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Ivre de flammes et de poésie

Ce post s’inscrit dans la continuité du précédent. Lequel a fait pas mal réagir autour de moi tant j’y révèle une part intime qui n’est pas toujours perceptible pour le collaborateur publicitaire, le collègue formateur, le partenaire de tatami… « Qu’est-ce qui t’es arrivé ? ». Rien. J’ai toujours été comme ça, mais je suis en même temps comme tout le monde : j’avance avec mon masque de persona pour ne pas passer pour un fou, et surtout pour gagner ma croûte. Mais au bout du compte, on ne peut pas être autre chose que ce que l’on est. J’ai un fond poète, je crois. Pas forcément au sens littéraire du terme, je n’ai pas le quart du quart du talent de tous ces poètes qui, de leur plume, me mènent, et cela depuis mon plus jeune âge, « par des voies inégales et feutrées (…) vers la pointe du jour au pays de la première fois » selon l’expression d’Andrée Chedid. Non, poète au sens d’attitude, de posture, de regard. De nature ? Rimbaud, après sa brève et précoce carrière d’homme de plume, est forcément resté poète jusque dans ces business plus ou moins heureux qu’il mena en Afrique. Les vers incandescents qu’il nous a offerts sont forcément l’œuvre d’un être igné. Ou alors, on est un professionnel du verbe et de la métrique. Ce qui est déjà respectable après tout. Pour citer à nouveau Andrée Chedid : « Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui – sans parole aucune – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à la voix d’un ami. ». Voilà. Je voulais juste rebondir sur mon dernier texte, car je suis tombé entretemps, et comme en écho, sur le texte ci-après de la grande poétesse libanaise. Cette (rare) fois-là encore, je me suis soudain senti moins seul…

 » Lorsqu’on a pressenti, rien qu’une fois, l’immensité de notre aventure humaine, on peut se demander ensuite quelle force nous retient dans l’étroit. Quelle force est là, qui fait que nous poursuivons quand même la route sans fomenter des bouleversements et sans abattre les murs ?

La poésie – si elle s’inscrit en nous – tout en admettant de nous regarder cheminer, nous délivre.

Parfois, se mirant dans l’un de nos destins, elle nous découvre son envers terrestre qui est l’amour. Alors, malgré les tiraillements, nous nous sentons sauvés, ici et ailleurs. »

Andrée CHEDID – TERRE ET POÉSIE (1956)

Crédit photo : Reuters / Reinhard Krause
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