Archives mensuelles de février, 2014

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Dépassé…

Or donc, dans mon dernier post, je m’annonçais « overdeborded », laissant aux mots de la poétesse Andrée Chedid le soin d’expliquer comment ce turbo-temps-réel est en ce moment quasi maître à bord. Rien de grave du reste, si ce n’est un téléscopage de dossiers assez costauds. On a beau se revendiquer blogueur Sans Adjectif, on peut parfois être qualifié de dépassé. Oui, dépassé, totalement dépassé par les évènements. Ce mot qui m’est souvent venu à l’esprit ces derniers temps, m’intéresse plus volontiers dans son autre acception : désuet, caduque, obsolète. Il me semble qu’il s’applique à merveille depuis ces derniers années, ces derniers mois, à tout ce que nous vivons à échelle planétaire. Dépassé : un syndrome qui est inhérent à la vie-même puisqu’elle n’est que transformation. Alors, il y a des périodes comme ça, où ce qui ne devrait plus être cohabite encore avec ce qui est déjà une réalité nouvelle et surtout autre. Un peu comme cet insecte en pleine possession de tous ses nouveaux organes mais toujours empêtré quelque peu dans son ancienne peau. Comme ces adolescents que nous avons tous été, un pied dans l’âge adulte, un autre encore dans l’enfance, entre régression et désir d’émancipation. Un « âge bête » qui ne doit surtout pas être regardé comme un no man’s land existentiel…

Bref, s’il me semble que cette époque est bel et bien dans cet âge « bête », que l’on retrouve donc chez les plus petites bestioles comme chez les grands dadais, c’est par tout ce qui résiste de « dépassé » dans nos sociétés en pleine mue, à défaut d’être réellement en mutation. J’étais récemment aux obsèques d’une personne pour laquelle j’avais la plus grande estime. Un homme trop jeune et trop bon à mon goût pour être rappelé si tôt. Anyway… L’office était assuré par un prêtre Carme que je connais bien pour l’avoir interviewé et que j’apprécie également beaucoup, ne serait-ce que parce qu’il goûte le phrasé et la prose d’un certain Bill Deraime. Bref, un prêtre rock n’ roll tout de même. Et pourtant… Je trouve que voir un père en Dieu, pour peu qu’on y croit (ce qui est mon cas) est totalement dépassé. Je n’arrive pas à comprendre comment des théologiens très pointus ont réussi à vendre pareil non-sens depuis tant de siècles : en toute logique, Dieu ne peut être un père, pas plus qu’une mère. Cela ne résiste pas deux minutes au plus petit examen logique. Dieu est probablement un peu des deux, et certainement beaucoup plus que ça. Dès l’instant où l’on postule Dieu omniscient et omnipotent, on ne saurait le réduire aux limitations ni de nombre ni de genre. Créateur de toute chose, et donc des polarités homme/femme, il ne peut en toute logique être sexué, pas plus que ses anges, et en particulier il est impossible qu’il soit aussi « burné » que nous le montre les tableaux des anciens : gros muscles, barbe abondante, et sourcils froncés ! La raison en revient certainement à ce bon vieux patriarcat qui, chez les chrétiens, mais a priori dans les deux autres religions du Livre aussi, n’alloue à la femme qu’un rôle de servante, muette et docile. La femme n’est grande que dans l’abnégation. On comprend tout l’enjeu de leur combat pour retrouver la place logique que leur accorde plus volontiers par exemple le taoïsme : « Du Tao est né « un », « Un » a engendré « Deux » ((le Yin et le Yang donc), « Deux » a produit « Trois », « Trois » a créé tous les êtres ». Oui, ce postulat du Dieu-Père est dépassé. Voilà pourquoi il ne m’est plus possible aujourd’hui d’anônner un Notre Père, car je considère Dieu comme Celui-qui-n’a-pas-de-nom, ou Tao (pas évident pour l’oraison), Wakatanka… Il faudra bien qu’on en finisse avec ça. Comme avec cette chanson qui nous voudrait faire abreuver nos sillons d’un sang impur, ou ces gens qui voient de la pornographie, voire de la pédophilie, dans un ouvrage comme « Tous à Poils » qui parle du corps avec le plus grand naturel… Oui, dépassé ces cathos ou ces Morano qui voient le « mâle » partout parce que, eux, ont un problème avec le corps. Dépassés la violence et les abus qui furent le corrolaire du refus du mélange des sexes et d’une relation sainement dédramatisée au corps et à la sexualité.

Il y aurait matière à écrire un livre entier probablement sur tous ces dépassés qui, actuellement, encombrent l’élan partout identifié vers un monde nouveau… Mais au fond, le plus important dans tout ça, c’est surtout de sortir du participe passé pour entrer dans  » l’infinitif à valeur impérative » : dépasser. Là aussi, les exemples ne manquent pas en ce moment qui invitent à l’optimisme. Et pas seulement le petit centimètre ravit par le perchiste Renaud Lavillenie à Monsieur Bubka. J’ai assisté récemment à Nice à un meeting politique dans le cadre des prochaines municipales. J’ai eu davantage la sensation d’un grand show au storytelling ultra-léché. Ça aussi les amis, c’est dépassé, désolé de vous le dire. Avant-hier soir, je suis heureux d’avoir entendu dans la bouche de Ioulia Timochenko, peut-être la prochaine présidente d’Ukraine, que la « politique est surtout un grand jeu théâtral ». Dépassé les sourires colgates, les postures Delahousse et les quotas artificiels des listes d’ouverture. Nous avons besoin de sincérité et d’actes !

Oui, il devient impérieux de dépasser le passé. D’en finir avec l’acné une bonne fois pour toute. Dépasser le Nek nomination avec le Smart nomination ? Bravo les amis, super réponse ! Dépasser l’info-à-papa avec les News Game ? Mais oui puisque que c’est aussi le langage qui fait entrer les jeunes dans leur monde ! Dépasser les pubs hystéro-infantilisantes avec des messages utiles, même si personne n’est dupe des intentions market ? C’est là notre responsabilité de communicants. Oui du Walt Whitman pour un nouveau produit Apple, je préfére largement à ce que cela infuse dans les foyers plutôt que le discours archi-collé au produit d’un Microsoft (je peux faire ci, je peux faire na, télécharger ceci, écouter cela…). Oui du Whitman, carrément, à qui je laisse donc le mot de la fin pour nous encourager à dépasser les anciennes valeurs et leurs pesanteurs, le vieux monde et ses us obsolètes, avec ce qui nous appartient précisément de plus personnel et par là de plus innovant : « Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. Quelle sera ta rime ? »…

Franz-Ignaz-Gunther-Chronos-2-

Le Maître-Temps

Le Maître-Temps

Nous expulse

Hors du temps

Délave nos passions

Evide nos mémoires

Amenuise l’horizon

Abolit nos ailleurs

 

Avide de temps

Le Maître-Temps

Dévore nos corps et nos contrées

 

Plus mobile que le vent

Il nous mène

Sans relâche

Vers l’aube singulière

Qui traverse les regards

Sans plus les éveiller

Andrée Chedid

(TANT DE CORPS ET TANT D’AME)

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