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« Physicalité du désœuvrement » à la Maison Européenne de la Photographie

L’exposition à la Maison Européenne de la Photographie présente une centaine de photographies et montre pour la première fois le travail réalisé par Grégoire Korganow dans une vingtaine de prisons françaises. Sans pathos et loin de l’aspect anecdotique de l’histoire personnelle, c’est un travail à la fois sensoriel et très précis sur l’enfermement que livre Grégoire Korganow.

« En 2005 et 2006, J’ai suivi les vies suspendues des familles de détenus de la prison de Rennes. Je les ai photographiées lors d’un procès d’assises, d’un parloir sauvage, d’un déménagement pour se rapprocher du lieu d’incarcération. J’ai raconté leur intimité, leur solitude, leur vie à côté de la prison.

Depuis 2011, en qualité de Contrôleur des Lieux de Privation de Liberté en France, je pénètre au cœur de l’enfermement. Je traverse le mur. J’ai visité près d’une vingtaine d’établissements pénitenciers. Je reste entre cinq et dix jours dans chaque prison. Je peux tout photographier, l’intérieur des cellules, la cour de promenade, les parloirs, les douches, le mitard (quartier disciplinaire)… Le jour, la nuit. Aucun lieu ne m’est interdit.

La prison, espace inaccessible au regard, suscite le fantasme. La réalité que j’y ai éprouvée est peu spectaculaire. Certes, la violence s’exerce dans les zones d’ombre et les cours de promenade. L’enfer de l’incarcération tient aussi à l’accumulation et la répétition de traitements indignes qui transforment l’ordinaire en cauchemar : les règles avilissantes, la solitude, la promiscuité, les portes des cellules fermées en permanence, le temps passé à ne rien faire, des journées, des semaines, des mois, vides. C’est cette intimité de l’enfermement que je cherche à photographier en couleur, de façon frontale, directe, sans effet. Je ne m’attache pas à une action ou à une anecdote. Je procède par petites touches, je m’imprègne de la géographie des lieux, de la lumière, des sons, des odeurs, des récits des détenus…

Je saisis l’indicible, le temps qui s’arrête, la vie qui rétrécit, qui s’efface.

Je ne montre aucun visage. Je ne raconte pas d’histoire. Je me concentre sur la perception physique de l’enfermement. Je m’en tiens au traitement des individus et de leur intégrité. Je m’en tiens à ce que la spatialité, les mouvements, les postures, les marques corporelles révèlent de la condition carcérale aujourd’hui. Je scrute les gestes répétés qui naissent dans ces lieux sans horizon. Je contemple avec effroi la physicalité du désoeuvrement, du désespoir et de la résignation.»

Grégoire Korganow

(Exposition « PRISONS » à la Maison Européenne de la Photographie, à Paris, du 4 février au 5 avril 2015)

Site web : www.korganow.net/fr

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