Archives des articles tagués arts martiaux

735142_4693013005536_979915841_n

Le Systema : embrasser le chaos…

Si vous vous promenez un dimanche matin à la Colline du Château de Nice, vous pourrez peut-être tomber sur un petit groupe de sportifs en train d’onduler au sol comme des vers ou bien livrés à une espèce de bagarre générale au ralenti. Mais quelle est donc cette secte étrange ? En fait, vous avez tout simplement la chance d’assister à un entraînement de Systema, art martial russe considéré aujourd’hui comme un des plus redoutables systèmes de self-défense au monde. Et qui est précisément tout sauf une secte mais bien au contraire un art libre et transparent, très proche de nos codes occidentaux.

Basé sur un art martial russe du Xe siècle, et donc héritier des techniques guerrières cosaques,  le Systema a été conçu à partir d’observations de scientifiques sur ces techniques de combat, et mis principalement au service des unités d’élite russes, notamment les fameuses Spetsnaz. Avec la chute de l’URSS, il est passé dans le civil. Instructeur certifié par Vladimir Vassiliev lui-même, représentant au niveau mondial le Ryabko Systema, Wilfrid Raimond l’enseigne à Nice à travers son association Bodhizen. Difficile de résumer cet art martial sans équivalent. Wilfrid Raimond le présente comme « un art corporel basé sur l’appropriation de principes et l’exploration des possibilités ». Tout d’abord, le Systema travaille bel et bien sur des principes et non sur des techniques. Approche qui le différencie des autres arts martiaux. En effet, l’entraînement n’y est pas répétition de techniques mais jeux visant à expérimenter des principes, notamment les quatre fondateurs. Premièrement, la respiration : consciente et continue. Ensuite, la posture : naturelle et alignée. Puis la détente : physique et mentale. Et enfin le mouvement : global et constant. Explorer les possibilités ? Là réside aussi selon Wilfrid Raimond une des grandes différences du Systema : « dans le Systema, on travaille la qualité de présence. Et l’accent est mis notamment sur la gestion émotionnelle : il ne faut pas sur-réagir, se défendre alors qu’on n’a pas encore été attaqué. C’est l’idée de concordance qui doit dominer et que nous travaillons à partir d’éducatifs où l’on veille à ne pas figer le corps mais à rester en permanence dans un esprit bienveillant. Il y a un vrai travail de fear control ! Il s’agit de travailler avec bienveillance mais sans complaisance. »  Et pour ça, rien ne doit être programmé alors que le plus important dans le Systema est précisément l’aptitude à gérer les contraintes : « Dans des exercices comme le flow-sparring, on développe l’aptitude à gérer l’imprévu. »

Globalité, spontanéité, liberté

Entrer dans la spontanéité… La démarche personnelle de Wilfrid Raimond, expert discret au CV martial impressionnant (Egalement instructeur certifié Wing Chun et Taiki-ken), est toute entière tournée vers une forme de libération de l’expression martiale dans le respect de principes reconnus depuis des siècles. Le terme Systema ne doit donc surtout pas faire peur : l’enjeu est de trouver son propre système ! Et cela sur les différentes formes de travail : au sol ou debout, avec un partenaire ou en mass attack (la fameuse rixe), avec armes ou sans. « Le Systema est l’approche la plus globale que j’ai jamais rencontrée » précise Wilfrid Raimond, qui est aussi passé par la case escrime et boxe française, « On y construit le « corps martial » au-delà des limites ». Dans cette optique de liberté, la « méthodologie adaptative » du Systema constitue une pédagogie très efficace : « dans les arts orientaux, l’élève doit s’adapter au maître. C’est toute la différence avec l’approche russe, plus adaptée aux européens. » Expliquer comment le Systema construit concrètement ce « corps martial » libéré nécessiterait plus qu’un article. On l’a compris, l’enjeu du travail est ici de libérer le corps et non d’accumuler des techniques : « La variété dont tu vas pouvoir faire preuve ne provient pas du nombre de techniques mémorisées mais de la liberté de mouvement » (Vladimir Vassiliev). (…)

(Début de l’article que j’ai réalisé pour le magazine Couleur Nice #19, Printemps 2014 – Suite et article intégral sur www.couleur-Nice.com, Couleur Sport)

Horaires et lieux de pratique à Nice : 06 27 79 58 93  http://www.taokwoon.com/

Crédit photo : Wilfrid Raimond, Bodhizen
Publicités

phoenix_003wtmk

Nice et le Japon : zen beaucoup…

Comme chacun sait, Nice nourrit avec les anglais comme avec les russes une relation historiquement privilégiée. Mais il semblerait que Nice entretienne également des liens forts avec le Japon. C’est à cela que je pensais la semaine dernière à la fin de mon interview de Noriko Onda, maître d’Ikebana et intervenante au Musée des Arts Asiatiques de Nice. En écoutant le parcours de ce petit bout de femme sans âge aux gestes sûrs et libérés, je réalisais soudain que j’avais bel et bien devant moi un authentique maître de l’art floral traditionnel japonais. En la regardant réaliser sous mes yeux une superbe composition avec une extraordinaire économie de mouvements, je compris que cela ne tenait pas seulement au titre reçu il y a plus de 30 ans sur un rouleau-certificat. Je me suis déjà expliqué dans un précédent post sur ce que représente pour moi cette notion de maître (maître ou pas maître, telle est la question). Nous n’y reviendrons pas : le concept pour moi n’est pas galvaudé.

Je faisais juste ce constat : plus discrètement que le style slave, le nippon way of life est représenté à Nice de la plus belle manière. Pour ce qui est de l’aïkido, la cinquième ville de France a longtemps abrité le Dojo d’un certain Christian Tissier. Elle continue d’accueillir celui d’un autre shihan du « zen en mouvement » : Daniel Jean-Pierre. C’est également à Nice qu’a élu domicile, un représentant européen majeur du Bouddhisme Zen Sôtô : Roland Yuno Rech. Héritier de maître Taisen Deshimaru, appelé « le bodhidarma des temps modernes », il enseigne la pratique de la méditation assise, ou zazen, et la voie du bouddhisme zen en toute discrétion dans son dojo de l’avenue Notre Dame. Et pour revenir au Musée des Arts Asiatiques, si ses collections concernent l’ensemble de l’Asie (Chine, Inde, Japon…), c’est à l’architecte japonais Kenzo Tange, aujourd’hui disparu, que l’on doit ses lignes épurées particulières, cette beauté aérienne. Dans un tout autre registre, on peut citer également la présence sur Nice de Christophe Pinna, un des karatékas français les plus titrés, dont 5 titres mondiaux. Mais revenons à un peu plus de sérénité et de douceur avec les compositions florales de maître Noriko Onda. Car outre l’extrême qualité des représentants des arts nippons à Nice, une autre pensée me vint à la fin de mon interview. Je ne vais pas trop « spoiler » mon sujet commandé pour l’édition estivale du magazine Couleur Nice. Je voudrais juste dire que l’on reproche souvent à l’approche japonaise une certaine rigidité, un excès de rigueur et de formalisme. Pourtant, pour pratiquer régulièrement deux des disciplines citées ci-avant, je sais depuis longtemps qu’il ne faut pas s’arrêter à cette apparente tendance des japonais à tout ritualiser. Ce qui caractérise l’approche nippone c’est surtout la capacité à investir pleinement sa conscience dans toute activité entreprise, qu’elle soit empreinte de sacré ou non, qu’il s’agisse de servir le thé ou de vider son verre de saké. La « pleine conscience » est une philosophie incarnée qui est une des signatures du pays du soleil levant. Et la liberté dans l’histoire ? J’y viens…

Il existe environ 3000 écoles d’Ikebana au Japon. Toutes s’appuient sur un principe ternaire qui était originellement : terre-ciel-humanité. Chacune a aujourd’hui décliné a sa façon ce triangle fondateur : 1ère branche – 2ème branche – 3ème branche par exemple… Et dans le style que vous pratiquez, madame Onda, comment se décline ce principe ? Elle rit : à partir d’un certain niveau, on est dans une pratique libre… « Soyez naturels » martèle sans cesse Daniel Jean-Pierre. « Ne cherchez pas à prendre le contrôle des pensées et émotions » rappelle maître Roland Yuno Rech, dans un souffle, au beau milieu d’une séance de zazen. Sous l’apparent formalisme, derrière le cérémonial un poil guindé, l’inimitable discipline nippone est surtout invitation efficace à la spontanéité…

%d blogueurs aiment cette page :