Archives des articles tagués aïkido

9782203048911

Impressions de rentrée

Et voilà, ce blog souffle demain sa deuxième bougie, et moi qui rentre à peine de vacances, je me demande ce que vaut une année de blogueur par rapport à une vie humaine. Sept ans comme les chats ? Plus ? Vous voyez, j’ai la tête encombrée par de passionnantes questions… Du reste, rien de vraiment structuré à vous présenter pour le moment, j’ai bien envie rester encore un peu dans cette sensation de pensées éparses qui s’offrent à moi quand l’espace mental est encore vacant. Des pensées sur lesquelles je n’ai pas spécialement envie ni de développer ni de creuser plus que ça. Petit post impressionniste donc qui ne fera sûrement pas grande impression.

Numéro un : la politique. J’évacue tout de suite. Après la sortie des Cécile Duflot, Montebourg, Hamon, et même Filippetti, et ce magnifique remaniement Valls II, que dire de plus sinon… RIP le PS !

Numéro deux : lobbying agro-alimentaire. Il y a quelques jours, au grand rendez-vous du 20h d’une télévision publique, ce reportage en apparence innocent : blind test entre confiture maison et confiture industrielle. Ou plutôt entre « une » confiture maison et « une » confiture industrielle, c’est très important d’un point de vue « méthode scientifique ». Car ce reportage cherchait à énoncer une vérité générale. A l’arrivée, les goûteurs, les consommateurs donc, préfèrent l’industrielle. Deux remarques : le fait maison est par définition non seulement non reproductible à l’identique pour un même exécutant, mais surtout très différent entre la recette de Germaine et celle de Simone. Il n’y a pas « une » confiture maison, il y a des milliers et des milliers de confiture de fraise maison ! Le maison est par essence unique quand l’industriel est paramétrage rigoureux de cuves : arômes, agents de textures… Et donc reproductible tel quel à l’infini. Deuxième remarque : si les étiquettes avaient bel et bien été enlevées, le couvercle du produit industriel était, lui, parfaitement (intentionnellement?) identifiable. Vous savez ce petit habillage vichy d’une marque que je ne nommerai pas ici. Suis-je vraiment le seul à avoir identifié le pot aux roses ? Honte à ce journalisme machiavélique, servile et mercantile…

Numéro trois : la communication à papa. En rentrant de vacances, j’ai aussi malheureusement retrouvé cette magnifique campagne de la ville de Nice pour son Musée National des Sports. Des visuels ternes, bruts sur fond noir, et des accroches de fou : « Un Musée où les œuvres sont des doudous ? » (petite fille avec un Footix), « Un musée où les œuvres sont des médailles ? » (athlète embrassant une médaille)… On reproche souvent aux publicitaires, et plus particulièrement aux créatifs comme votre CR (Concepteur-rédacteur) de blogueur, d’en faire trop, de déconnecter le produit ou le service d’une certaine réalité. Mais là, pas de danger d’être dans la surpromesse ! Dire « doudou » et montrer un doudou, dire « médaille » et montrer une médaille, c’est déjà l’erreur de base qu’on enseigne très vite à éviter dans les filières communication. Mais surtout : on nous vend tout sauf du rêve ici ! Oui, déjà qu’effectivement un Musée du Sport c’est pour moi comme si on me parlait d’un Musée du Tricot, là on ne triche pas avec la promesse : les œuvres sont donc ces magnifiques objets sexy et chargés d’histoire. Il n’y a pas tromperie sur le produit. Est-ce à dire qu’il ne faut surtout pas s’attendre à un minimum de scénographie, voire de muséographie, donc ? « Un Musée où les œuvres sont des doudous ? »… A cette question, on a clairement envie de répondre : ça existe ? Ou bien encore : so what ? Bref, c’est pas le tout de construire un pharaonique stade Allianz prêt à accueillir l’Euro 2016. En déménageant de Paris à Nice, le Musée National des Sports a perdu quelque chose qui relève de la subtilité et du second degré : bienvenue dans la com’ de province… De bien belles créas faites par la ville pour la ville.

14850_900648733285590_6375108860321364624_n         Affiche-Musée-National-du-Sport-à-Nice

Numéro quatre : les arts martiaux. Bon allez, on revient un peu plus dans la thématique liberté qui justifie ce blog. Je me suis délecté ces vacances du hors-série du magazine Dragon, un Dragon Spécial Aïkido dont la thématique est « Le travail individuel ». Je me suis senti moins seul tout à coup avec ma pratique en solitaire qui existe, parallèlement à la pratique en salle, depuis que je suis tombé dans les arts martiaux je crois. J’ai bien aimé ce que dit Philippe Grangé à ce propos : « A partir du moment où la pratique en solitaire commence, on peut dire que l’on passe du statut de simple élève à celui d’adepte ». Pour ma part, ce travail personnel est, trois à quatre fois par semaine, une petite routine associant cardio, gainage, musculation dynamique, travail interne de type Qi Qong/Taï Chi, déplacements, boxe de l’ombre… Ce que David Constant appelle « le polissage de mille jours ». Je recommande particulièrement le texte d’André Cognard et celui d’Olivier Gaurin : « De la cannette « Moi-seul » à… « la pschitt-analyse » ou « l’invention du Maître en Aïkido ». Ce dernier fait écho à mon post Maître ou pas Maître, telle est la question. En tout cas, je recommande ce numéro à toute personne ayant une pratique d’entraînement solitaire, mais aussi une approche spirituelle des arts martiaux, qu’elle fasse ou non de l’Aïkido. Paradoxalement, ce numéro spécial a reboosté mon désir de travailler avec partenaires et professeurs. Oui, j’ai besoin des deux, je crois.

imgres

Numéro cinq : Jirô Taniguchi. Ben oui, le meilleur pour la fin… J’ai enfin pris le temps de lire le Furari de cet auteur fétiche. Furari, en japonais, signifie : « au gré du vent »… Un géomètre et cartographe à la retraite qui continue d’arpenter Edo (ancien nom de Tokyo) au début du XIXème siècle. Dans un autre registre que « L’Homme qui marche », toujours cette philosophie de la déambulation, l’esprit dispos à toute chose… Si frais, si léger, si poétique. Un ressourcement pour le libertaire qui parfois pense un peu trop. Cette phrase terrible mais revivifiante qui claque comme un koan, dans le chapitre « La tortue » : « C’est quoi la liberté ? On te dit de faire ce que tu veux mais au fond tu n’as nulle part où aller ? ».

Apporter sa rime, ok. Mais que faisons-nous vraiment de chaque espace de liberté qui nous est accordé ?

Bonne rentrée à toutes et à tous.

Publicités

phoenix_003wtmk

Nice et le Japon : zen beaucoup…

Comme chacun sait, Nice nourrit avec les anglais comme avec les russes une relation historiquement privilégiée. Mais il semblerait que Nice entretienne également des liens forts avec le Japon. C’est à cela que je pensais la semaine dernière à la fin de mon interview de Noriko Onda, maître d’Ikebana et intervenante au Musée des Arts Asiatiques de Nice. En écoutant le parcours de ce petit bout de femme sans âge aux gestes sûrs et libérés, je réalisais soudain que j’avais bel et bien devant moi un authentique maître de l’art floral traditionnel japonais. En la regardant réaliser sous mes yeux une superbe composition avec une extraordinaire économie de mouvements, je compris que cela ne tenait pas seulement au titre reçu il y a plus de 30 ans sur un rouleau-certificat. Je me suis déjà expliqué dans un précédent post sur ce que représente pour moi cette notion de maître (maître ou pas maître, telle est la question). Nous n’y reviendrons pas : le concept pour moi n’est pas galvaudé.

Je faisais juste ce constat : plus discrètement que le style slave, le nippon way of life est représenté à Nice de la plus belle manière. Pour ce qui est de l’aïkido, la cinquième ville de France a longtemps abrité le Dojo d’un certain Christian Tissier. Elle continue d’accueillir celui d’un autre shihan du « zen en mouvement » : Daniel Jean-Pierre. C’est également à Nice qu’a élu domicile, un représentant européen majeur du Bouddhisme Zen Sôtô : Roland Yuno Rech. Héritier de maître Taisen Deshimaru, appelé « le bodhidarma des temps modernes », il enseigne la pratique de la méditation assise, ou zazen, et la voie du bouddhisme zen en toute discrétion dans son dojo de l’avenue Notre Dame. Et pour revenir au Musée des Arts Asiatiques, si ses collections concernent l’ensemble de l’Asie (Chine, Inde, Japon…), c’est à l’architecte japonais Kenzo Tange, aujourd’hui disparu, que l’on doit ses lignes épurées particulières, cette beauté aérienne. Dans un tout autre registre, on peut citer également la présence sur Nice de Christophe Pinna, un des karatékas français les plus titrés, dont 5 titres mondiaux. Mais revenons à un peu plus de sérénité et de douceur avec les compositions florales de maître Noriko Onda. Car outre l’extrême qualité des représentants des arts nippons à Nice, une autre pensée me vint à la fin de mon interview. Je ne vais pas trop « spoiler » mon sujet commandé pour l’édition estivale du magazine Couleur Nice. Je voudrais juste dire que l’on reproche souvent à l’approche japonaise une certaine rigidité, un excès de rigueur et de formalisme. Pourtant, pour pratiquer régulièrement deux des disciplines citées ci-avant, je sais depuis longtemps qu’il ne faut pas s’arrêter à cette apparente tendance des japonais à tout ritualiser. Ce qui caractérise l’approche nippone c’est surtout la capacité à investir pleinement sa conscience dans toute activité entreprise, qu’elle soit empreinte de sacré ou non, qu’il s’agisse de servir le thé ou de vider son verre de saké. La « pleine conscience » est une philosophie incarnée qui est une des signatures du pays du soleil levant. Et la liberté dans l’histoire ? J’y viens…

Il existe environ 3000 écoles d’Ikebana au Japon. Toutes s’appuient sur un principe ternaire qui était originellement : terre-ciel-humanité. Chacune a aujourd’hui décliné a sa façon ce triangle fondateur : 1ère branche – 2ème branche – 3ème branche par exemple… Et dans le style que vous pratiquez, madame Onda, comment se décline ce principe ? Elle rit : à partir d’un certain niveau, on est dans une pratique libre… « Soyez naturels » martèle sans cesse Daniel Jean-Pierre. « Ne cherchez pas à prendre le contrôle des pensées et émotions » rappelle maître Roland Yuno Rech, dans un souffle, au beau milieu d’une séance de zazen. Sous l’apparent formalisme, derrière le cérémonial un poil guindé, l’inimitable discipline nippone est surtout invitation efficace à la spontanéité…

%d blogueurs aiment cette page :