Archives mensuelles de janvier, 2014

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Happiness is the truth…

Juste rebondir ce soir sur un récent post de la blogueuse Polinacide, « L’effet Lucifer, des bourreaux ordinaires », qui se termine par ce mot qui résume à lui seul toute la question : « énigme ». Oui, il n’y a pas d’autres énigme je crois que celle-là : celle de ce mal absolu qui fait de l’homme un bourreau, un tortionnaire, un animal doté de cette pulsion gratuite de destruction sadique. De ce plaisir, parfois détaché, à la souffrance de l’autre. Il n’y a qu’une seule vraie énigme dans ce système solaire, probablement dans cet univers, et c’est celui-là : l’Holocauste, la Saint-Barthélémy, l’Inquisition, Woundeed Knee… Il n’y a qu’un unique mystère qui est celui de ce kapô nazi démembrant à coup de barre de fer le prisonnier d’un camp de concentration, ivre de sa propre haine, écumant de sa propre rage (L’origine de la violence, Frédéric Humbert). Celui de ce père qui a violé cette femme que je connais bien, depuis ses 6 ans jusqu’à ses 14 hivers. Celui de ces petits cons du Quartier des Mineurs de la Maison d’Arrêt où j’interviens qui, durant une promenade, sont tombés à quatre sur un jeune détenu pour lui casser la gueule, au sens premier du terme : lui balancer des coups de pieds dans la tête une fois à terre. L’anti-matière, l’unification des forces, les nombres premiers, le triangle des Bermudes, le cimetière des éléphants, ce qui s’est produit à l’instant zéro, les dinosaures ont-ils été vaincus par un astéroïde, qui a cassé le vase de Soissons, Socrate a-t-il bu la cigüe… Aucune de ces énigmes n’a de quoi vous pétrifier dans votre humanité in progress. Alors qu’une seule femme lapidée avec la bénédiction du Prince ou l’enfant martyrisé jusqu’à la mort a de quoi stopper net toutes les machines intérieures. Après l’horreur d’un Little Boy, quelque chose en nous peut-il encore avoir envie de déjeuner sur l’herbe, faire l’amour, avoir des enfants, rire à gorge déployée? J’ai écrit il y a quelque temps de cela un poème sur cet état d’immobilité :  Saurien.

Mais voilà. A bien réfléchir, il semblerait qu’il y ait encore un mystère supérieur à ce mal absolu. Car malgré ces millénaires de génocides, de boucheries, de tueries, de lynchages, de tortures, d’abominations collectives ou solitaires, il semblerait que rien ne saurait jamais arrêter ce qui n’est plus cette fois une pulsion mais une propension plus forte que tous les cataclysmes moraux : la joie.

Oui, depuis un mois environ, au cœur du déluge azuréen et de la sinistrose nationale, je remercie le talentueux Pharrel Williams de m’installer via son nouveau tube Happy au cœur de ce mystère pour lequel je ne demande aucune explication : la joie débordante jusqu’au plus profond des cellules. Une bombe de joie à l’état pur que je n’attendais pas de sitôt, qui déboule sans crier gare. Oui, qui se soucie bien de trouver explication à cette lumière plus forte que tous les ténèbres ?

It might seem crazy what I’m about to say

Sunshine she’s here, you can take break

I’m a hot air ballon that could go to space

With the air, like I don’t care baby by the way

Because I’m happy

 (Bon là, j’vous laisse là, car il est techniquement impossible d’écouter ce futur tube planétaire assis)

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M9978H

Puisque tout est publicité…

…à mon tour j’ai décidé, de faire ma propre publicité, m’essayer c’est m’adopter ! Oui, j’ai à nouveau cette chanson de Dutronc dans la tête en pensant à ce post que je souhaitais vous proposer depuis déjà quelques semaines à partir d’une couverture d’un hors-série du Nouvel Obs de décembre dernier qui m’avait particulièrement scotché. Entre-temps, du boulot à foison et une méchante grippe qui ne me lâche pas depuis une semaine. Bonne santé qu’y disaient ! De toutes façons, les habitués de ce blog savent bien que je ne suis pas le blogueur le plus productif à l’est du Var. Bref, faire sa propre publicité donc…

Serais-je vraiment le seul à avoir été choqué par cette couverture d’un hors-série qui titrait « Les grands penseurs d’aujourd’hui » suivi d’un début de liste : « Edgar Morin, Michel Onfray, Michel Serres, Françoise Héritier, Paul Ricoeur, Daniel Cohen, Emmanuel Lévinas, Cédric Villani, Pierre Rosanvallon, Marcel Gauchet, Jean Baudrillard, Naomie Klein, John Kenneth Galbraith et… et… Jean Daniel  » ? Jean Daniel ? Le Président fondateur du Nouvel Obs et toujours membre du Comité éditorial ? Enorme… La décomplexitude à l’état pur.

En tant que journaliste, j’ai bien évidemment un immense respect pour cette plume engagée et talentueuse dont le parcours journalistique me laisse rêveur. J’ai tout autant de respect pour l’humaniste sincère qui vient d’être honoré fin 2013 du Prix Averroès, lequel promeut « un nouvel humanisme en Méditerranée ».  Mais quand même, je sais qu’aujourd’hui la tendance est de dire « génial », « hallucinant », « mortel » pour les faits les plus anodins, est-ce qu’on a conscience de ce qu’on avance quand on formule « grand penseur » et qu’on est par ailleurs un journal volontiers positionné « intellectuel » (plus de gauche, ça c’est sûr) ? Je ne me souviens pas avoir étudié Jean Daniel au lycée pas plus qu’en fac de philo. Ni mon premier fils qui a fait une licence d’anthropo pas plus que le second qui a passé un bac littéraire il y a deux ans. Aucun de nous n’a eu la chance de se frotter aux apports conceptuels inédits de ce grand penseur autoproclamé…

A cet illustre penseur reconnu par tous ces médias indépendants qui ont forgé les légendes BHL, Onfray et autres Finkielkraut, je souhaiterais juste ici dédicacer cet extrait d’un entretien de Michel Tournier avec le journaliste Michel Martin-Roland paru en 2011 intitulé Je m’avance masqué. Oui, j’ai quand même réussi à trouver du temps pour le lire durant les dernières vacances de Noël… Michel Tournier est un auteur que j’affectionne particulièrement. Pour le style d’écriture d’abord. Qu’il s’agisse du « Roi des Aulnes » ou de « Vendredi ou les limbes du Pacifique », un auteur dense et imperceptiblement subversif que je tiens pour modèle. Pour l’homme ensuite, tant je me reconnais volontiers dans son côté solitaire et lent. Une lenteur assumée d’ailleurs pour cet écrivain estampillé « tardif » qui explique qu’il lui fallait entre 4 et 5 ans pour tomber un roman présentable. Un homme extrêmement cultivé qui, comme Jean Daniel et votre serviteur est passé par la case philo, sans suite. Un homme doté d’une double culture, française et allemande, pour lequel un certain François Mitterand faisait le déplacement en hélicoptère jusqu’en son presbytère de Choisel. Ancien septième couvert de l’académie Goncourt faut-il le rappeler. Et voilà comment ce « grand écrivain », reconnu comme tel par ses pairs et les millions d’exemplaires vendus, parle de lui au tout début de ces entretiens que je vous recommande si vous ne les avez pas encore lus :

MICHEL TOURNIER : Pour commencer, je vais vous lire un petit texte de moi sur moi. Vous êtes la seule personne à qui j’impose une pareille épreuve, mais vous êtes venu ici pour cela, alors tant pis pour vous…
« Propos amers sur mon image, ou l’anti-Narcisse.
« Mon Dieu, pourquoi faut-il avoir un visage, un corps, une silhouette ?
«  Je rêve d’être l’homme invisible, capable de se glisser partout, de tout subir, de tout entendre, de tout noter en passant lui-même inaperçu.
« Les écrivains que j’admire, franchement, je n’ai jamais eu la curiosité de savoir la tête qu’ils avaient. C’est que je me fais de l’histoire des lettres une idée assez radicale qui accorde peu de place finalement aux écrivains eux-mêmes. Je crois que les œuvres s’engendrent les unes les autres au cours des siècles par génération spontanée. Illusions perdues a donné naissance aux Misérables, qui ont engendré eux-mêmes Crime et châtiment, etc.
« Balzac, Hugo, Dostoïevski… Qu’est-ce que vous en faites, me direz-vous ? Pas grand chose. Ils sont, selon moi, des déchets que leurs œuvres ont laissé tombé sous elles en se faisant. Des excréments pour parler net. Bien sûr, on peut s’intéresser à eux. Ecrire leur vie, raconter leurs amours. Scruter leurs visages. Cela s’appelle de la coprologie.
« Je m’y suis livré moi-même dans la forêt gabonaise. J’étais avec une équipe de zoologistes ; nous faisions des recherches sur les régimes alimentaires des divers animaux de la forêt. Nous récoltions des crottes de phacochère, de gazelle, de gorille, puis nous les analysions dans un laboratoire de fortune. Il n’ya pas de sot métier. »

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