Film Title: THE BOAT THAT ROCKED

Radio Manuf : Goooood morning Nice !

Tout a commencé il y a quelques jours avec un message sur la fenêtre de chat de mon compte Facebook. En plein après-midi, ce message sibyllin : « 15 min de radio manuf un peu folles… en direct live ». Assorti d’un lien. D’un simple clic, je me retrouve soudain en pleine émission de radio : Radio Manuf, donc. L’animateur, entre deux morceaux très « Rock visionnaire et expérimental » (Can, Joy Division…) et surtout très Vinyl, réagit en direct à nos commentaires rédigés depuis cette même fenêtre de chat. « Nous avons 20 auditeurs en ce moment ! ». Magique. Entre deux morceaux, cette question qui me brûle les lèvres : « kézako Radio Manuf ? ». La réponse à l’antenne et sur ma petite lucarne ne se fait pas attendre : « c’est pirate 100% sauvage et sans aucune subvention ni site commercial. C’est du flux, du pur flux ». Je crois rêver…

Cette impression de revivre l’épopée héroïque des radios libres avant même leur autorisation en 1981 par Tonton. Reconnaissance qui, paradoxalement, allait au passage signer l’arrêt de mort de l’esprit libertaire et d’impertinence qui prévalait en ces débuts pionniers, de 1977 à 1981. Car très vite la logique commerciale, orchestrée par le gouvernement de ce même Tonton, allait faire de la bande FM devenue poule-aux-œufs-d’or une « morne plaine » normée, standarisée. Résistent encore aujourd’hui, certes, un tissu régional de petites radios associatives.

Mais là, pas de régie, pas de spots hystériques et infantilisants, même pas de grille de programmation… Juste du one-shot, une programmation à l’instinct. « Bon allez, un dernier morceau, parce qu’après on a prévu quelques brasses en piscine ». La philosophie de Radio Manuf ? Deux professionnels du son qui à partir de l’application NiceCast offrent un programme impromptu dans l’esprit de l’interactivité qui fut aussi celui des premières radios (vraiment) libres. A terme, les deux animateurs envisagent d’ouvrir leur radio à une participation plus élargie. Une dimension collaborative en phase avec l’approche  2.0 qui fait notre époque. Projet qui intéresse votre serviteur au plus haut point, et pas seulement en tant qu’auditeur. Et pourquoi pas des petites interviews comme ça, au débotté, sans crier gare, là dans 20 mn à portée de clic ? Ça pourrait le faire, non ?

En tout cas, si l’historien des médias Thierry Lefebvre (La Bataille des radios libres, Nouveau monde éditions), considère comme évaporée « l’énergie militante de 1981, avec l’enthousiasme pour le média de la radio », il considère qu’internet n’est pas prêt de prendre la relève : « Sur Internet, on peut créer un blog et un site avec peu de moyens, et donc tout expérimenter. Mais les médias de masse veulent d’abord le «clic». Je ne pense pas que la recherche d’un modèle économique sur Internet et l’exploration de nouvelles impertinences soit compatible». Si cela pouvait être vrai ! Parce qu’entre le monopole des Radios d’Etat et celui des Radios commerciales, il ne fait aucun doute que la liberté de ton ne soit jamais la bienvenue. A quelques concessions du Prince près (je pense notamment à France Inter)… Et encore, sous haute surveillance ! Il y a des lignes rouges à ne pas dépasser au pays de l’hyper-président, en mode tout-teigneux ou tout-rond. Pas vrai messieurs Guillon et Porte ?

Bref, moi Radio Manuf, ça me me donne envie d’y croire à nouveau. Attention, ça va être à nous… « Goooooood morning Nice ! Wouaouh ! Actuellement, 47 auditeurs ! »

Crédit photo : film « Good Morning England »
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