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Coup de gueule sur l’injustice ordinaire

En ce lundi matin, j’avais prévu un peu de poésie. Histoire de démarrer la semaine léger et inspiré. J’ai eu la mauvaise idée de boire mon café avec le Nice Matin du jour. En page 10, un titre choquant : « Une mère seule à répondre de l’agression de policiers ». Un verdict très choquant pour cette femme qui n’a rien à voir, directement, avec les faits : 12 mois de prison ferme requis, ramenés à 3 mois avec sursis.

Que reproche-t-on à cette femme qui lui vaille le Tribunal Correctionnel et ce sévère verdict ? D’avoir crié à la vue de son fils le visage en sang, alors qu’un contrôle de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) venait de dégénérer en pugilat général !

Son avocat : « un cri de pur instinct maternel ». Le président : « Mais vous avez conscience que ce cri a pu alerter les gens du quartier ? ». On croît rêver… Moralité, Madame, et vous les jeunes : quand on se fait arrêter et contrôler de façon musclée par les gentlemen de la BAC, et même quand on se fait frapper, on garde le silence. Il est interdit de crier, fut-ce par un mouvement de compassion tout maternel.

Le motif de la condamnation pour cette mère de famille : « incitation à l’émeute et complicité de violence ». Cette femme sera embarquée à l’aube manu militari par des policiers probablement énervés de ne pas trouver les véritables agresseurs.

Que dire de plus, sinon le dégoût profond que m’inspire cette attitude tant de la part des policiers que de la part des magistrats. Quel courage, bravo !

L’avocat de la mère aura beau cibler une « justice expéditive », une « interpellation non motivée », une arrestation « musclée »… Son casier judiciaire est désormais sali de ce verdict inique. Mais c’est surtout la justice de mon pays qui s’en trouve une fois de plus salie : policiers et juges ne vont que vers la facilité. Il leur faut un coupable coûte que coûte.

Enième chronique de l’injustice ordinaire pour la France d’en bas, énième chronique de l’humiliation quotidienne pour les jeunes de ces quartiers-là…

Ah, Nice Matin… Il y a dans le numéro du jour absolument tous les ingrédients de ce qu’on aime dans cette région : la une sur un nouveau drame mortel provoqué par un chauffard, la rhétorique habituelle et prévisible des grands spécialistes de la délinquance que sont Mr Ciotti (« Une réponse pénale ferme ») et Mr Estrosi (« Je souhaite que les peines soient exemplaires »), la question du jour aux lecteurs : « Nice est-elle une ville violente ? », l’interview du super-flic de France Mr Manuel Valls (« Les Français ont tous droit à la sécurité »),… Ah, ils doivent être contents dans cette ville dont la parano légendaire en a fait le premier laboratoire de la vidéosurveillance en France. Ce Nice Matin du jour est un condensé des grandes préoccupations locales, de Mme Michut au premier magistrat de la ville.

Moi, je pense surtout à cette femme, mère de famille qu’un tribunal injuste a présenté comme une « Calamity Jane ». On nous a beaucoup parlé de ce gendarme mort il y a quelques jours, de ces trois policiers blessés hier soir. Je suis contre la violence, absolument contre. Mais désolé de m’inscrire en faux avec tous ces atermoiements sur des fonctionnaires de police blessés ou tués dans l’exercice de leurs fonctions. Ce post s’inscris en nécessaire contrepoids de cette hypermédiatisée victimisation du policier Français. Ce n’est pas facile pour eux, certes. Mais ce n’est pas facile non plus pour nous de subir au quotidien leur arrogance. Et leur arbitraire, bien trop souvent…

Oui, ma pensée aujourd’hui va surtout vers cette mère qui a osé crier sa peur devant son fils en sang, ma pensée va aussi vers Hakim, ce jeune de 22 ans mort en 2008 à Grasse, étranglé « accidentellement » par ces gentlemen de l’interpellation que sont les gens de la BAC. Le lendemain, ces derniers continuaient à se promener tranquillement dans la ville.

Attention, mères de France, ne vous aventurez pas à crier si votre fils se fait exploser la tête par ces gentils fonctionnaires de la police bleu-blanc-rouge : il peut vous en coûter jusqu’à 12 mois de prison ferme ! Au motif que vous encouragez le peuple à la révolution, voire à la guerre civile. Je trouve cela très grave comme atteinte à la liberté d’expression… Grave et alarmant sur la dérive autoritaire de mon pays qui se donne un soi-disant climat de violence comme alibi.

Aujourd’hui, il y a absolument tout ce que je déteste dans cette Côte d’Azur, son Nice Matin et sa justice de riches. Mais ça ira mieux demain, promis, on fera dans la poésie : cette liberté-là, on ne peut pas nous l’enlever ! 

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Nouveau Code de la Déférence Présidentielle (édition 2013)

Question 1

Vous débouchez sur une voie de circulation où circule un président normal dont la conduite vous semble peu convaincante :

  • Vous vous rangez sur le bas-côté  A
  • Vous allumez vos feux de détresse B
  • Vous roulez au pas en vous insérant sans incident dans le convoi C
  • Vous klaxonnez : « Elles sont où vos belles promesses ? » D

Question 2

Sur une route départementale, vous croisez en sens inverse un président agité qui vous adresse un appel de phares courtois malgré de sérieux écarts de conduite :

  • Vous répondez aux salutations d’un même sympathique appel de phares A
  • Vous actionnez la marche arrière B
  • Vous faites semblant de parler au téléphone C
  • Vous jouez au « pauvre con » et refusez ouvertement de le saluer, et le croisez sans même un regard D

Question 3

Vous roulez pour un journal satirique et rejoignez le convoi d’un présidentiable théâtral connu pour sa conduite nerveuse :

  • Vous lui faites de grands appels de phares A
  • Vous insistez mais sans jamais le dépasser par la gauche B
  • Vous marquez l’arrêt en laissant passer le convoi C
  • Rapidement classé « fasciste », vous optez pour la première voie de détresse, les nervis du candidat à vos trousses D

Bonne réponses :

  • Question 1 : réponses A, C (exemple de mauvaise réponse : ici)
  • Question 2 : réponse A (exemple de mauvaise réponse : ici)
  • Question 3 : réponses C, D (exemple de mauvaise réponse : ici)

Décret N°2013-999 du 11 mars 2013

(Ministère de l’intérieur)

Art. 1er  – En démocratie française, quelle que soit la nature de la chaussée, le convoi d’un Président de la République est toujours prioritaire et oblige l’usager venant à le croiser à une totale déférence. En telle situation, il est donc strictement interdit à ce dernier de : critiquer à haute et forte voix* le style de conduite adopté par le Président, ne pas répondre aux salutations, engager la conversation sans brosse à reluire. (*pour rappel crier est interdit de façon générale en présence des forces de l’ordre : Cf article Ne pas crier)

Art. 2 – Face à un contrevenant, le Président de la République aura le droit immédiat de lâcher :

– ses cerbères

– des insultes

Art. 3  – Le présent décret vaut également pour la circulation auprès de candidats officiels à la présidence de la république.

Art. 4 – Toutefois, dans sa grande bonté, le Prince a prévu que l’usager pouvait conserver la liberté de s’écarter du convoi. Attention, il devra le faire calmement, sans nervosité ni attitude suspecte pouvant alerter les cerbères du président. Auquel cas, il s’expose sinon à être rudoyé de la même manière.

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