985038-perquisition-arrestation-herrou-laurent-carre-9753-2jpg

Pour en finir avec
le gouvernement-clé-de-bras

J’ai un pote qui me fait marrer au bureau.

Il me dit que je fais une fixette sur les écarts de la police de mon pays. Un pote qui vit dans un autre monde, c’est certain. Ou dans le déni. Parce que les dérives de cet État policier ne vont pas en s’améliorant, c’est un constat qui ne fait plus aucun doute en 2017. Amnesty, la Ligue des Droits de l’Homme… Il y a quand même une claire unanimité.

Je me souviens du début de mandat de Hollande. Sous l’apparente bonhommie, ça avait déjà commencé en mode gros bras. Avec différentes techniques, comme par exemple le plaquage au sol, très agressif et très humiliant. N’est-ce pas Monsieur le porte-parole de la confédération paysanne, Laurent Pinatel ? Il y a surtout les clés de bras, pour un oui ou pour un non. Enfin, surtout pour un non. Là, c’est le photographe de presse Laurent Carré (auteur de la photo ci-dessus) qui couvrait l’assaut chez Cédric Herrou pour Libération qui s’en est pris deux belles ! Avec un joli combo plaquage-clé ! C’est très tendance la clé de bras depuis les deux derniers quinquennats.

Personnellement, j’en ai vraiment plus que marre de ce gouvernement-clé-de-bras…
En même temps, il y a une certaine cohérence avec cette équipe de bras cassés qui nous gouverne en ce moment (ok, je sors. Mais je finis d’abord).

Car ce qui est très tendance, plus généralement, c’est le principe des réponses disproportionnées. Tellement contraire à ceux qui nous sont enseignés dans les arts martiaux.

Des flics armés désormais dans les écoles, des contrôleurs du réseau Ligne d’Azur brutalisant une femme s’émouvant à haute voix de leurs dérapages verbaux sur un contrevenant, des municipaux insultant et tabassant la nuit à quatre contre un ce mineur qui taguait un mur, hier dans la Roya une trentaine de super-warriors pour trois enfants, une infirmière et un agriculteur pacifique. Ah oui, il y avait des chèvres et des poules. On ne sait jamais, les cornes et les becs. C’est ça les héros de la Ve République ? Avec la gifle de Valls, regardez comme le petit excité de garde du corps s’y prend face à l’adolescent si peu menaçant ! Mort de rire.

Et dire qu’au lendemain de Charlie, il s’en trouvait qui voulaient rouler des pelles à nos gentils flics bleu-blanc-rouge. Et dire que ces derniers sont descendus dans la rue pour exprimer leur inquiétude quant à l’émergence d’un « sentiment anti-flic » dans notre pays. Courageusement cagoulés pour beaucoup. Les p’tits biquets ! C’est vraiement l’hôpital qui se fout de la charité comme disait ma grand-mère. Ils n’ont jamais eu autant de pouvoir grâce à l’Etat d’urgence. Alors, ça vous contrôle au faciès sans complexe, surtout aux abords de Vintimille, ça vous parle mal, surtout si vous êtes jeunes et comment dire, euh… « différrrent » (oui, bien rouler les « r » svp), ça vous harcèle sur la route, ça vous verbalise si vous n’êtes pas stationné bien comme il faut entre les deux traits (si, si, à Nice en tout cas ils le font).

Mais ils sont où les héros en bleu quand l’été du côté de la plage du Castel à Nice, ou dans le vieux Nice, des jeunes, nos jeunes, se font lyncher à dix contre un par des bandes ivres de violence ? Un pote des urgences de Nice en est malade de les voir arriver à chaque fois complètement défigurés. Ils sont où quand ça devient vraiment très chaud ? Ailleurs que planqués le long des routes de France ou en sécurité-spectacle sur l’avenue Jean Médecin, ils font quoi quand on a vraiment besoin d’eux ? Mille et une histoires vécues et relatées au pays de la caméra reine que je vous épargnerai ici.

Oui, qu’est-ce qu’ils font ? Des clés de bras, ma bonne Dame… Ils font des clés de bras aux clients les plus faciles à intimider. Et toujours à dix contre un. Un point commun avec la délinquance en bande ?

Je commence à en avoir vraiment marre de cet État de flics. Vraiment marre qu’un Préfet, qu’un procureur, que des analphabètes armés jusqu’aux dents et pratiquant l’insulte homophobe et raciste, s’en prennent à ceux qui défendent, avec un courage qui force le respect, les vraies valeurs de cette République qui ne sont certainement pas cette « violence légitime » disproportionnée.

J’ai personnellement une admiration sans bornes pour Cédric Herrou. Et les lecteurs de Nice Matin ne s’y sont pas trompés qui l’ont élu comme leur héros local. Tous ces lascars casqués, bardés de protection, armés, protégés en toutes circonstances par leur seul uniforme (quoi que vous fassiez ou disiez, n’oubliez pas que vous aurez toujours perdu face à eux), pratiquant certainement la boxe ou le close-combat, tous ces héros qui font les malins dans leurs casernes, n’ont pas le millième de courage d’un Cédric Herrou. Pourquoi ? Mais tout simplement parce que la notion de courage ne fait sens qu’en dehors de la zone de confort. Or, ces hommes sont quasi systématiquement en zone de confort. Il n’y a pas de courage sur un tatami, à l’entraînement. Il n’y a pas de courage à dix contre un. Le courage du flic est déjà dans son uniforme, lequel autorise l’arbitraire en toute impunité. Combien de fois entendu ces témoignages de victimes de brutalités policières : « si vous saviez, ils nous disent goguenards : essayez toujours de porter plainte ! ».

Oui, Cédric Herrou ne pratique pas les arts martiaux, ne boxe pas, ne pousse pas de la fonte, ne pratique pas le tir… Mais c’est un héros qui surclasse le plus teigneux de ces hommes que je souhaiterais vraiment, très sincèrement, appeler des « policiers », des « gens d’armes », je veux dire des gens qui nous protègent réellement de la violence non légitime. C’est pas le job qui manque la nuit, dans certains quartiers…

Face à ces comportements de soldatesque, et face à une justice plus partiale que jamais, Cédric est définitivement mon héros azuréen. Quelle force intérieure pour endurer pareils assauts, pareil harcèlement indigne, sans renoncer ! J’admire son calme, sa constance, son engagement. S’il était vivant, Lanza del Vasto ne manquerait pas de citer pareil guerrier pacifique. Et dire que je me suis depuis longtemps programmé un voyage à faire un jour, aux states, à Concord dans le New Hampshire, en pèlerinage vers la cabane de mon héros Thoreau, père de la désobéissance civile et auteur de Walden ou la vie dans les bois. Alors que j’ai un de ces fils spirituels, là, tout près de chez moi, dans la Roya !

Oui, pour cette admirable et courageuse démonstration de désobéissance civile et de non-violence en acte, immense respect de ma part, cher Cédric. Ta cabane à toi a ce petit supplément d’âme des lieux hospitaliers…

(Crédit Photo : Laurent Carré)

Publicités