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L’OPIAM du peuple…

Ah qu’il est doux à mes oreilles le retour des martinets en ce joli moi de mai. J’avais déjà « pondu » un post sur le sujet l’an passé, plus avant dans l’été : vol libre … Oui, qu’il est doux de les entendre siffler à tue-tête, librement. S’exprimer librement, ce n’est pas vraiment ce qui échoit si facilement aux journalistes de mon époque. Une époque qui se targue de liberté d’expression à qui veut bien l’entendre, ça twit-twit à tour de bras sans frein ni retenue. En est-on bien si sûr ? Attention, il faut rester vigilant en 2014 : museler l’expression journalistique reste une tentation permanente, y compris dans ce gentil pays qu’est la France de Hollande-le-débonnaire.

Ça m’a fait tout drôle justement l’autre jour sur Twitter de voir fondre sur moi, non pas les martinets, mais la police politique non officielle d’un parti qui se veut libérateur.  Une nouvelle fois, Jean-Luc Mélenchon a frappé à l’encontre des journalistes : parce que Le Monde et Libération ne le flattent pas dans le sens du poil, il appelle à « suivre et filmer » les journalistes de ces titres. Ce n’est pas une première pour l’homme qui se pose en grand libérateur. Je me souviens qu’il avait envoyé ses nervis dégager manu militari l’équipe du Petit Journal avec un petit geste de la main méprisant : « allez, jetez ça ». Un vrai châtelain qui envoie ses chiens. Paradoxal pour un sans-culotte. Et de gratifier le Petit Journal du nuancé  « ça va les fachos ? ». Ben voyons… Quand il interpelle François Lenglet sur le mode « Bon, Lenglet, attendez… », celui-ci le reprend tout de même : « Monsieur Lenglet ». L’homme à l’écharpe rouge accro au respect s’amuse de cela, un peu gêné tout de même. Mais, Jean-Luc Mélenchon se montre ainsi de façon transparente et spontanée tel qu’il conçoit la presse : avec lui ou contre lui. C’est un peu en ces termes que j’ai balancé un tweet la semaine dernière : « Année après année, le grand libérateur Mélenchon tombe le masque : il ne conçoit la presse qu’à sa botte ». Cela me permit rapidement de voir apparaître les commentaires d’individus endoctrinés au plus haut point. Je vous passe les détails des discours hallucinants que j’ai vu défiler et qui sentent la naphtaline à plein nez, des individus qui récitent par cœur leur petit Marx, des encartés tout plein de nuances… Le plus grave fut pour moi l’intervention d’un tweeto de l’OPIAM. Qu’est-ce que l’OPIAM, Mesdames et messieurs ? Un bien euphonique et inoffensif acronyme, façon bailleur social, mais qui est en vérité « L’Observatoire de la Propagande et des Inepties Anti-Mélenchon ». Brrr, ça fait froid dans le dos, même si le tenancier de ce blog revendique l’initiative autonome de sa publication. Du zèle à l’état pur ! Vous imaginez quand même si le Méluche avait le pouvoir ? Vu ses dérapages au verbe haut, il y aurait fort à parier qu’un organe de confiscation de la parole de ce type ne tarderait pas à voir le jour. Signature de cet OPIAM du peuple : « blog de surveillance de la diabolisation médiatique de Jean-Luc Mélenchon. » Il n’y a pas pire qu’un acteur professionnel du martyr qui sait manier le verbe. Moi, tout ça, ça me renvoie tout de suite au côté obscur de cette révolution française qu’on veut bien souvent nous présenter comme un grand moment de lumière dans notre histoire de France, l’acte fondateur d’un grand moment de libération. En embuscade, il y avait les Marat, Robespierre et autres joueurs de guillotine. Les têtes vraiment libres sont bien vite tombées. A l’heure où je vous parle, Le Front de Gauche vient tout juste de reconnaitre que Le Monde n’a jamais usurpé d’identité… Paranoïa quand tu nous tiens. La parano alliée à une éloquence du meilleur niveau : il y a là une association qui est toujours inquiétante à mon avis chez un individu qui a des ambitions politiques. L’histoire nous a abondamment montré qu’il faut essayer au maximum de tenir ces gens loin de l’exercice du pouvoir.

Ici, comme vous le savez, personne ne vous dira que tel parti politique est bien, tel autre mauvais. Pas de politique sur ce blog, mais par contre la défense de la liberté contre vents et marées, à commencer par celle des journalistes. Il faut rester vigilant, très vigilant au pays du Canard Enchaîné et autres Hara-Kiri. On pourrait finir par croire que la parole est totalement et définitivement libre. Bien sûr, la presse est globalement tenue par de grands groupes pas spontanément portés sur la défense des acquis sociaux de notre pays. Mais la nuance y est bien plus souvent au rendez-vous que chez le ténébreux tribun Jean-Luc. De toutes façons, il faut que la presse reste libre quelle que soit son obédience, avouée ou non.  Je suis très heureux du succès du nouvel hebdo d’Eric Fottorino, le 1 : 70 000 exemplaires au tout premier numéro, et une bonne vitesse de croisière de 35 000 exemplaires un mois après. Le très optimiste papier de La Tribune « L’info est morte, vive l’info » nous rappelle combien il est important de savoir surtout renouveler l’exercice de l’information, à travers les mots mêmes du culotté fondateur du 1 : « Je le dis souvent, à force de faire des journaux d’actionnaires et d’annonceurs, on ne fait plus de journaux de lecteurs. Or les lecteurs ce qu’ils veulent c’est un contenu. Ma conviction forte sur ce sujet, c’est que le papier en soi n’est pas en crise, en revanche les contenus le sont. Il y a donc une véritable offre à renouveler. » Culotté mais pas fou, donc : « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » disait Albert Einstein.

A l’heure où Poutine souhaite interdire les gros mots en Russie pendant que sur South Park on se gausse toujours des « seven dirty words » de l’hypocritement correct à l’américaine, à l’heure où des milices en Centrafrique n’hésitent pas à assassiner une jeune journaliste française de 26 ans, je voulais juste dire ceci : la liberté de la presse est si sacrée à mes yeux que je veux bien accepter un Minute (sous haute surveillance) dans mon pays.

Attention, chers « libérateurs » bouffeurs de journalistes : nous veillons au grain et nous saurons vous envoyer dans les cordes s’il le faut. Tant qu’il le faudra. Autant de fois qu’il le faudra. Le journalisme aussi a ses accords mineurs qui sauront faire grincer vos dents. Sans noms d’oiseau. La vérité est toujours la plus forte, et son cœur ne cesse jamais de battre, même quand on le croit mort. Nous ne ferons aucun cadeau, et nous utiliserons précisément le verbe en sa créativité pour cela, dans l’esprit d’un certain Martin Luther King: « Vaincre par le Verbe, endurer la brutalité, rêver sans se soumettre, accompagner l’espoir, survivre à la violence obtuse. »

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Crédit photo : campagne Journée Mondiale de la Liberté de la Presse

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