Archives mensuelles de avril, 2015

scholie-1830

Marcel Bataillard s’expose « Chez Lola Gassin »

Palimpseste, scholie, lapidaire… Sur les petites fiches de présentation de la toute dernière exposition de l’artiste Marcel Bataillard « Version originale sous-titrée », trois mots nous donnent les clés d’un style qui fait l’homme. C’était jeudi 23 avril dernier,  « Chez Lola Gassin », un vernissage qui faisait appartement comble dès l’ouverture. Pour une expo photo à double entrée : Je suis une légende et Au passage. Trois mots pour un style donc. La personnalité tout d’abord, les trois mots, autant que le choix d’une galerie intimiste, sans pas de porte, nous renvoyant à ces qualités rares d’humilité, de discrétion et d’économie de parole qui caractérisent Marcel Bataillard, que je ne connaissais principalement jusque là que comme Directeur Artistique du magazine Couleur Nice. Pas de doute, Marcel Bataillard adopte bel et bien ici la posture du scholiaste anonyme, et non celle de l’exégète cité. Mais trois mots qui donnent les clés, outre d’un fort bel appartement d’esthète, d’un angle de création photographique qui joue sur le second degré, le filigrane, la transparence, le sens sous le sens. Mieux : sur la co-création.

Pour côtoyer quotidiennement illustrateurs, photographes, DA et autres plasticiens, je sais combien il faut faire confiance en leur extrême pertinence à revivifier les mots. Parfois bien plus créativement que nous autres soi-disant professionnels du verbe. Homme d’image, homme de peu de mots, dit-on. Oui, mais quels mots ! Côté cuisine, entrons si vous le voulez bien sur l’expo au titre tout en auto-dérision : Je suis une légende. Aucun rapport avec Will Smith, ni avec une quelconque dimension apocalyptique, mais « une suite d’images, du poétique au politique, qui sont autant d’aphorismes visuels ». Si les photos, dépourvues « d’unité technique, thématique ou stylistique » nous touchent directement, et pour des raisons aussi différentes que la lumière, la dimension graphique ou le jeu des situations, les « scholies de Marcel » créent à chaque fois de singulières ouvertures esthétiques. Un principe de mise en page au millimètre, dans un jeu d’équilibre idéal entre visuel et mots : Marcel ne bataille jamais avec le verbe, mais excelle à lui offrir la dimension qui fait mouche. « Penser à autre chose et faire le contraire – SCHOLIE 1453 » : des aphorismes visuels qui créent une rupture intérieure, un vertige du mental, à l’instar d’authentiques koans.

Côté salon, les œuvres photographiques regroupées sous le titre Au passage semblent s’inscrire dans le prolongement de la performance de l’artiste, initiée en 1993, sur le thème de la vision, la voyance, et plus particulièrement sur la cécité. Cette série consiste en effet en un « relevé photographiques de fenêtres et de portes aveugles ou aveuglées croisées ici et là depuis 2004, tant en France qu’à l’étranger. Chaque photo fait face à l’inscription du lieu et de l’heure de la prise de vue. » Depuis 2004, ces photos glanées au passage sont précisément des anti-passages. Aucune « échappée » ni « regard » d’un point de vue purement architectural. Mais des murs dans les murs évoquant les rapports « parfois harmonieux, parfois houleux » de l’homme avec son habitat. Aucun sentiment anxiogène cependant dans cette promenade aux quatre coins de la planète que facilite un traitement sépia couleur pierre de l’ensemble des clichés. En effet, comme le montre le passage de Nîmes (17 :11), ces surfaces planes libèrent paradoxalement chez l’Homme une expression et une créativité tantôt rebelle tantôt malicieuse (ci-dessous). D’autres perspectives se font, techniquement, « jour ». D’autres stratégies viennent ajourer ces murs. L’uniformisation d’ambiance, au profit d’une géographie de planis-pierre (oui, j’ai osé), la dimension intemporelle, est mise en balance avec l’heure exacte de la prise de vue. A l’universelle poésie de l’habitat muré répond le témoignage d’un vécu singulier. Entre tableau et reportage.

On eût aimé bien sûr en voir davantage sur place ce jour-là. Mais cette approche lapidaire et le principe d’une expo bouche-à-oreille, avec visite sur rendez-vous, est à l’image d’un artiste protéiforme et subtil reconnu, qui depuis longtemps, entre Nice et Arles, s’expose mais jamais ne s’impose…

Site internet de Marcel Bataillard : www.marcelbataillard.com

Capture d’écran 2015-04-25 à 16.51.15

nimes_17-11 copie

Publicités

Capture d’écran 2015-04-12 à 11.16.58

Femmes d’islam…

Ce post pour rester dans le prolongement du précédent qui évoquait cette femme exceptionnelle qu’est Nawal el Saadawi. Son combat courageux pour la reconnaissance des droits des femmes de l’autre côté de la Méditerranée. J’ai eu entre-temps quelques discussions ici et là. Relativisation des relations bourreaux-victimes. Dialectique du maître et de l’esclave. J’ai remarqué depuis très longtemps comment l’excès d’intellectualisation constitue chez certains une stratégie pour reconstituer du sens sur du chaos, pour effacer la terrible angoisse née de l’audition, de la lecture, voire de la vision d’une violence sur laquelle ils n’ont pas prise. Sur laquelle personne n’a prise. Contrer probablement l’impuissance, si ce n’est la culpabilité. Il faut tout de même faire attention dans cette relativisation de la violence. Surtout quand cette dernière s’inscrit dans le quotidien le plus banalisé. Heureusement, il est malgré tout possible d’introduire de la réflexion utile, et non pas seulement purement spéculative, dans l’objectif de libérer d’un même mouvement esclaves et maîtres.

J’étais invité mardi 7 avril dernier au Centre Universitaire Méditerranée (CUM) de Nice à un événement intitulé « Femmes, Culture de paix ». Il s’agissait de la restitution du Congrès international féminin pour une culture de paix, organisé les 28, 29 et 30 novembre 2014 à Oran par le Cheikh Chelikh Khaled Bentounès, guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya. Je n’ai malheureusement pu y assister, fort occupé ce jour-là sur différents dossiers. Une grande déception pour moi alors qu’était notamment programmé la projection en avant-première du film « Islam, Voix de Femmes » produit par AISA International (Association Internationale Soufie Alawiyya) et réalisé par Boualem Guéritli et Didier Bourg. AISA est une association très investie sur la condition de la femme ainsi que sur le projet du « Vivre ensemble » tel qu’on a pu le voir notamment sur Cannes avec « les attentats de janvier ». Nous reparlerons ici de leur engagement sur la Côte d’Azur, c’est certain. Mais, il est possible d’ores et déjà de signer leur pétition dans le cadre de leur campagne de mobilisation mondiale pour que l’ONU décrète la Journée Mondiale du Vivre Ensemble.

Bref, je n’ai pu faire le déplacement et me suis donc contenté de la Bande-Annonce en attendant sa sortie. Le projet ambitieux de ce film est notamment de « mettre en évidence les convergences qui permettent de réunir féministes et théologiens, partisans de la raison et adeptes de la féminité ». Une psychanalyste y donne le ton de ce qui me semble être une réflexion utile sur le sujet telle que je l’envisage ci-avant : ouvrant des nuances sans jamais s’éloigner de la réalité des souffrances. Des femmes à la fois bel et bien opprimées par un système patriarcal séculaire mais souvent elle-mêmes « gardiennes de la tradition. »

Puisque nous ne pouvons pas encore visualiser ce film fort prometteur, et puisque ce blog est dédié à la valeur liberté, nous bouclerons juste ce post avec un très court extrait d’un livre de Nawal el Saadawi : Ferdaous, une voix en enfer. Publié en 1975 sous le titre original Femme au degré zéro, il s’appuie notamment sur des témoignages liés à la santé mentale des femmes. Dans la prison pour femmes de Qanatir, Nawal el Saadawi  a recueilli celui d’une détenue qui allait devenir son personnage principal, Fridaws. Abusée dans son enfance, une femme dont la quête de liberté se prolongea dans le désir de revanche, lequel aboutira dans le meurtre de son souteneur. Il y a dans la libération de cette femme par l’acceptation de sa condamnation à mort une dimension spirituelle que bien peu de théologiens à mon avis peuvent envisager d’approcher. La veille de son exécution, elle confie ceci lors de son ultime interview : « Je ne veux rien. Je n’espère rien. Je ne crains rien. C’est pour ça que je suis libre. Parce que tout au long de notre vie, ce sont nos désirs, nos espoirs, nos craintes qui nous asservissent. » En Inde, il y a plus de 25 siècles, un homme assis sous un figuier avait formulé pareille clé de libération au terme de « souffrances » qu’il s’était volontairement appliquées. Karma masculin versus destin de femme…

Voir la bande-annonce du film Islam, voix de femmes (1:50)

Capture d’écran 2015-04-12 à 11.48.18

%d blogueurs aiment cette page :