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BEN MAZUÉ,

Le chanteur bien dans ses âges.

Avec cet article, Couleur Nice inaugure une nouvelle rubrique dédiée à ces niçois et azuréens d’origine qui ont choisi d’autres cieux pour exprimer leurs talents. Pour ouvrir le bal, le chanteur Ben Mazué nous a reçu chez lui, à Paris. A l’occasion de la sortie de son nouvel album, l’opportunité rare de mieux connaître cet artiste pudique, de mieux comprendre dans l’intimité son univers si singulier.

Il nous accueille au 23ème étage d’une tour dominant Paris depuis sa rive gauche. Visiblement très concentré, il met la dernière main à une alléchante petite daube niçoise en train de mijoter dans sa cuisine américaine : « ça ne vous dérange pas si je finis ma préparation en même temps qu’on attaque l’interview ? Je reçois un pote tout à l’heure, je vais lui annoncer qu’il sera parrain de mon dernier enfant ». Au contraire, nous voilà d’emblée placés en excellentes conditions… Oui, le ton est donné : Ben Mazué a donc des réflexes culinaires niçois dès lors qu’il s’agit de faire plaisir. Sous le regard franc et direct de l’artiste, une certaine timidité, une délicatesse évidente : s’est-il donné cette préparation comme contenance pour mieux affronter nos questions ? En tout cas, il connaît ses classiques : «  cette daube est une pure hérésie : j’ai oublié le romarin, le thym et l’ail ! ». Dans son dernier album, pas de doute par contre : il n’a oublié ni le cœur, ni les plus petits ingrédients qui ajoutent de l’émotion à l’émotion. Un second opus mitonné aux petits oignons…

Ton tout nouvel album « 33 ans » a été enregistré à Nice. Tu es resté très attaché à cette région ?

En fait, je suis de Biot. En 1990, nous sommes tous partis à Paris, mon père y avait du travail. Quand j’ai eu 17 ans, mes parents ont décidé de revenir vivre dans le sud. Moi, j’avais envie de rester : je commençais mes études de médecine. Du coup, il y a une espèce de « deuxième tome » de Biot. Mes parents y vivaient, donc j’y allais régulièrement. Et puis quand j’ai commencé la musique, je me suis mis à travailler avec quelqu’un qui vient de Villeneuve Loubet, Fanny Vollenweider. On a pas mal démarché en tant qu’artiste sur la Côte d’Azur. Ça a carrément été une troisième étape, c’est-à-dire de commencer ma carrière de musicien sur la Côte d’Azur. Donc c’est un attachement par étapes. Une relation qui existe depuis que je suis né mais qui n’est pas linéaire. Outre le virus de la « nomaditude » mes parents nous ont transmis le goût de la singularité. Et moi j’ai choisi comme singularité au sein de cette famille d’être le sédentaire. Je suis resté à Paris. Mais bon, Paris c’est plus un QG qu’un lieu de vie. Je n’y suis pas tout le temps.

Qu’est-ce qui te fait revenir régulièrement ici ?

Au début, quand j’avais 8 ans, je n’aimais pas cette région. Je ne bronze pas, j’étais un peu gros, je n’aime pas trop le sport. Et puis je suis arrivé « en ville », dans le froid et ça m’allait très bien. Puis je suis revenu comme je te disais. Déjà, j’avais l’âge d’avoir une voiture, donc je me suis baladé, je me suis rendu compte à quel point c’était beau, que c’était exceptionnel. Ensuite, j’ai commencé à faire de la musique, et là s’est créé un nouveau rapport. J’ai fait aussi ce premier album avec Régis Ceccarelli, qui est niçois, c’était un peu une première étape. Mais le deuxième album, je l’ai à la fois écrit à Biot et enregistré à Nice avec Medi au BSpot. Donc là, Nice est encore plus présent dans cet album ! Par Medi et par Frankie (Frank Lobielti, co-réalisateur de l’album), qui est un niçois pur jus, j’ai découvert un autre Nice. Déjà un Nice à pied, parce qu’ils n’ont pas de voitures, donc très urbain mais pas du tout la même urbanité que Paris ou même les autres villes de France qui sont très calibrées en général. A Nice, ça fait vraiment plus italien, dans la manière de faire même, c’est une ville qui est vraiment très singulière par rapport aux autres je trouve. Et moi, j’aime ça, la singularité ! (rires)

Des musiciens niçois, ce n’est pas le hasard donc ?

Sur le premier album c’était le hasard, sur le deuxième pas du tout. Medi et Frankie c’était pas du tout le hasard. Je pense que c’était bien d’aller le faire là-bas. C’était bien d’y aller à l’automne en plus, j’adore cette saison là-bas. Il faisait chaud, on était bien. Je prenais le train de Biot pour aller à Nice, c’était magnifique !

Du reste, pour cet album, tu n’as pas vraiment choisi entre Paris et Nice…

Oui, j’ai fait une partie à Paris aussi. En fait l’album est un peu en deux parties. Il y a des interludes pendant l’album. J’avais écris une première chanson qui s’appelle 14 ANS où je raconte l’histoire de la première fois d’un garçon et d’une fille, leur premier rapport sexuel. Puis quand je suis arrivé à Biot pour ma première session d’écriture, j’ai écris un autre texte, même genre, qui s’appelait 35 ANS. Puis un texte qui s’appelle 25 ANS. Je me suis dit que j’avais là un concept : j’ai décidé de faire des chansons qui portent des noms d’âge. Je voulais les habiller musicalement, et je voulais quelqu’un qui soit branché plutôt « feutre », vieux son de qualité, un peu à l’ancienne, par exemple un trompettiste. Et je suis tombé sur ce trompettiste qui s’appelle Guillaume Poncelet qui est un trompettiste-pianiste qui a fait les arrangements de Ben l’Oncle Soul, qui joue avec Jonaz, avec Ayo, qui a fait l’album de Gaël Faye que j’adore. L’enregistrement sur Paris c’était plus avec des cuivres, des batteries, un son plus soul, sixties. Ces tranches de la vie, je les ai appelé des « chansons à voir ».

Des chansons à voir ?

Oui, ces histoires que je raconte, elles sont tellement narratives qu’on n’a pas envie de faire un clip, on a envie de faire un film. Et je trouvais que cette aventure-là, de tenter le coup, de faire 5 films comme ça, dans des conditions de cinéma, avec un vrai scénariste, un vrai réalisateur, un vrai producteur, je trouvais ça sympa dans une vie d’essayer.

Ce second album marque une véritable évolution par rapport au premier. Quelle a été ta démarche ?

J’ai cherché à raconter ce qui me procurait une émotion et que j’avais envie de partager. Sauf que j’avais moins envie de partager à propos de moi. J’aimais bien l’idée de mettre des gens en situation. Je pense que quand tu fais un premier album, c’est souvent une espèce de best of. Moi en plus, je faisais déjà plein de concerts, alors avec mon premier album, le plus simple était de prendre les meilleures chansons des concerts. Mais là c’est pas du tout ça. Je n’ai pas de concerts encore, je partais d’un album : donc je pouvais plus me concentrer sur proposer vraiment une œuvre artistique qui soit cohérente. J’avais envie de ça. Et puis bien sûr, je me suis un peu plus trouvé, j’ai avancé sur tous les plans, j’ai été complètement perturbé, lessivé par des évènements de vie qui sont majeurs dans une vie d’homme, à la fois dans la vie et dans la mort, et je pense que tout ça m’a permis d’être plus dans l’essentiel, y compris dans ma musique et dans ce que je veux communiquer. J’ai beaucoup moins peur d’être moi-même, j’ai beaucoup moins peur d’avoir quelque chose à proposer, j’ai l’impression d’être clair sur ce que je suis dans cet album-là. Alors c’est vrai que dans le premier album, il y avait de l’anglais, du rap, il y avait de la chanson, il y avait quelque chose de l’ordre de « je me cherche encore », « ah, tiens ça c’est pas mal ! »… Là sur cet album, je me suis trouvé.

Et sur l’univers musical, tu es moins rap a priori ?

Je suis vraiment chanteur, je chante des chansons. Il y a des fois où je raconte des histoires, où je préfère les dire, mais sinon je suis chanteur. J’ai toujours pensé que c’était ça mon creuset. Et dans la chanson, je ne me suis pas mis de barrières particulières. Je suis né dans les années 80, j’aime les mots. Si t’aimes les mots et que tu es né dans les années 80 c’est impossible que tu sois passé à côté du rap, qui est de la poésie magnifique, moderne, ultra riche et brute… Donc, forcément je m’en suis inspiré mais j’ai toujours considéré que je faisais de la chanson.

Qu’est-ce qui fait qu’on sort diplômé de l’Ecole de Médecine et qu’on lâche tout ça pour la musique ?

Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir lâché quoi que ce soit. En fait pour moi, la vie d’Homme c’est une vie d’aventure avec un s. J’avais vraiment l’impression qu’il fallait vivre cette aventure de la musique et que je le ferai autant que je le peux et tant que ça marche. Et puis j’ai l’impression, j’espère, que j’en aurai d’autres des aventures de vie. Les enfants, c’est une sacrée aventure…

Stéphane Robinson

Concerts à Nice Les 10 et 11 octobre 2014 au BSpot

(Article paru dans Couleur Nice N° 21, automne 2014)

Extraits de son dernier album, films, dates de concert, interview sur www.benmazue.com

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