Archives mensuelles de août, 2013

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Un joyeux mon-anniversaire !

Et voilà, avant-hier 29 août 2013 ce blog soufflait sa première bougie ! Le 29 août 2012, son tout premier post se lançait dans les présentations. Pour l’occasion, un post tout simple, juste de quoi formuler quelques remerciements. Façon Dubosc, « à toi lecteur » d’abord, sans lequel ce blog ne serait qu’un soliloque stérile. Oui, merci cher lecteur pour ta fidélité, tes commentaires, tes suggestions… « Etre, c’est être perçu » disait un certain Berkeley… Vous n’imaginez pas l’extraordinaire utilité de vos retours. Pour le bonhomme comme pour sa plume. Et puis, je voudrais aussi remercier tous ces « grands hommes » et « grandes femmes » du passé (et du présent !) qui, de leurs pensées, de leurs mots, de leurs voies, constituent un solide étayage à cette modeste publication. Ceux du passé, notamment.

Nous avons parfois l’impression que les limites propres à leur époque permettent de relativiser leurs apports. Si nous avons cette impression (cette illusion ?) de voir plus loin c’est surtout parce que nous sommes juchés sur leurs épaules, cela de génération en génération. Pyramide humaine qui offre aux derniers descendants le meilleur panorama sur leur propre destinée. Oui, chaque génération de « grand contributeur » élargit un peu plus à chaque fois notre point de vue. Et pas seulement l’élite, au passage, mais ces ancêtres dont les errements autant que la sagesse profitent aux derniers de la file. Raison pour laquelle, je leur voue régulièrement mes pensées reconnaissantes, à la figure familiale référente comme au banni pour ces actes ignobles. Mon long séjour à Madagascar n’est certes pas étranger à cette relation privilégiée avec mes ancêtres.

Le cadeau d’anniversaire que je souhaiterais nous offrir aujourd’hui est dans cet esprit : un court texte sur la nécessité de côtoyer ces porteurs inspirés, ces passeurs faudrait-il dire, dont les oeuvres nous rendent meilleurs  à travers l’Histoire. Pour ce premier anniversaire de Sans Adjectif, un adjectif s’impose donc malgré tout  : éclairé.

Qu’un individu isolé se fie à ses instincts et s’y tienne, le monde entier finira par se ranger à ses côtés. Patience, patience. Avec pour compagnie les ombres de tous les grands et bons esprits ; pour consolation, la perspective d’une vie infinie ; pour tâche l’étude des principes premiers. (Emerson)

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Se souvenir des claires choses.

Cet après-midi d’été, en empruntant seul ce petit chemin de la Creuse profonde, j’avais rendez-vous avec une charmante clairière. Un arbre de ma connaissance m’y attendait. Il fait très beau en ce mois d’août déjà bien entamé. Passé les prés où paissent de solides charolaises, la forêt se referme à nouveau. Le chemin s’avance vers ce que ma mémoire a retenu comme étant une clairière. Mais ce n’est pas une clairière… Mon rendez-vous en plein haut pays marchois est en fait un sous-bois dégagé au milieu duquel s’élève un magnifique orme. Un individu dont la forte personnalité lui vaut le respect de ses congénères autant que celle des forestiers. Les premiers n’ont visiblement pas hésité à dévier la croissance de leur tronc, et ne donnent que de courtes branches dépourvues de feuilles sur leur face orientée vers le vénérable. Les seconds ont accompagné une si majestueuse et généreuse propension à étendre branches et rameaux d’un entretien assurant place libre autour de l’arbre charismatique.

Ce n’est pas une clairière, donc, laquelle se définit comme « un endroit d’une forêt dégarni d’arbres. » Pourquoi ce mot s’est-il imposé alors que j’en connais la définition ? En tailleur sur un  rocher, face à mon arbre, je me laisse gagner par l’extraordinaire paix que dégage ce lieu. Sous le couvert, une lumière d’une grande douceur perce les frondaisons. Dans un air immobile, reflets de verts tendres, subtiles effluves d’humus, murmures d’insectes affairés… De cela je me souviens car, pour ces retrouvailles estivales, le décor est en tout point identique à la précédente rencontre. Et si mon esprit a conservé « clairière » en mémoire ce n’est que par un évident jeu d’association : assis au milieu de cet espace à la fois dégagé et voûté de feuillages, les yeux ouverts, mon esprit semble gagné d’une pénétrante clarté. Oui, il règne dans ce lieu précis, à ce moment précis, une sérénité si puissante qu’elle offre à l’esprit du visiteur, sans mantra ni posture, sans mudra ni technique, un accès direct et spontané à une conscience claire et légère. Comme par magie, l’esprit se calque immédiatement sur l’ambiance de ce sous-bois baigné d’une lumière d’or que filtrent feuillus et résineux. Présence absolue d’un esprit devenu pure attention, à la fois alerte et comme vidé de toute pensée. De cette vacuité impromptue où je reste un long moment une pensée finit toutefois par faire surface : je dois me souvenir de ce moment et de ce lieu comme d’une métaphore de ce que doit être un coeur en paix. Au milieu des épreuves et chocs de la vie, je dois conserver en mémoire cette image d’un coeur se concevant comme une « claire clairière » au moment le plus chaud de la journée. Un coeur ouvert sous le couvert. Je dois être capable de visualiser mon coeur comme cet espace bienveillant, accueillant, rassérénant. Il me faudrait pouvoir à tout moment, en toute situation, retrouver cette même fraîcheur d’esprit, cette même disponibilité, cette même légèreté, cette même présence. Cette même clairvoyance. Dans cette clairière qui n’est pas une clairière, c’est pourquoi je l’appelle une clairière (Soûtra du Diamant). Auprès de mon arbre, j’eus le clair désir d’un coeur en paix. Auprès de mon arbre, cela me rendit plus qu’heureux : plein.

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