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A Nice, la culture peut toujours aller se rhabiller…

Au début de l’été, j’étais à la FNAC avec ma femme quand je m’aperçois tout à coup que quelque chose, dans l’espace du premier niveau, me dérange. Il y a un truc bizarre, là. « Il ne manque pas un espace ici ? » lui dis-je benoîtement désignant une étroite coursive. « Ben si, c’est là où il y avait les caisses avant. Tu ne savais pas ? Bershka a racheté toute cette partie. Ils ont carrément poussé les murs. » Ah, voilà, c’était donc ça. Pour celui qui ignore tout du tout prêt-à-porter autant que pour le non-niçois, Bershka est la marque de fringues mitoyenne avec notre Fnac de l’avenue Jean Médecin.

Un peu plus tard dans l’été, et pas plus tard qu’avant-hier donc, la marque H&M offrait aux niçois une ouverture «  en grande pompe » pour reprendre les mots de Nice Matin. Entretemps, la marque qui a déjà deux magasins plus haut sur l’avenue, avait mené de grands travaux sur les immenses et anciens locaux de… Virgin.

Eh oui, c’est une tendance de fond, Messieurs Dames, et pas seulement qu’à Nice du reste : la fringue boute la culture hors des centres-villes. Lorsque j’avais écris, en avril 2013, ce post L’argent-loi ou la culture XXS, choqué par la disparition du meilleur kiosquier de Nice au profit de la marque Diesel, je ne pensais pas que le mouvement était une vraie lame de fond.

En ce mercredi 19 août, les premiers à vouloir profiter de cet événement historique qu’est l’ouverture d’un magasin H&M étaient là dès l’aube. Il y a cinq siècles, sur les rives du Nouveau Monde, des hommes s’apprêtaient à perdre leur culture fascinés par quelques verroteries et autres pacotilles. En 2015, des étoffes au design éphémères font tourner d’autres têtes, mais toujours au détriment de la culture. Les money makers ont remplacé les explorateurs… D’ailleurs, ce n’est pas un nouveau magasin H&M à Nice, c’est son flagship ! Son magasin phare ! Son vaisseaun amiral ! La nippe comme nouvel opium du peuple, donc. Et la môme du huitième le H elle M ! Ceux qui ont pu écouter un peu de Renaud dans leur jeunesse apprécieront cet inoubliable jeu de mots (Dans mon HLM / Renaud).

C’est peu dire du reste que la ville de Nice a déroulé le tapis rouge à la marque. Une semaine avant, l’événement était annoncé sur la place Masséna par le biais de banderoles rigides rouges accrochées aux lampadaires : « Nice aime H&M », « La ville de Nice, partenaire de l’ouverture du nouveau H&M ». Je crois que s’ils avaient pu les accrocher sur les « Sitting tatoos » du sculpteur Jaume Plensa (les scribes translucides), ils ne s’en seraient pas privés. C’est ce mélange-là aussi qui constitue à mon sens le principal défaut de cette ville que j’aime pourtant beaucoup : la vulgarité, une récurrente propension au mauvais goût, au télescopage de genres qui n’ont absolument rien à faire ensembles. Une vulgarité que l’on retrouve précisément, en premier chef, dans des styles vestimentaires bien souvent « relâchés », sans tenue, dépourvu du minimum d’élégance et de classe. Oui, des styles vulgaires. Et tant pis ma foi si ce constat doive froisser les niçois.

Heureusement, j’ai pris un café il y a quelques jours avec un libraire qui a toute mon estime : le fondateur de la Librairie Masséna qui se trouve à quelques rubans-mètres seulement de la même Place Masséna. Pas de doute, le Prêt-à-Déporter n’a qu’à bien se tenir : dans l’hyper centre de Nice, il y a encore des poches de résistance, ça ne fait pas un pli !

Crédit Photo : Louis-Paul Fallot 

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Fêtes sens

Entre croissance et décroissance,

Comme un désir de tempérance.

Des Docteurs Market, les injonctions abêtissantes,

Des énarques replets, les instructions bêlantes,

Des gourous émaciés, autres évangiles obscurantes.

 

Par nécessité, traquer le sens sans faire leçon…

Consommer c’est « sommé d’être con » ?

Que non, c’est « faire la somme », c’est épuiser,

C’est réaliser dans son ensemble, achever,

C’est détruire, dénaturer à travers un usage, boire, manger

 

Consommer n’est donc pas consumer,

Quand la cheminée consomme son bûcher,

C’est pour utilement chauffer la maisonnée,

La bûche qui se consume à petit feu, ou en fumée,

Pour notre confort, notre plaisir, n’est plus de grande utilité.

 

Mais sa poésie l’est toujours pour notre esprit…

Et si nous revenions donc à ces deux partis pris,

En ces temps de fêtes de Solstice ?

Consommer poétique, offrir utile.

Et penser valeur ajoutée, s’il faut faire petit.

 

Dans la finance et la macro-économie d’aujourd’hui,

L’ennemi, mon ami, c’est le maquereau du produit !

Puisque sans trêves ni répit, l’on s’intéresse à nos économies,

Conjuguons nos valeurs avec nos envies.

Car c’en est fini de croître à l’infini.

 

En face de ma Librairie Masséna, à Nice,

Une enseigne au nom de félin s’immisce,

Prédateur sorti du sous-bois de la crise,

Avec ses produits pensés uniquement pour leurs prix,

Caricature de consommation sans intention. Avilie.

 

Et pourtant, sur le trottoir d’en face, l’esprit est prêt,

A offrir quelques mots qui élèvent, quelques phrases habitées.

Et partout ailleurs, de possibles présents de beauté,

De spiritualité, d’authenticité, de complicité,

Fut-ce pour un seul petit billet.

 

L’austérité invite au réveil,

De toutes ces valeurs qui étaient en sommeil,

Si peu glorieusement engourdies par l’abondance illusoire…

Croissance ou décroissance, qui croire ?

Pour moi, en cette fête annuelle d’une lumière à chaque fois espérée,

Le divorce ne sera pas consommé. Sobriété.

 

 

 * Solstice hiver 2014 = le 21 décembre 2014 à 23h03

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