Numériser 1 - copie 2

Le Café des Arts… au siècle dernier

Quelques mètres de comptoir en bois, patinés par d’innombrables coudes et marqués à jamais par diverses brûlures de mégots ayant raté leur cendrier, quelques mètres de comptoir qui virent défiler loosers magnifiques, junkies pathétiques, mythomanes en tout genre, jolies filles, femmes jeunes et moins jeunes, musiciens, marionnettistes, écrivains, peintres, poètes maudits, philosophe du zinc, photographes avec ou sans objectif, routards en stand by, des nationalités allant de l’Italie toute proche à l’Australie lointaine en passant par l’Algérie, l’Afrique Noire, le Japon sans oublier les pays Anglo-Saxon.
Une mosaïque vivante, bigarrée et marginale qui faisait un peu « tâche » dans cette petite ville touristique de province, belle, riche et bien campée sur ses certitudes de petite bourgeoise arriviste.

Un bar comme il en existe de moins en moins et que l’on feuillettera bientôt dans des livres « tendances » à offrir pour les fêtes, collection « Bars et Bistrots au siècle dernier ».
Un bar où à n’importe qu’elle heure de la journée ou de la nuit on pouvait en pousser la porte en sachant qu’on y trouverait quelqu’un à qui parler, à qui pleurer, à qui rire ou mentir, dix minutes, une heure, une nuit, histoire d’être moins seul, en tout cas de faire comme si.

Un bar avec ses éclats de rire, ses coups de gueules, ses coups de poings parfois, un bar où la musique avait pignon sur rue, le trio de jazz du lundi soir vous aidait à démarrer la semaine de façon originale, pour la finir avec les concerts acoustiques des apéros du week end, un bar où les œuvres des peintres, photographes, graphistes, colleurs, crayonneurs en tous genres, amateurs ou professionnels, venaient chaque mois en colorer les murs;
L’endroit où les jeunes étudiantes et étudiants venaient y boire leur unique café entre midi et deux, café que l’on faisait savamment durer, pas de quoi s’en offrir un second, pour les clopes et le tabac à rouler, fallait garder des « ronds »

Un bar où cette clope était l’accessoire indispensable pour tous ceux dont refaire le monde était un art de vivre, et ils étaient nombreux. Les nappes de fumée stagnantes au dessus de leur tête faisaient parties intégrantes du décor et de l’ambiance. Un bar où le «  Messieurs Dames, on ferme !! » résonnait comme une sentence fatale pour la poignée d’irréductibles qui ne pouvait se résigner à quitter les lieux sans le sempiternel « -allez patron, sois sympa, mets en une dernière » .

Un bar sans portier ni molosse, sans sas d’entrée, sans « Tenue correcte exigée ».

Un bar comme il y en avait… avant… Un bar où nous avons eu vingt ans…pendant vingt ans.

Nicolas V.

(L’auteur de ce blog a fréquenté Le Café des Arts, à Annecy, de 1985 à 1990. Un phare de sa jeunesse, un QG indispensable, une autre famille, un lieu comme d’autres Friends ont eu leur « Central Perk »… Nicolas V. était alors le patron, et animateur, de ce Café-Bohème).
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