avec « les attentats de janvier ». Nous reparlerons ici de leur engagement sur la Côte d’Azur, c’est certain. Mais, il est possible d’ores et déjà de signer leur pétition dans le cadre de leur campagne de mobilisation mondiale pour que l’ONU décrète la Journée Mondiale du Vivre Ensemble.

Bref, je n’ai pu faire le déplacement et me suis donc contenté de la Bande-Annonce en attendant sa sortie. Le projet ambitieux de ce film est notamment de « mettre en évidence les convergences qui permettent de réunir féministes et théologiens, partisans de la raison et adeptes de la féminité ». Une psychanalyste y donne le ton de ce qui me semble être une réflexion utile sur le sujet telle que je l’envisage ci-avant : ouvrant des nuances sans jamais s’éloigner de la réalité des souffrances. Des femmes à la fois bel et bien opprimées par un système patriarcal séculaire mais souvent elle-mêmes « gardiennes de la tradition. »

Puisque nous ne pouvons pas encore visualiser ce film fort prometteur, et puisque ce blog est dédié à la valeur liberté, nous bouclerons juste ce post avec un très court extrait d’un livre de Nawal el Saadawi : Ferdaous, une voix en enfer. Publié en 1975 sous le titre original Femme au degré zéro, il s’appuie notamment sur des témoignages liés à la santé mentale des femmes. Dans la prison pour femmes de Qanatir, Nawal el Saadawi  a recueilli celui d’une détenue qui allait devenir son personnage principal, Fridaws. Abusée dans son enfance, une femme dont la quête de liberté se prolongea dans le désir de revanche, lequel aboutira dans le meurtre de son souteneur. Il y a dans la libération de cette femme par l’acceptation de sa condamnation à mort une dimension spirituelle que bien peu de théologiens à mon avis peuvent envisager d’approcher. La veille de son exécution, elle confie ceci lors de son ultime interview : « Je ne veux rien. Je n’espère rien. Je ne crains rien. C’est pour ça que je suis libre. Parce que tout au long de notre vie, ce sont nos désirs, nos espoirs, nos craintes qui nous asservissent. » En Inde, il y a plus de 25 siècles, un homme assis sous un figuier avait formulé pareille clé de libération au terme de « souffrances » qu’il s’était volontairement appliquées. Karma masculin versus destin de femme…

Voir la bande-annonce du film Islam, voix de femmes (1:50)

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Circulez, y a rien à viser !

Oui, c’est pour moi (et ce blog !) la grande nouvelle de la semaine : exit le carnet de circulation pour les gens du voyage !

Hier, le conseil constitutionnel a procédé à l’abrogation de cette disposition inique qui imposait à toute personne de plus de 16 ans, vivant depuis plus de 6 mois en résidence mobile et ne disposant pas de ressources régulières, un « carnet de circulation » devant être visé tous les 3 mois dans un commissariat ou une gendarmerie. Ce dernier ayant remplacé le carnet anthropométrique lui-même abrogé en 1969. Circuler sans ce carnet pouvait en coûter jusqu’à un an de prison ! Saisi d’une QPC (Question Prioritaire de Constitutionnalité », le Conseil Constitutionnel en supprimant ce carnet et ses contraintes a eu des arguments qui sont pourtant à la base de la déclaration universelle des Droits de l’Homme : « différence de traitement », « atteinte disproportionnée à l’exercice de la liberté d’aller et venir ». Tout de même, le temps qu’il faut aux être humains pour que le droit le plus élémentaire (fondamental ?) infuse au plus haut niveau…

Oui, je me réjouis. Comme je me suis réjouis en 1992 du vote d’une loi appliquée 2 ans plus tard, dans le cadre du nouveau code pénal, mettant un terme au fameux délit de vagabondage.  Rappelons qu’il suffisait de réunir 3 conditions pour être emmené  au poste et risquer de 3 à 6 mois d’emprisonnement : ne pas avoir de domicile « certain », ne pas disposer de moyen de subsistance et ne pas exercer de métier et/ou profession.  Les nomades n’étaient donc techniquement pas des vagabonds. Et la catégorie juridique des « gens du voyage » a été créée en 1972.

Je me réjouis, donc. Tout autant d’ailleurs pour l’abrogation dans la foulée de la disposition imposant à ces mêmes gens du voyage l’obligation d’être inscrit plus de trois ans dans une commune pour pouvoir voter. Contre six mois pour les sédentaires. Mais, il faut rester vigilant. Le « livret de circulation », lui, est maintenu qui impose aux nomades un visa annuel. Les Sages considère que cette disposition est tout à fait compatible avec le principe d’égalité et de liberté de circulation des personnes.

Voilà, le « passeport pour l’intérieur » napoléonien n’est donc pas tout à fait enterré, et l’itinérant reste une espèce sous surveillance. Le nomade est potentiellement un asocial. Sans racine égale « mauvaise racine ».

Quant aux vrais vagabonds, qu’il s’agisse des romantiques sur les traces de Jack London ou qu’il s’agisse des itinérants de la misère, n’oublions pas que le Conseil Constitutionnel accueille précisément depuis cette année comme pensionnaire un certain Nicolas Sarkozy. Lui, Président, envisageait très sérieusement le rétablissement du délit de vagabondage supprimé en 1994. Nous étions en 2008 et les tentes fleurissaient sur les quais de la Seine. S’il y a de la vague dans l’étymologie du vagabond (du latin « vagus »), il y a surtout du terrain-vague.

N’oublions pas enfin que, depuis 1994, beaucoup de municipalités ont réagi à cette dépénalisation de l’errance à coups d’arrêtés anti-mendicité. Dans d’autres cultures, le mendiant est considéré comme une occasion de s’élever par le don. Sur le plan moral, le gagnant n’est pas celui qu’on croît. Autres calculs loin des anathèmes anti-assistés.

Liberté de vivre dehors plutôt que dedans, de vivre de peu plutôt que de tout, de vivre inconnu à cette adresse plutôt que reconnu par sa plaque : une soi-disant liberté qui a surtout un prix. Pseudo-liberté en effet pour beaucoup, subissant brutalement les crises d’ici comme celles d’ailleurs. Le courage de ce vagabondage-là, les croquants en ignorent la réalité quotidienne. Il ne savent qu’une seule chose : au fichage sans prétention, ils ont mauvaise réputation…

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