Archives mensuelles de octobre, 2014

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existence!

L’histoire commence un petit matin, au mont valérien. La gestapo a fait son travail. Le peloton d’exécution commence à s’aligner. En face, Georges Politzer, le philosophe, le résistant. Je l’imagine très fier, Politzer, rayonnant de lumière. Parce que Politzer avait choisi, non seulement de résister, mais aussi de mourir. Politzer est mort parce qu’il a éclaté de rire. Notre histoire débute quelques années plus tôt. Politzer est un jeune professeur de philosophie. Dès la fin de ses études, il attaque Bergson, dont la pensée était alors très en vogue, dans un pamphlet remarqué. Mais il est jeune, il est brillant, il est communiste, il a le souci d’agir. Après ses cours, il enseigne à l’université ouvrière. Il diffère ses projets de livres pour écrire à lui tout seul une revue de psychologie concrète où il est un des premiers en France à accepter et méditer la psychanalyse. Il est un…

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brazil059

Brazil, c’est maintenant…

Avec ce nouveau post, je risque probablement de perdre quelques lectrices tant le phénomène de société dont je veux parler est aujourd’hui à ce point banalisé. Tant pis ma foi, je ne suis pas accro à l’audience comme vous le savez déjà, chers lecteurs et lectrices fidèles. Il y a 30 ans, la chirurgie plastique, et plus particulièrement celle du visage, était un sujet d’anticipation pour le moins anxiogène. Dans le film culte Brazil de Terry Gilliam, la mère du héros subissait de terribles et douloureuses séances de remodelage du visage, obsédée par le désir de rester jeune. Cela faisait froid dans le dos. On était loin d’imaginer qu’un tel traitement puisse échoir un jour à un être humain hors contexte de malformation congénitale ou d’accident grave.

Mais non, nous voilà en 2014, et cette pratique fait désormais partie du quotidien de millions de femmes qui veulent conserver un design d’adolescente à tout âge, c’est-à-dire probablement jusqu’au dernier souffle. Je regardais l’autre jour la présentation chez Delahousse (oui, une grande source d’inspiration pour moi) du nouveau film de Tonie Marshall Tu veux ou tu veux pas. Sur le plateau, un duo Sophie Marceau – Patrick Bruel en grande forme. Ma femme : « on voit bien qu’elle s’est faite tirée ». Plaît-il ? Ok, le sujet du film c’est effectivement la rédemption d’un sex addict, mais il faut faire attention quand même, Mesdames, au double sens d’une telle phrase : c’est connu, la morale de cette morale, c’est que les hommes sont des cochons (air connu). Bref, il était question en fait, techniquement, grammaticalement, d’un verbe transitif et non intransitif : on voit trop qu’elle s’est faite tirée… le visage ! Et oui, quasiment chaque jour, c’est le genre de bribes de conversation féminines qui arrivent à mes oreilles: « Alors, elle, elle s’est complètement ratée !… Incroyable, tu as vu Machine l’autre jour ? C’est vachement bien fait !… etc. »

Oui, aujourd’hui la grande question pour de nombreuses femmes n’est pas tant de faire le saut pour se refaire le portrait ou une silhouette : tout cela semble bien passé dans les mœurs, aucun doute. Faux seins, faux-culs et faux faciès de lolita… Suffit juste d’ouvrir le capot et de trifouiller là-dedans. Non, la question est surtout de réussir cette transformation pour donner véritablement le change : t’as vu comme j’ai trop pas vieilli ?

Oui, mais c’est là où je m’interroge quand même sur la notion de Raison, de sens du beau, chez l’être humain. Parce qu’en fait, il y a seulement deux scénarios dans cette affaire me semble-t-il, tous deux sans issue. Inutile d’avoir fait des études de chirurgie pour ça. Soit l’opération est très moyennement réalisée, ou tout simplement ratée, et la personne se retrouve immédiatement plus enlaidie que rajeunie. Soit, puisque n’étant pas des robots de métal mais des créatures appartenant au vivant, il ne s’agit que d’un sursis : une nouvelle dégradation est inéluctable, et par là de nouvelles interventions. A l’arrivée, l’on croise dans la rue, voire en soirées, de véritables monstres, des femmes boursouflées, défigurées, avec notamment le fameux syndrome du mérou. Comment se fait-il que, avec tous ces diktats de canons esthétiques propagés via des mannequins teenagers, les femmes soient à ce point atteintes d’une espèce de cécité collective qui leur fait prendre un visage torturé pour un modèle de beauté ? Non, désolé, c’est clairement moche, c’est inquiétant, cela renvoie plus à l’idée de la mort que la mort elle-même. Le remède est clairement pire que le symptôme. Et il en sera toujours ainsi. Peu après dans le 20h de Delahousse, Tonie Marshall était bien sûr interrogée par le beau gosse des JT. Gasp ! Un vrai choc tant la défiguration est flagrante. Une femme qui écrit si bien. Mais bon dieu, Madame, vous avez un miroir chez vous, non ? Des amis ? Je veux dire des vrais…

Aux dernières nouvelles, le nec plus ultra de la technologie esthétique est aujourd’hui d’implanter des fils à l’intérieur même du visage pour tirer tout ça vers l’arrière. Des fils qui se résorbent tout seuls bien sûr. Elle est pas belle la vie ? Elle est pas belle avec ces beaux visages qui vous parlent en mode ventriloque, arrivent à peine encore à vous sourire avec les yeux ? Des beautés figées dans leur refus de vieillir, et de laisser sur leur visage s’imprimer et s’exprimer les belles rides des émotions, du vécu, de l’humanité. J’entends que les hommes auraient une grande part de responsabilité dans cette histoire. Leur propre caprice de conserver une femme éternellement jeune à leurs côtés. Les femmes ferait cela pour ne pas se faire quitter ou tromper. Possible. Mais, pour beaucoup, la rénovation de façade commence avant la trentaine ! Et puis, non seulement les hommes n’ont pas le monopole de l’adultère avec des plus jeunes, mais qui plus est, je pense que la majorité des hommes « mûrs » ne désire pas sépcialement s’afficher avec une femme au visage de lycéenne. Il y a même des hommes pour chanter que cela ne les dérange pas, vous saviez ? Reggiani l’a fait avec Sarah : « La femme qui est dans mon lit n’a plus 20 ans depuis longtemps, ne riez pas, n’y touchez pas… ». Ben Mazué tout récemment avec Peut-être qu’on ira loin : « Parce que je trouve ça beau, moi, une femme qui fane à mon bras, une femme qui fane avec moi…» Et il y a un nombre plus important d’hommes qui pensent comme eux, à commencer par le rédac de ce blog.

Restez natures s’il vous plaît, Mesdames, Mesdemoiselles, restez vous-mêmes et tenez vous bien loin des apprentis sorciers du vivant. La nature sera toujours plus forte qu’eux. Le refus de vieillir est définitivement une crispation intérieure qui se voit sur les traits d’un individu. Fussent ceux d’une personne qui a les moyens de s’offrir une pointure mondiale de la réfection du portrait.

Un dernier point sans rapport. Quand je titre « Brazil, c’est maintenant » c’est valable aussi pour la dimension autoritaire et bureaucratique du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui où Big Brother n’est plus un fantasme depuis longtemps. Il y aurait matière à décliner les dérives de ce Ministère de l’Information qui traque aujourd’hui les demandeurs d’emploi, les contribuables, les consommateurs, les automobilistes, les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics… Et croyez-moi bien, il se fout éperdument de savoir si nous avons des rides ou pas.

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