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Au vent mauvais…

Les lumières s’allument. Générique de fin sur le dernier film d’Hayao Miyazaki : « Le vent se lève ». Un commentaire fuse derrière moi : « c’est le film de la maturité ». Le ton n’est pas à la franche adhésion. Etrangement, c’est exactement la pensée qui m’a traversée durant le visionnage. Cette ultime création avant une retraite bien méritée ne sera pas le couronnement de l’incroyable carrière du maître. A commencer par la reprise des thèmes qui lui sont chers : les machines volantes, le ciel, le vent, une femme malade, un anti-héros… Autant d’éléments autobiographiques que l’on retrouve plus explicitement encore dans un film comme Mon voisin Totoro. Il y a aussi cette lenteur incroyable, ces rares rebondissements. Il y a aussi cette ambivalence entre l’innocente ingéniosité de cet ingénieur et l’effort de guerre auquel il contribue au détriment de ses rêves d’aéroplanes. Comme dans Porco Rosso, j’y retrouve des thèmes qui me sont chers pourtant : l’aviation et les années 30. J’ai rêvé voler et frôlé de si près une carrière de pilote. Mon esprit s’est envolé si haut à la lecture de Vol de Nuit, de Citadelles… Mais la grande aventure de l’Aéropostale est bel et bien terminée. Rideau et générique de fin aussi sur les pilotes romantiques, leur écharpe blanche flottant au vent, leurs magnifiques et fiers biplans… Voler la tête à l’air libre, dans les nuages : ça, c’était avant. J’ai fait un petit Nice-Bruxelles en avion il y a quelques semaines pour un grand reportage évasion. J’avais oublié le trip parano et boîtes de sardines obligés. Comme le dit Houellebecq dans La carte et le territoire, depuis les premiers attentats du début des années 70, le voyage aérien est surtout devenu une « expérience infantilisante et concentrationnaire » que l’on souhaite « voir s’achever au plus vite ».

Certes, les années 30 ça n’a pas été non plus que du bonheur. Comme le fait remarquer fort à propos le Huffigton Post d’aujourd’hui dans son article « D’un 6 février à l’autre », les dernières prestations des manifestants du « Jour de Colère » et même du énième défilé du «Mariage pour tous » ont de très très vilains relents de ce climat qui prévalait en 1934 dans le sillage de la crise. Une crise dure, généralisée, les fafs réunis totalement décomplexés, un gouvernement sans colonne vertébrale, mou comme un flan pour ne citer personne… La remise en question du droit à l’avortement, l’homophobie sans fard des JO de Russie. Et puis, voilà t’y pas que pour couronner le tout le Cavanna décide lui aussi d’aller au cimetière à pied. Tout d’un coup un p’tit coup de mou me prend moi aussi, comme par contagion, qui surprendra après l’épisode précédent très happy. Et puis toute cette pluie qui nous dégouline sur la tronche depuis des semaines… Non, les cieux soudainement m’apparaissent passablement obscurcis tout d’un coup. Le vent de liberté est bel et bien tombé ces dernières semaines, de mauvaises bourrasques semblent nous pousser vers l’arrière… Et la tempête Petra semble étymologiquement laisser de marbre les politiques qui nous montrent désormais ce que signifie une gouvernance « normale » : sans c… Le vent a depuis bien longtemps poussé un candidat de gauche vers une présidence de centre-gauche. Puis de centre tout court, et probablement aujourd’hui de centre-droit. Allez, patience, patience, d’autres alizés se préparent forcément pour nous remettre dans la bonne direction. Mais, attention, le navire n’avance pas tout seul. Il va falloir souquer camarades ! « Le vent se lève, il va falloir tenter de vivre » est le titre complet du dernier film de Miyazaki.  Que puis-je nous souhaiter pour les jours à venir ? Ah oui : bon vent !

Crédit Photo : MEUNIER AURELIEN / SIPA
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