11794103_1034608366563815_8628567195064928724_o

A Nice, la culture peut toujours aller se rhabiller…

Au début de l’été, j’étais à la FNAC avec ma femme quand je m’aperçois tout à coup que quelque chose, dans l’espace du premier niveau, me dérange. Il y a un truc bizarre, là. « Il ne manque pas un espace ici ? » lui dis-je benoîtement désignant une étroite coursive. « Ben si, c’est là où il y avait les caisses avant. Tu ne savais pas ? Bershka a racheté toute cette partie. Ils ont carrément poussé les murs. » Ah, voilà, c’était donc ça. Pour celui qui ignore tout du tout prêt-à-porter autant que pour le non-niçois, Bershka est la marque de fringues mitoyenne avec notre Fnac de l’avenue Jean Médecin.

Un peu plus tard dans l’été, et pas plus tard qu’avant-hier donc, la marque H&M offrait aux niçois une ouverture «  en grande pompe » pour reprendre les mots de Nice Matin. Entretemps, la marque qui a déjà deux magasins plus haut sur l’avenue, avait mené de grands travaux sur les immenses et anciens locaux de… Virgin.

Eh oui, c’est une tendance de fond, Messieurs Dames, et pas seulement qu’à Nice du reste : la fringue boute la culture hors des centres-villes. Lorsque j’avais écris, en avril 2013, ce post L’argent-loi ou la culture XXS, choqué par la disparition du meilleur kiosquier de Nice au profit de la marque Diesel, je ne pensais pas que le mouvement était une vraie lame de fond.

En ce mercredi 19 août, les premiers à vouloir profiter de cet événement historique qu’est l’ouverture d’un magasin H&M étaient là dès l’aube. Il y a cinq siècles, sur les rives du Nouveau Monde, des hommes s’apprêtaient à perdre leur culture fascinés par quelques verroteries et autres pacotilles. En 2015, des étoffes au design éphémères font tourner d’autres têtes, mais toujours au détriment de la culture. Les money makers ont remplacé les explorateurs… D’ailleurs, ce n’est pas un nouveau magasin H&M à Nice, c’est son flagship ! Son magasin phare ! Son vaisseaun amiral ! La nippe comme nouvel opium du peuple, donc. Et la môme du huitième le H elle M ! Ceux qui ont pu écouter un peu de Renaud dans leur jeunesse apprécieront cet inoubliable jeu de mots (Dans mon HLM / Renaud).

C’est peu dire du reste que la ville de Nice a déroulé le tapis rouge à la marque. Une semaine avant, l’événement était annoncé sur la place Masséna par le biais de banderoles rigides rouges accrochées aux lampadaires : « Nice aime H&M », « La ville de Nice, partenaire de l’ouverture du nouveau H&M ». Je crois que s’ils avaient pu les accrocher sur les « Sitting tatoos » du sculpteur Jaume Plensa (les scribes translucides), ils ne s’en seraient pas privés. C’est ce mélange-là aussi qui constitue à mon sens le principal défaut de cette ville que j’aime pourtant beaucoup : la vulgarité, une récurrente propension au mauvais goût, au télescopage de genres qui n’ont absolument rien à faire ensembles. Une vulgarité que l’on retrouve précisément, en premier chef, dans des styles vestimentaires bien souvent « relâchés », sans tenue, dépourvu du minimum d’élégance et de classe. Oui, des styles vulgaires. Et tant pis ma foi si ce constat doive froisser les niçois.

Heureusement, j’ai pris un café il y a quelques jours avec un libraire qui a toute mon estime : le fondateur de la Librairie Masséna qui se trouve à quelques rubans-mètres seulement de la même Place Masséna. Pas de doute, le Prêt-à-Déporter n’a qu’à bien se tenir : dans l’hyper centre de Nice, il y a encore des poches de résistance, ça ne fait pas un pli !

Crédit Photo : Louis-Paul Fallot 

Publicités