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Juste s’asseoir…

« Je sais très bien m’asseoir et rester au même endroit pendant longtemps. Sans rien faire. Et sans m’ennuyer. »

Dans la salle de classe du lycée Thierry Maulnier, à Nice, les mots de cet adolescent de 15 ans claquent en moi tel un fouet.

Ce jeune homme, aux manières douces mais sûres, vient de répondre à une des questions de l’intervenante qui, avec toute une équipe dont je fais partie, intervient dans le cadre d’un projet global sur notre chère devise républicaine : « Liberté, égalité, fraternité… et moi dans tout ça ? ». Elle en atelier d’écriture et mise en scène, moi en atelier philo. Parmi les questions posées dont la réponse devait être « jouée » devant les autres : qu’est-ce que je sais faire le mieux ?

En 2018, ce jeune homme de l’ère Netflix open bar et du forfait 4G no limit, répond à cette question par ce qui constitue la quintessence de l’esprit du zen : shikantaza. Juste s’asseoir.

Juste s’asseoir.

Sans rien chercher. Ni le vide, ni le satori, ni l’éveil, ni la nature de bouddha.

Juste s’asseoir.

Ni l’ataraxie. Ni la Sophia. Ni l’extinction des désirs. Ni la mise à feu de la sainteté.

Juste s’asseoir.

J’ai longtemps été cet adolescent s’asseyant au même endroit, pendant longtemps. Sans rien faire. Et sans s’ennuyer.

Je suis resté cet être là. Malgré les agendas de ministre. Que je ne suis pas. Ni ne serai jamais. Malgré mes responsabilités. Malgré mes engagements. Je continue à m’asseoir. Physiquement ou intérieurement. Pas assez physiquement.

Je suis rentré chez moi ce midi, le cœur regonflé d’avoir pu entendre la parole si sage d’un jeune homme aux manières timides mais au regard si clair.

Cette parole de la plus haute sagesse m’a provisoirement lavé des Bolsonaro, et du brunissement rapide de cette planète au fur et à mesure de son réchauffement.

Un jour prochain, si Dieu me prête assez de vie, je retournerai m’asseoir. Longtemps. Au même endroit. Sans rien faire. Sans m’ennuyer.

Si peu de gens savent que là est la plus haute forme d’action…

 

 

Crédit Photo : Ivane ThieUllent (VOZ'IMAGE)
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L’eau plutôt que la source…

J’habite au calme, dans un endroit retiré

De temps à autre je vais au temple Kuo ch’ing,

rendre visite au vieux Feng k’an

j’en profite pour voir Shih te

seul, je retourne sur la falaise froide

ici personne avec qui deviser

c’est l’eau que je cherche, pas la source

la source peut tarir, l’eau reste inépuisable

Han Shan (VIIe-VIIIe siècles apr. J.-C.)

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