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La Coulée verte était un Musée vert…

Dommage c’était bien parti… J’avais noté bien avant l’ouverture de la Promenade du Paillon à Nice que la tendance en matière d’aménagement paysager était de laisser la Nature s’exprimer plus librement. Une réflexion qui fit l’objet il y a un an d’un post intitulé Herbes Folles. Et puis voilà, la coulée verte rebaptisée entre-temps Promenade du Paillon a ouvert ses grilles il y a 2 semaines, le samedi 26 octobre. Autour de moi, dans les cafés et sur les réseaux, tout le monde de se réjouir de ce « magnifique », « superbe », « génial » nouveau parc. Sur Facebook, une de mes connaissances notait : « celui qui n’aime pas la Promenade du Paillon, je lui coupe la tête ». Cet homme que j’apprécie pour son engagement auprès des jeunes, et qui n’est ni violent ni intégriste, voulait exprimer avec humour (hum !) une certitude : on ne peut pas ne pas aimer la Promenade du Paillon. Je suis venu plus d’une fois, observant, recherchant, analysant. Traquant mon propre ressenti premier négatif pour tenter d’admettre que bon, il ne fallait pas exagérer, ce parc était bel et bien un « jardin extraordinaire ». Désolé de ne pas m’associer à la liesse générale donc. J’aurais tant aimé le faire ! Désolé, mais je trouve cette Promenade du Paillon fort décevante. Oui, comme les jets d’eau qui sont censés créer l’animation, j’ai envie de dire pschiiit ! Lot a do about nothing chers touristes…

Et pourtant, comme disait notre Coluche national, ils ont fait des études ! Mais bon, sur un chantier si important, si emblématique de toute une ville, un architecte, qu’il conçoive une bâtisse ou un parc, a besoin de laisser sa trace. Table rase du passé donc. Et puis, le cahier des charges de la ville a visiblement demandé à ce qu’on évite le squattage des espaces, la circulation de tout ce qui roule avec des roulettes… A l’arrivée, nous avons un joli musée vert avec tout plein d’essences fort intéressantes, un charmant parc pour déambulation bourgeoise only. Argumentation.

Table rase donc pour nos concepteurs. Exit l’arène conviviale, les pergolas accueillantes, les bassins rassérénants, les espaces de circulation généreux, les dénivelés poétiques. Apparemment, on ne voulait effectivement voir qu’une seule tête. Tout est sur le même plan, tiré au cordeau. Une conception tout en lignes épurées, l’œil ne s’arrêtant sur rien sinon les quelques arbres qui ont été complantés sur la pelouse. Côté Place Masséna, le miroir d’eau et ses jets occupe une place tellement disproportionnée par rapport à l’espace de circulation qu’on y est très vite en file indienne. Très chaleureux vraiment d’aller arpenter cet endroit mouillé conçu pour ne pas s’y éterniser. D’ailleurs, c’est là le fil du rouge du parc : circulez s’il vous plaît ! Les bancs ont été conçus selon un inconfort tel que l’on n’a pas trop envie de s’y attarder et encore moins de s’allonger. Le dispositif anti-SDF devrait bien fonctionner, je crois. De toutes façons, il n’y a pas beaucoup de bancs si l’on considère qu’il est interdit de s’asseoir sur la pelouse. Cette absence de convivialité qui faisait le charme du précédent parc ne dérange personne ? Bizarre. Nous sommes apparemment dans une époque qui a aussi perdu ce sens-là. L’on ne chante plus, l’on ne se rencontre plus : on vend au peuple de l’aménagement bling-bling, suffisant, froid, hautain… et l’on prend effectivement tout cela pour une plus-value esthétique évidente. Il en va peut-être ainsi de ce rapport au beau comme du rapport à l’urgence écologique. Je veux parler du syndrome de la grenouille ébouillantée : depuis des années, l’on fait progressivement et insensiblement monter la température de l’eau dans laquelle nous sommes plongés. Nous mourrons cernés par des montagnes de déchets, debout dans dans nos jardins prétentieux sans même nous en rendre compte. Mais il y a pire encore : à cette bien pauvre idée de l’art de vivre ensemble s’ajoute la répression à chaque buisson.

A l’entrée du parc, une foultitude de pictos d’interdits. Le ton est donné. Interdit de s’allonger sur la pelouse, d’écouter de la musique, de se promener en rollers, en skateboard… L’autre jour, des jeunes étaient assis sur un banc. Des « blancs propres », à la mèche blonde flottant au vent. Ni maghrébin, ni noir, et encore moins Roms. De « gentils lycéens » d’un des lycées les mieux classés en France (Lycée Masséna) venus faire une pause dans le jardin de « leur » ville. Le groupe étant assez important, certains s’étaient assis par terre. Autour du banc et non sur la pelouse. Immédiatement, la « maréchaussée » est venue les faire relever. Et oui, Mesdames et Messieurs, l’ambiance de la Promenade du Paillon c’est Garde-à-Vous, ça je ne l’invente pas. Quand je pense que certains journalistes de Nice Matin s’étaient chauffés en évoquant un Center Park niçois. Mort de rire ! Les New-Yorkais pique-niquent dans leur parc, de même que les annéciens au Pâquier (ville de droite pourtant), ou bien les parisiens au Champs de Mars.

On ne peut qu’aimer La Promenade du Paillon ? Oui si l’on considère qu’elle a permis d’abattre le mur de la honte qui coupait la ville de Nice en deux. Oui, si l’on considère que du vert pris sur du béton c’est quand même toujours une bonne nouvelle. Mais non, désolé, cher coupeur de tête, si l’on considère que l’on a clairement régressé en matière de convivialité et de liberté. Comme beaucoup de niçois par contre avec lesquels je suis tombé d’accord, j’ai envie de dire aussi : près de 34 millions d’euro pour ça !

La Promenade du Paillon est un parc bourgeois figé et pétri d’interdits, c’est tout ce qu’il y a à en dire. Un jardin sans âme, indépendamment du fait que les végétaux qui y sont plantés demandent encore à s’y exprimer. Un jardin-ghetto sous la haute surveillance de flics et de caméras.

Pauvre grenouille bardée d’outils 2.0, tu as oublié comment on vivait en d’autres temps moins show-off. Ton insensibilité à cela aussi me confond.

Pauvre fou avec tes herbes folles, tu as oublié que tu vis dans la ville la plus conservatrice de France. Heureusement, j’ai plus de 25 ans, je suis blanc et j’ai un travail…

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