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« Forum ouvert » et autres auto-labels…

La mode est au hold-up par le nom. Je le vois bien, c’est une tendance de fond. Et je viens d’en avoir claire confirmation avec ma toute première expérience de forum ouvert… Ben oui, formulée comme telle, la méthodologie de démocratie participative furieusement tendance est au-dessus de tout soupçon. « Forum ouvert »… Qui oserais seulement avancer qu’il puisse y avoir quelques failles dans cette approche du débat et de la concertation ? Forum… Ouvert… C’est forcément cool, c’est forcément peace ! La réalité est beaucoup plus nuancée. Je ne dirai pas ici à quel événement/projet se rattache ma toute première séance de Forum ouvert… Car je tiens le cadre de cette rencontre et ses enjeux, pour globalement positif et porteur d’espoirs neufs en matière de développement durable. Et surtout animé et porté par des individus qui n’ont pas l’habitude de s’en tenir à la spéculation mais sont bel et bien investis, souvent de façon pionnière, dans les « solutions en marche », avec un bilan terrain forçant le respect. Mais voilà, comme vous l’avez certainement noté par ici, je me garde bien souvent de m’associer trop facilement aux euphories collectives.

Le bémol de la belle symphonie « Forum ouvert », je l’ai vécu de l’intérieur donc, au sein d’un groupe où « l’initiateur » du débat avait clairement le projet de défendre et promouvoir sa thèse coûte que coûte. Sur une thématique « Changement d’ère et nouvelle conscience », il s’est employé à faire passer en force sa thèse. En force signifiant dans un contexte de « Forum ouvert », sous couvert de laisser les autres s’exprimer et de se poser en neutre et bienveillant modérateur des échanges. Il a immédiatement eu le besoin de chercher à identifier des idées en contradiction avec la sienne, de cristalliser des camps soi-disant opposés. Très surprenant de la part d’un universitaire versé dans les Sciences Humaines. Je vis immédiatement qu’il était de ces intellectuels tout pénétrés de leurs propres théories. Peut-être de celle de sa thèse de doctorat. Ou bien de son dernier ouvrage. Je fus surpris de sa reformulation de ces échanges, tellement à côté de la réalité de ce qui s’était réellement dit, si tellement peu représentative de ces échanges. Et je lui en fis part. Le plus grand choc fut de découvrir son compte-rendu un peu plus tard : il y déployait sa thèse sur une page entière, se référant notamment à « l’ère du Verseau », qui a donc succédé à celle du Poisson. Comme chacun sait. Pas vrai, Madame Michu ? Chacun des autres membres du groupe voyait son intervention retranscrite d’une phrase à la limite du télégraphique. L’homme qui se présentait comme sociologue ou anthropologue, ou les deux, avait clairement fait œuvre d’influence. Voilà. Ceci pour constater que Forum Ouvert est en effet tout à fait compatible avec « manipulation ». Il suffit pour cela que celui ou celle qui a le rôle d’initiateur, ou de « facilitateur », ait du charisme, une certaine maîtrise du langage et autres subtilités rhétoriques. Et le petit groupe issu du grand cercle se verra privé de toute approche contradictoire, alternative.

Passent les méthodes, passent les théories : les hommes restent les hommes. Voilà donc, ce que peut être dans la réalité ce « Forum ouvert » si cool ! A l’inverse, je ne cherche pas à démontrer ici que ce type de sollicitation de « l’intelligence collective » est mauvais ou inopérant. Je suis probablement mal tombé. Je dis juste ceci : la méthode n’est pas à l’abri des tentatives de manipulation et d’influence.

Bref, oui le hold up par le nom se porte bien donc. Ici à Nice, nous avons l’Éco-vallée par exemple. Forcément éco-logique. Ben oui, logique ! Il suffit pour bien enfoncer cela dans le crâne des maralpins de quelques pseudos réunions de concertation citoyenne pilotées par d’habiles communicants experts en manip de post-it ! Ou mieux, encore, un bon dossier du magazine LE POINT, sorti à point nommé pour la grand-messe consensuelle annuelle locale qu’est le Salon du Livre de Nice. Sur la couverture du numéro actuellement en kiosque de notre ami FOG, alias la voix de son maître : «  Nice. Tout change, et c’est en mieux ».

Il y a sinon ce terrible hold-up du parti de Mr Baroin : Les Républicains. Mais comment notre constitution peut-elle autoriser cela quand l’INPI ne fait aucun cadeau à l’entrepreneur qui surfe un peu trop sur une approche générique avec son dépôt de marque et/ou de base-line ? Essayez de déposer Le Plaisir et vous comprendrez. Vous n’êtes pas de la famille politique de Les Républicains ? Hum… C’est que vous devez être un vilain fasciste ou pire, un anarchiste ! Ah, oui, on a aussi INOUI qui vient de tomber chez la SNCF. En tant que concepteur-rédacteur, j’ai aussi une certaine expérience de ce que l’on appelle le « naming », qui consiste ni plus ni moins qu’à trouver le nom d’une marque, d’un produit, d’un service, d’une entreprise… J’ai un faible personnellement pour les noms qui se construisent sur deux types d’approche : en logique dynamique et/ou en logique de co-construction. Emmanuel Macron, j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de le dire, n’était pas mon candidat et n’est pas un homme providentiel… Mais avec « En Marche », on a tout de même une approche plus réaliste, moins dans la surpromesse et surtout pas dans l’autosatisfecit. « En Marche » s’interprète comme une invitation, une exhortation. Ou si on l’on préfère lire cette appellation comme un constat, il s’agit là d’un mouvement, d’une dynamique, qui fait écho à ces « solutions en marche » évoquées par exemple dans le film-documentaire Demain. TGV exprimait la formulation la plus littérale d’une promesse produit/service objective : la grande vitesse. INOUI s’auto-adoube comme promesse d’une « expérience que l’on a jamais entendu ». Au milieu, il y a de la place me semble-t-il pour des formulations à la fois plus modestes, moins déconnectées du réel et surtout en co-construction. La punchline de l’année, voire de la décennie ? #makeourplanetgreatagain ! Encore une invitation à se mettre en mouvement, à se relever les manches. Et même dans le contexte : à résister ! A s’insurger ! Ça nous change tout de suite de la béatitude obligée.

Je vais bien tout va bien, je suis gai, tout me plaît ! Gare à l’optimisme à marche forcée ! Gare aux auto-labels. Gare surtout à ceux qui ont vraiment l’air très… cool !

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Impressions de rentrée

Et voilà, ce blog souffle demain sa deuxième bougie, et moi qui rentre à peine de vacances, je me demande ce que vaut une année de blogueur par rapport à une vie humaine. Sept ans comme les chats ? Plus ? Vous voyez, j’ai la tête encombrée par de passionnantes questions… Du reste, rien de vraiment structuré à vous présenter pour le moment, j’ai bien envie rester encore un peu dans cette sensation de pensées éparses qui s’offrent à moi quand l’espace mental est encore vacant. Des pensées sur lesquelles je n’ai pas spécialement envie ni de développer ni de creuser plus que ça. Petit post impressionniste donc qui ne fera sûrement pas grande impression.

Numéro un : la politique. J’évacue tout de suite. Après la sortie des Cécile Duflot, Montebourg, Hamon, et même Filippetti, et ce magnifique remaniement Valls II, que dire de plus sinon… RIP le PS !

Numéro deux : lobbying agro-alimentaire. Il y a quelques jours, au grand rendez-vous du 20h d’une télévision publique, ce reportage en apparence innocent : blind test entre confiture maison et confiture industrielle. Ou plutôt entre « une » confiture maison et « une » confiture industrielle, c’est très important d’un point de vue « méthode scientifique ». Car ce reportage cherchait à énoncer une vérité générale. A l’arrivée, les goûteurs, les consommateurs donc, préfèrent l’industrielle. Deux remarques : le fait maison est par définition non seulement non reproductible à l’identique pour un même exécutant, mais surtout très différent entre la recette de Germaine et celle de Simone. Il n’y a pas « une » confiture maison, il y a des milliers et des milliers de confiture de fraise maison ! Le maison est par essence unique quand l’industriel est paramétrage rigoureux de cuves : arômes, agents de textures… Et donc reproductible tel quel à l’infini. Deuxième remarque : si les étiquettes avaient bel et bien été enlevées, le couvercle du produit industriel était, lui, parfaitement (intentionnellement?) identifiable. Vous savez ce petit habillage vichy d’une marque que je ne nommerai pas ici. Suis-je vraiment le seul à avoir identifié le pot aux roses ? Honte à ce journalisme machiavélique, servile et mercantile…

Numéro trois : la communication à papa. En rentrant de vacances, j’ai aussi malheureusement retrouvé cette magnifique campagne de la ville de Nice pour son Musée National des Sports. Des visuels ternes, bruts sur fond noir, et des accroches de fou : « Un Musée où les œuvres sont des doudous ? » (petite fille avec un Footix), « Un musée où les œuvres sont des médailles ? » (athlète embrassant une médaille)… On reproche souvent aux publicitaires, et plus particulièrement aux créatifs comme votre CR (Concepteur-rédacteur) de blogueur, d’en faire trop, de déconnecter le produit ou le service d’une certaine réalité. Mais là, pas de danger d’être dans la surpromesse ! Dire « doudou » et montrer un doudou, dire « médaille » et montrer une médaille, c’est déjà l’erreur de base qu’on enseigne très vite à éviter dans les filières communication. Mais surtout : on nous vend tout sauf du rêve ici ! Oui, déjà qu’effectivement un Musée du Sport c’est pour moi comme si on me parlait d’un Musée du Tricot, là on ne triche pas avec la promesse : les œuvres sont donc ces magnifiques objets sexy et chargés d’histoire. Il n’y a pas tromperie sur le produit. Est-ce à dire qu’il ne faut surtout pas s’attendre à un minimum de scénographie, voire de muséographie, donc ? « Un Musée où les œuvres sont des doudous ? »… A cette question, on a clairement envie de répondre : ça existe ? Ou bien encore : so what ? Bref, c’est pas le tout de construire un pharaonique stade Allianz prêt à accueillir l’Euro 2016. En déménageant de Paris à Nice, le Musée National des Sports a perdu quelque chose qui relève de la subtilité et du second degré : bienvenue dans la com’ de province… De bien belles créas faites par la ville pour la ville.

14850_900648733285590_6375108860321364624_n         Affiche-Musée-National-du-Sport-à-Nice

Numéro quatre : les arts martiaux. Bon allez, on revient un peu plus dans la thématique liberté qui justifie ce blog. Je me suis délecté ces vacances du hors-série du magazine Dragon, un Dragon Spécial Aïkido dont la thématique est « Le travail individuel ». Je me suis senti moins seul tout à coup avec ma pratique en solitaire qui existe, parallèlement à la pratique en salle, depuis que je suis tombé dans les arts martiaux je crois. J’ai bien aimé ce que dit Philippe Grangé à ce propos : « A partir du moment où la pratique en solitaire commence, on peut dire que l’on passe du statut de simple élève à celui d’adepte ». Pour ma part, ce travail personnel est, trois à quatre fois par semaine, une petite routine associant cardio, gainage, musculation dynamique, travail interne de type Qi Qong/Taï Chi, déplacements, boxe de l’ombre… Ce que David Constant appelle « le polissage de mille jours ». Je recommande particulièrement le texte d’André Cognard et celui d’Olivier Gaurin : « De la cannette « Moi-seul » à… « la pschitt-analyse » ou « l’invention du Maître en Aïkido ». Ce dernier fait écho à mon post Maître ou pas Maître, telle est la question. En tout cas, je recommande ce numéro à toute personne ayant une pratique d’entraînement solitaire, mais aussi une approche spirituelle des arts martiaux, qu’elle fasse ou non de l’Aïkido. Paradoxalement, ce numéro spécial a reboosté mon désir de travailler avec partenaires et professeurs. Oui, j’ai besoin des deux, je crois.

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Numéro cinq : Jirô Taniguchi. Ben oui, le meilleur pour la fin… J’ai enfin pris le temps de lire le Furari de cet auteur fétiche. Furari, en japonais, signifie : « au gré du vent »… Un géomètre et cartographe à la retraite qui continue d’arpenter Edo (ancien nom de Tokyo) au début du XIXème siècle. Dans un autre registre que « L’Homme qui marche », toujours cette philosophie de la déambulation, l’esprit dispos à toute chose… Si frais, si léger, si poétique. Un ressourcement pour le libertaire qui parfois pense un peu trop. Cette phrase terrible mais revivifiante qui claque comme un koan, dans le chapitre « La tortue » : « C’est quoi la liberté ? On te dit de faire ce que tu veux mais au fond tu n’as nulle part où aller ? ».

Apporter sa rime, ok. Mais que faisons-nous vraiment de chaque espace de liberté qui nous est accordé ?

Bonne rentrée à toutes et à tous.

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