Le bal des girouettes a commencé…

Pantalonnade. Tartufferie.

Mais comment avoir envie de qualifier autrement ce nouveau rendez-vous électoral français des Municipales 2020 ? A Nice en tout cas, car je ne peux que parler de mon village en la matière. Petit café ce matin à mon QG de la Brasserie Borriglione. Je peux le Nice Matin du jour ? Merci Monsieur, bonne journée. Direct sur la première double d’ouverture : deux magnifiques placards sur deux formations « de gauche ». Page de gauche : la liste PS. Page de droite : la liste EELV-AEI. Tout en bas du placard PS, un titre me choque : « Patrick Mottard (PRG) rejoint Estrosi ? ». Sûrement une tournure ironique. Que nenni. Quand la journaliste lui demande s’il confirme, il répond « malicieusement » : « Si je suis sur la liste ? Je vous donnerai la réponse jeudi ». C’est ce jour-là qu’Estrosi dévoilera en effet l’intégralité de sa liste. Il n’est donc pas choqué par la question. Et sa non réponse « malicieuse » est une réponse. Il l’envisage.

Alors, pour qui n’est ni niçois, ni expert dans la vie politique de cette sympathique petite métropole, Patrick Mottard c’était un peu, jusqu’à présent, le chevalier blanc de la « gauche de gouvernement » locale. Quand on est étiqueté radical de gauche, ça vous crédite immédiatement, à tort ou à raison, d’une éthique et d’une sincérité dans l’engagement progressiste. Même si tout le monde ne peut avoir la trempe d’une Taubira, Patrick Mottard aura été localement « l’autre Patrick ». Par opposition à un certain Patrick Allemand, pantouflard décomplexé des conseils municipaux successifs de la cinquième ville de France. Une opposition molle et sans panache. Certes, Patrick Mottard au fil des années n’a pas hésité à tacler la gauche de la gauche, qu’il considère en substance comme une adolescente attardée. Une gauche inutilement rebelle. Malgré tout, un homme qui aura su s’opposer avec suffisamment de mordant à un certain Peyrat. Et voilà donc que cette «figure de la gauche» niçoise se déclare disposée à rejoindre le grand bloc des droites derrière Estrosi. Les bras m’en tombent ! Une vraie farce ces élections. Plus que jamais ! Il n’est qu’à lire du reste les deux placards en question. Garnis de beau linge assurément.

Côté PS, Patrick Allemand qui se représente en dépit de sa mauvaise image notoire. L’opposant qui s’oppose « la fleur au fusil » dixit la journaliste. Que lit-on aussi ? Ah oui, Xavier Garcia et lui filent à nouveau le parfait amour. Le premier secrétaire du PS maralpin avait envisagé un temps une liste autour de son nom. Au final, le clash qui fait pschiiit entre les deux non figures de la gauche locale. Côté « écolos », pas mal de cafouillage selon l’autre journaliste de Nice Matin. Grâce à la présence de Sylvie Bonaldi (Association CAPRE06), les orientations sont claires quant aux exigences en matière d’environnement. Beaucoup moins claires par contre dès lors qu’il est question de logement et de social. Jean-Marc Governatori n’est « clairement pas » l’homme d’une telle vision. Là encore, EELV aura fait comme si cet homme n’était pas doté d’une réputation entâchée d’opportunisme. Etrange stratégie. Ces gens-là ont fait des études, disait Coluche… En tout cas, le séculaire projet de « République sociale », ils n’en ont cure !

Voilà. Pantalonnade et tartuferie plus que jamais donc. Un vrai bal de girouettes comme on en a rarement vu par ici !

Pour le coup, le grand spécialiste ès girouette qu’est Estrosi s’en sort avec le meilleur crédit cohérence. Derrière lui, depuis la défection de Ciotti : les Républicains, le centre, les Marcheurs… Bref, la droite tout simplement, unie plus que jamais. Le programme d’Estrosi a le mérite d’une très grande clarté : que Nice puisse jouer dans la cour des grands. Mé-tro-po-li-sa-tion ! Que Nice, en France dans un premier temps, à l’international dans un second, puisse s’affirmer comme une métropole qui pèse ! Avec comme axe stratégique de développement et d’aménagement : le tertiaire supérieur. Dans le cadre du projet de territoire Résidence de Journaliste (echos-vallee.fr), nous avions fait venir une urbaniste de la Métropole Nice Côte d’Azur au lycée Thierry Maulnier pour une présentation de celle-ci à nos reporters en herbe. Un mot était bien vite sorti, qui concerne l’enjeu de l’Eco-Vallée depuis son accès au statut d’OIN (Opération d’Intérêt National) en 2008 : puissance !

Mais je m’égare ! Revenons à nos nez rouges, nos masques rigolos et nos confettis hilarants.

Toujours dans le cadre de notre projet pédagogique Résidence de Journaliste, soutenu par la DRAC Paca, j’étais cette semaine en immersion au Collège Jules Romains pour trois jours de classe ouverte. Hayat et Safia nous ont fait un joli papier titré « Les élections municipales sont-elles importantes pour les habitants des Moulins ? ». Et pour les jeunes notamment… Allez leur expliquer que, malgré les spécialistes du retournage de veste ou les carriéristes incompétents, il est utile pour la démocratie de faire le déplacement au bureau de vote le plus proche. Donc, malgré les Mottard, Allemand, Garcia, ou Governatori. Malgré les Vardon, ex-skinhead habilement grimé en homme politique.

Triste constat, élections après élections : les politiques nous dégoûtent invariablement de la politique.

Puisque ces gens n’ont aucune forme de dignité, ni d’amour propre, nous leur demanderons simplement de nous épargner les leçons de morale. Justement parce qu’ils sont étrangers à la morale. Qu’ils se contentent de nous faire rire éventuellement dans leurs bouffonnades. Oui, ce sont des bouffons, ils doivent assumer cela. « Bouffon » : pas l’insulte des cités, le statut médiéval. Ceux qui font les choux gras de la presse satirique.

A Nice, dans le carnaval de ces nouvelles municipales, l’envie est forte de gueuler à ces clowns : « arrête ton char ! ». Peine perdue. Plus la farce est grosse, plus la caravane passe.

Heureusement, il nous reste les listes citoyennes. Je dis ça…