Archives mensuelles de septembre, 2013

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Kaporal, au rapport !

Bonjour, je suis niçois, je suis blogueur, et je ne parlerai pas du bijoutier braqué qui a tué son agresseur. Voilà, ça s’est fait.

Sinon, sur un sujet connexe, j’avais juste envie de vous parler aujourd’hui insertion et publicité. Pas d’une « insertion pub » comme le conçoit mon commercial de la régie de Nice Matin. Non d’insertion ET de publicité. Tout ça un peu dans le prolongement de mon profil hybride de créatif publicitaire et formateur en Maison d’Arrêt. De quelle campagne s’agit-il ? Celle de la marque de fringue Kaporal, avec ses deux égéries « décalées » que sont Emma de Caunes et… Joey Star ? Oui, Mesdames et Messieurs, vous avez bien entendu : the Bad Boy du rap français ! Longtemps adepte du Rap Hardcore mais aussi du Rap Conscient, cet homme a toute mon estime pour son côté entier. Un écorché vif attachant qui est certainement comme beaucoup d’écorchés vifs… un homme blessé. Un gaillard dont la rudesse est fort probablement inversement proportionnelle à la sensibilité. Et qui, si par un hasard extraordinaire, venait à poser ses yeux sur cet obscur blog d’un rédac de province, en gratifierais l’auteur d’un sonore et franc : « Je t’emmerde  ! » Je l’ai déjà vu pratiquer ce genre de bisou sur les plateaux de télévision qui le courtisent depuis déjà un bon moment.

Et bien justement, parlons de ses efforts pour communiquer, discuter, se montrer sous un jour moins abrupt. Se sociabiliser. Oui, il semble que cet homme au profil antisocial-je-perds-mon-sang-froid, qui défrayait volontiers la chronique de ses frasques en tous genres, s’assagisse quelque peu. J’aurais envie de dire : s’apaise. Et c’est tout le mal qu’on puisse souhaiter aux hommes tourmentés. Ça ne s’invente pas, c’est avec Polisse qu’il nous a été donné à voir un Joey Star émouvant. Et voilà que c’est avec Kaporal que Joey Starr accepte définitivement de jouer le jeu du « système ». Pas question pour moi de cracher sur la pub. Je ne suis pas un concepteur-rédacteur aussi star, aussi bien rémunéré, que Frédéric Beigbeder pour me le permettre. La pub aussi me fait vivre. Et la vie des marques ne me dérange pas dès l’instant où elles ne sont pas des motifs de ségrégation dans les cours d’école. Bref, Joey Star a été choisi « pour son caractère dissident et repenti ». Cela fait par contre doucement rigoler l’habitué des « reco strat » et autres plannings stratégiques. Oui, heureusement que la campagne relaye bien le caractère avec un grand C du gaillard. La promesse « Take me as I am », un poil éculée depuis le « Venez comme vous êtes » de MacDo ne me convainc que moyennement. Et puis philosophiquement, il semble que la tendance soit à l’absence d’effort à l’égard d’autrui. Attention, c’est moi qui arrive : je vous préviens, on me prends comme je suis. Et on s’étonne de la muflerie ambiante érigée en art de vivre…

Mais bon, reste l’animal dans son jus, ce regard, ce parcours… Pour la marque, on ne pouvait rêver meilleur ambassadeur pour embarquer les rebelles de la grande famille du rap en mal de « dress code ». Oui, notre Joey Star a gagné en sérénité. Je dirais même qu’en signant chez Kaporal, il est définitivement rentré dans le rang… Repos.

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Quand je laisse mon esprit s’évader…

Il pleut sur Nice… Ma fenêtre ouverte fait face au jardin luxuriant de l’immeuble d’en face. Sensation oubliée d’un air frais venant caresser la peau. Juste ce qu’il faut de fraîcheur pour cette ondée aux allures de pluie tropicale. L’esprit entre automatiquement en lui-même, contemplatif, sans venir se poser vraiment sur tel ou tel sujet. Pas mal d’idées de post ces derniers jours, mais cette ambiance apaisante que colorent avec retenue les odeurs de végétal et l’écho lointain de l’orage, n’est pas invitation à dérouler les mots. De quoi qu’on cause déjà ici ? Ah, oui : de liberté. Des images et des idées viennent affleurer sans vouloir véritablement imprimer une  thématique claire.

Le visage de M. d’abord, poupon et un brin malicieux. M. a 15 ans et occupe une cellule de la Maison d’Arrêt X pour avoir été mêlé cet été à l’agression très médiatisée de la Plage des Catalans à Marseille. Un sale gosse qui méritait d’abord un bon coup de pied au c… par son père. Mais un gosse, donc. Qui dans notre atelier « second oeuvre » joue le jeu, réalise son implantation électrique en s’y reprenant de lui-même à deux fois, soucieux de perfection. M. veut être pompier mais n’hésite pas à frapper un policier avec une vingtaine d’autres jeunes déchaînés. Allez comprendre. Ok, c’est  bien, tu as fait du bon boulot, on peut appeler les surveillants. Tu signes ici. Déjà deux jeunes en trop ici eu égard à la place disponible. Heureusement, loin des fantasmes de la prison, il y a ici des femmes et des hommes très « Ligne verte », des surveillants et des gradés bienveillants : beaucoup d’humanité sous la nécessaire fermeté.  Pour notre atelier Pâtisserie, nous avons obtenu la permission qu’ils ramènent en cellule leur production du jour. Ça se passe comme ça au Quartier des Mineurs…

Du coup, un autre visage me vient en tête, celui de cette femme au charisme et à l’éloquence exceptionnelle. Une personnalité politique hors du commun auprès de laquelle le premier magistrat de cette ville m’a semblé bien  terne dans leur récent face-à-face. Une femme courageuse et visionnaire, respectée et décriée en même temps, qui entend bien faire évoluer le concept d’enfermement après avoir libéré celui de mariage. Est-il normal d’aller en prison pour une pension alimentaire non payée ou une conduite sans permis ? Est-il normal de laisser exploser les taux d’occupation qui encouragent la déshumanisation des conditions de détention ? De  la fenêtre de notre petit atelier « Second Oeuvre », j’observe la promenade des majeurs. Très impressionnant. L’on ressent bien les codes invisibles qu’il faut y respecter si l’on souhaite survivre. L’instinct de conservation passe ici par la connaissance et le respect de ces codes, de ces hiérarchies tacites. Mais que vient faire dans ce lieu dangereux le gaillard condamné pour outrage à agent ou simple détention de « shit » ? Moi, je remercie cette femme venue d’une terre dont les bagnes accueillirent aussi les insurgés rescapés de la Commune, pour cette simple phrase qui porte la promesse de la fin d’un abus de pouvoir : « Nous allons détruire, pulvériser les méthodes qui consistent à prétendre que le bon sens veut qu’il faut enfermer, enfermer et enfermer sans cesse, alors que cet enfermement sans cesse crée du danger pour la société. » C’était à Marseille cet été. Dans cette ville à feu et à sang où il serait temps de mettre la pression (les moyens !), et d’enfermer, oui d’enfermer, mafieux sans état d’âme et autres caïds maniant la kalach. Mais les guéguerres entre politiques locaux restent un puissant frein.

Un peu de lumière se met à poindre, là-bas, au-dessus du Mont Boron, entre deux nuages. La pluie a cessé, l’air se réchauffe. L’asphalte de la rue qui me fait face sera sec avant midi. J’ai trouvé mon thème du jour, tout va bien. Le texte d’un rapeur me vient en tête face à ce « truc qui cloche » dans le manque de discernement de notre belle justice :

Plus de truc qui cloche comme votre justice juste ignoble,

Dans l’industrie, j’suis furtif trop d’trucs qui clochent

De stupides gosses, leur musique du pur cinoche

Moi, je jubile loin de ces trucs qui clochent

Trop d’trucs qui clochent frère.

Cher Jazzy Bazz, je comprends votre colère, comme celle de nombreux jeunes des cités qui sont aussi des gosses aux gencives irritées. Car les pères ont mangé des raisins trop verts. Moi, perso, je ne jubile pas spécialement « loin de ces trucs qui clochent ». Je travaille à ma modeste manière sur le terrain, car il y aura toujours un grand chef qui se lèvera pour qu’un projet dit utopique s’incarne enfin. Il y aura toujours un « animal politique » dont le mobile, les valeurs,  se situent précisément au-dessus de la politique.

L’abolition de la peine de mort (que souhaita réhabiliter en 1991 notre député-maire cité plus haut), c’était tout juste hier. Pour cette prochaine avancée hors du tout-carcéral, Mme la Ministre, vous avez toute mon approbation sans probation…

 Crédit photo : Frédérik Florin (AFP/Archives)
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