Militant et mutant, ou la plénitude du créatif culturel

La seconde grande vérité sur laquelle insiste Tolstoï est que le sentiment du bien, de la bonté, de la solidarité – et de tout ce que contient le mot amour – est en nous-mêmes, et doit et peut être réveillé, développé et exercé par notre manière d’agir. Dès que chacun, aussi opprimé qu’il soit, acquiert la faculté de s’améliorer et de se perfectionner individuellement, une force puissante se trouve créée contre la passivité morale, l’esprit de non-responsabilité collective et l’espoir d’une amélioration obtenue collectivement sans effort personnel. Tolstoï écrit : « l’organisation, toute organisation, nous libère du devoir humain, personnel, moral. Tout le mal universel dérive d’elle, de sa structure. Les hommes sont fouettés à mort, avilis, abêtis sans que personne n’en soit responsable… » À côté des grèves et des révolutions, il y a l’effort individuel et collectif : les deux facteurs ne s’excluent pas mais se complètent. Nous trouvons chez Tolstoï l’aspect profond de la préparation libertaire, et il me semble que seuls des hommes formés comme lui sont capables d’employer de façon rationnelle la force individuelle et collective : le révolutionnaire qui a déjà fait la révolution dans sa propre conscience est le seul qui saura, avec intelligence et expérience, se vouer à la reconstruction, et non pas seulement à la destruction.

Max Nettlau, Histoire de l’anarchie (1933)

Publicités