Archives mensuelles de avril, 2014

Savoureux, tonique, jouissif… Si c’est pas un excellent post spécial beaux jours, ça ! Loin des envolées lyriques des grands libérateurs, pseudo-révolutionnaire en écharpe rouge ou ersatz de grand maître avec écharpe blanche, il y a là surtout une approche de la libération inscrite au coeur du plus prosaïque quotidien : bref, tout ce qui me plaît ! Et fait le fil rouge de ce blog, comme vous le savez…

Polinacide

Le bonheur de « faire le vide ». Quand certains attendent le grand nettoyage de printemps pour en éprouver toute la joie, c’est au quotidien que nous gagnerions tous à cultiver l’art de la simplicité. Less is more, et pas seulement dans la mode. Comme le serpent qui entame chaque cycle en faisant peau neuve, quoi de plus plaisant que d’accueillir les premiers rayons de soleil en vidant ses placards du superflu ? Une mue symbolique, tant pour l’esprit que pour le toit qui l’accueille : telle une femme qui change radicalement de coupe pour faire le deuil d’une rupture amoureuse. Les larmes en moins.

Accro à la propreté ? N’est pas Cendrillon qui veut, mon goût pour le ménage tient plutôt à ses vertus thérapeutiques qu’au sex-appeal du chiffon microfibre. Les pensées en mode off, le corps en pleine conscience ; trier ses affaires en même temps que ses idées, un « reset » libérateur…

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Au-delà de l’indignation,

ce petit supplément de courage…

Je profite de Pâques pour ce nouveau post annoncé précédemment sur « Dire non », le dernier ouvrage d’Edwy Plenel paru le 6 mars dernier aux Editions Don Quichotte et que je viens de terminer. De fait, fêter Pâques pour les croyants c’est plutôt « dire oui ».  Dire oui à notre propre résurrection : dire oui au « Dieu intime à nous-mêmes qui nous intériorise et nous libère du moi préfabriqué  » (Méditer sur Pâques aujourd’hui sur le blog Tarotpsychologique). Pour ceux qui ne croient ni en Dieu ni en la réalité d’un Moi supérieur ou profond, il s’agit peut-être juste de dire oui à l’un des deux loups du conte amérindien : entre le bon et le méchant, celui qui va gagner c’est celui que l’on nourrit. Mais un temps pour tout sous le soleil, et donc un temps pour dire non…

« Un abîme est devant nous, où nous entraîne une politique sans hauteur qui, depuis mai 2012, n’a cessé de plier devant les obstacles, européens, financiers, institutionnels. Cet étrange renoncement ne sauvera rien, pas même la gauche au pouvoir. » L’introduction du deuxième chapitre de « Dire non » fait violemment écho à la livraison de Marianne de cette semaine qui titre en couverture : « La gauche peut-elle survivre à Hollande ? »

« Dire non » se conçoit comme un manifeste résistant autant que comme un ultime avertissement au pouvoir actuellement en place. Car, au lendemain de l’élection de François Hollande, Edwy Plenel avait déjà, dans son billet du 9 mai 2012, formulé les conditions d’un changement-vraiment-maintenant, dans le sillage d’un dialogue entre les deux hommes, publié six ans auparavant (Devoirs de vérité, Stock, 2006) : « Ne croyez pas que vous aurez un quinquennat devant vous pour effectuer cette restauration républicaine et démocratique. Si vous ne le faites pas maintenant, vous ne le ferez jamais. » Du reste, « Dire Non » dresse un bilan des renoncements du candidat devenu Président : pas de renégociation du Traité européen, pas de « combat » contre la finance, pas de remise en question de la spécificité française de l’hyper-présidence au profit d’une présidence « normale ». La nomination de Valls à l’Intérieur constituant un renoncement particulièrement choquant eu égard à la politique nauséabonde de son prédécesseur vis-à-vis des étrangers. D’ailleurs, Edwy Plenel se fait visionnaire quant au soldat Valls, entretemps devenu chef de gouvernement, au grand dam d’une part importante de l’électorat de gauche (pour rappel, Valls a fait 5,63% aux fameuse primaires socialistes) : «  Quand, un jour ou l’autre, les socialistes s’étonneront des voix qui leur auront manqué, quand ils constateront l’ampleur de l’abstention à gauche, quand ils s’inquiéteront de ne pas avoir été secourus face à la menace de l’extrême droite, ils feront bien de demander des comptes à Manuel Valls. Mais, alors, il sera peut-être trop tard. »

Mais outre l’exhortation au réveil du faux Flanby se révélant hyper-président, le nouveau livre d’Edwy Plenel  rappelle ce que « dire non » suppose de courage et de liberté, et qui intéresse par là plus particulièrement ce blog. Réhabilitant au passage la figure de son père, Alain Plenel, vice-recteur de la Martinique de 1955 à 1960 « cassé » par l’Etat pour une allocution dénonçant la répression disproportionnée des émeutes de 1959 à Fort-de-France, il évoque dans le chapitre « La trace » cette notion de liberté inhérente au courage, à travers Sartre et son approche existentialiste : « La base unique de la vie morale doit être la spontanéité, c’est-à-dire l’immédiat, l’irréfléchi. » (Cahiers pour une morale). Liberté dont peuvent disposer ceux-là même qui ont placé leur vie au service de l’Etat : « Plutôt que de revendiquer de militantes cohérences, Alain Plenel ne cachait pas ce qu’avait eu d’irréfléchi son geste de 1959, cette évidence d’homme libre face à une injustice flagrante dont la proclamation, cependant, transgressait toutes les sujétions administratives, ces servitudes du devoir de réserve que connaissent tous les hauts fonctionnaires. »

Convoquant abondamment Glissant et Césaire, figures inspirées de la décolonisation, il me renvoie ce faisant à cet auteur fétiche de la même mouvance : Patrick Chamoiseau. Dans « L’empreinte à Crusoë », livre qui m’a marqué autant que « Ecrire en pays dominé », ce dernier évoque à sa manière ce courage du seul contre tous : « L’individu a toujours hanté les clans, les hordes, les tribus, les nations, les civilisations. Ce sont les merveilles et les démences de l’individu qui vont créer la nécessité du collectif. Toutes les communautés ont tenu en laisse l’individuation imprévisible et menaçante. Toute extension d’humanité augmente l’équation individuelle. Tous les héros (ou les salauds) sont des individus qui bousculent et fascinent des commnautés (…) ». Citation que j’avais déjà placée en chute du billet fondateur de ce blog (Présentations), tant sa vérité me semble capitale dans le décodage de l’évolution du genre sapiens…

A la manière de Stéphane Hessel et son « Indignez-vous » auquel l’auteur dédie son livre, « Dire Non » est une invitation pressante à la résistance qui ne manquera pas d’attirer les commentaires des cyniques de tous poils, ces faux résistants en mal de spectateurs pour leurs brillantes saillies si utiles. En tant que journaliste, je garde personnellement la plus grande estime pour cet homme qui redore notre métier et conserve un tel optimisme malgré les attaques pitoyables dont il a fait l’objet (menace de redressement TVA sur Mediapart).

Edwy Plénel ne le dit pas dans son livre, mais lui-même « dit non » chaque jour en disant oui à un journalisme (véritablement) indépendant. Il est tout sauf un donneur de leçon mais un homme engagé, un homme d’action dont la douceur et le calme apparents sur les plateaux télé, non seulement tranchent avec le style des aboyeurs professionnels, mais cachent une extrême combattivité et un optimisme a priori à toute épreuve. Un homme d’un grand courage, vertu qu’il faut bien considérer comme la chose la moins bien partagée au monde. S’en référant à Jaurès, il rappelle que le courage se moque par définition des conséquences des actes : « Le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelles récompenses réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains, aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Monsieur Plénel, votre courage est un phare pour toute une profession, un espoir pour les fondamentaux de la démocratie et les valeurs fondatrices de la République. Dans votre relation privilégiée avec notre Prince actuel, il ne sera plus jamais possible à ce dernier de dire un jour : « je ne savais pas, j’étais dépassé,  je n’avais pas conscience ».

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