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Bye Bye le Quartier des Mineurs…

Vendredi 17 juillet 2015. Il est huit heures du matin et je sirote un café à mon QG habituel. Vous savez, la terrasse de café de l’avenue Borriglione à Nice où je prépare, mentalement bien souvent, bon nombre des posts de ce blog. A chacun son café de Flore…

Bref, je suis là, le cœur un peu serré figurez-vous. Car vendredi est le jour où habituellement, à cette heure-là, je roule vers la Maison d’Arrêt de Grasse. Deux ans aujourd’hui que j’interviens en son Quartier des Mineurs en qualité de Formateur-Coordinateur. Or mes nouvelles responsabilités d’éditeur de presse autour du projet de magazine RESSOURCES ne me permettent plus d’ajouter cette activité à un emploi du temps désormais overdeborded au-delà du permis.

Je viens donc d’annoncer la fin de cette collaboration à l’organisme de formation qui m’avait recruté sur ce dispositif de prévention de récidive : AFC ASPROCEP. Ainsi qu’à mon partenaire du binôme « Quartier des Mineurs » qui représente pour moi une véritable rencontre humaine. Firmin, tu auras été pour moi bien plus qu’un collègue de travail : tu es définitivement un frère d’armes cher à mon cœur.

Voilà, je suis là, donc. Je pense à toutes ces rencontres. Et d’abord à cette « jeunesse délinquante » , des gamins plus que des ados à mes yeux, si souvent touchants. José, Joseph, Nassime, Selim, Mehdi, Pierre, Slobo… Tous à réclamer à grands cris leur participation à notre atelier de « Sensibilisation professionnelle aux métiers du Second Œuvre » autour du projet pédagogique de rénovation des cellules et autres salles d’activité. Tout en passant le rouleau de peinture, le pinceau à rechampir ou le couteau de lissage, se créait une ambiance où ces « sales gosses » devenaient d’autres personnes, des individus différents de l’avis même des surveillants. On aurait pu se trouver sur n’importe quel chantier normal hors de ces murs carcéraux. Les langues se déliaient, l’esprit soudain libéré par l’intelligence autonome de la main. Une convivialité de chantier s’installait. Nous en apprenions de bonnes. Des tristes et des moins tristes. Des histoires parfois dures, souvent drôles aussi, tant ces jeunes détenus savent user de l’humour sans modération pour s’évader de la rudesse de leur destin. Pour rester dans la mise à distance. Vous inquiétez pas les gars, dans mes lectures de l’été, j’ai prévu un livre dont le titre est Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants ? (Thomas Guénolé). Et que je ferai figurer dans la rubrique Livres de mon magazine Ressources. C’est vrai que vous êtes chiants parfois, mais probablement a-t-on envie de l’être plus encore quand la société vous a définitivement comdamné comme indésirable dans ses projets.

Oui, leurs visages défilent dans ma tête. Leurs sourires surtout. Ceux qui naissaient soudain sur les visages les plus ténébreux, les plus rembrunis. Et puis ces « numéros », ces clowns dans l’âme, comme ce jeune irrésistiblement drôle qui s’écriait soudain « putain, ça me rend fou, là ! » à la troisième vis à serrer. Oui, une façon de « serrer » justement selon leur jargon qui se dédramatisait toute seule quand on avait affaire à un professionnel du one-man show. Nous échangions un regard complice avec Firmin : la bonne humeur était là, pas de doute !

Je pense à ces gosses, mais aussi aux instituteurs, aux éducateurs de la PJJ, aux surveillants… Beaucoup d’humanité et d’empathie. Beaucoup de métier pour savoir être coulant quand il faut l’être, être ferme quand il faut l’être. Je leur dis ici au passage toute mon estime et mon respect pour ce difficile job rempli quotidiennement loin de tous les fantasmes habituellement attribués à la prison, et sans angélisme non plus sur ce qui pourrait être sujet à caution dans le système carcéral français. Autre débat.

Exit donc la casquette de travailleur social. Combien d’ouvrages se sont plu à démonter, dévaloriser cet engagement du travailleur social. Cet investissement autour de la misère sociale est suspect bien sûr… Fortement intéressé faudrait-il dire : le travailleur social trouve en effet chez le détenu, l’handicapé, le pauvre, le SDF, autant de faire-valoir à son propre échec personnel, à tout le moins à sa propre médiocrité. Il vient régler des problèmes personnels avec l’alibi de « faire du bien », quand ce n’est pas celui de « faire le bien ». Ce relativisme, ce scepticisme, me fait sourire. Comme me fait sourire cette personne qui me disait un jour qu’elle ne donnait jamais de pièces aux mendiants dès l’instant où des organismes existaient pour cela. Et que même, ce sont nos impôts qui financent souvent tout ça ma bonne Dame ! Si, si ! Autant de passe-passe intellectuels qui font du bien à leur conscience, certainement.

Bref, moi aujourd’hui, je pense encore une fois un peu à ces jeunes détenus et aux adultes qui les entourent au quotidien. Je refais encore une dernière fois mentalement le trajet qui me mène du premier check-point depuis la porte d’entrée de la Maison d’Arrêt de Grasse jusqu’à notre atelier du Quartier des Mineurs. Là-haut. Tous ces couloirs, toutes ces rotondes, ces caméras, tous ces cris parfois, toutes ces odeurs. Tous ces regards…

Juste un dernier petit message pour toi José, pour toi Joseph, pour toi Nassime, pour toi Selim, pour toi Mehdi, pour toi Pierre, pour toi Slobo…

La prison, c’est une vie à la con. Alors, bande de sales gosses, on ne veut plus vous y voir. Ni au Quartier des Mineurs le mois prochain, ni chez les majeurs l’année prochaine. Tu vois, mec, j’ai créé ce blog à partir d’une petite phrase, une obsession, un credo inscris là-haut à gauche sous le logo Sans Adjectif : TOUJOURS, TU CHÉRIRAS LA LIBERTÉ.

Je dédie ce post à « l’auxi d’entretien » du Quartier des Mineurs qui nous a bichonné tout ce temps et qui arrive au bout de sa peine, ainsi qu’à mon frère Firmin .

 

Crédit Photo : Didier Jacquot

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