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Le Festival du Cloître : pas si classique.

Décidément Sans Adjectif n’en fait qu’à sa tête. Il annonce qu’il baisse le rideau pour un mois, et le voilà qui gratifie ses lecteurs d’un ultime ultime post. Intenable. Oui mais voilà, avant de partir en vacances, j’ai été invité hier soir à un concert du Festival du Cloître qui m’a particulièrement touché. Quelques heures auparavant, j’avais interviewé Hubert Tassy, le président, et très actif promoteur, de l’Académie Internationale d’Eté de Nice, face cachée du Festival du Cloître. Créé en 1957, en même temps que l’Académie, ce dernier est assurément l’un des plus anciens festivals azuréens avec la Fête du citron de Menton. Suspendu entre 1987 et 1991, il a été réactivé sous l’impulsion de feu Jacques Taddéi. Pour Hubert Tassy, le challenge est aujourd’hui de décloisonner les genres dans un univers « classique » offrant quelque résistance au changement.

Hier soir était justement programmée une journée japonaise intitulée : Souffle. S’y sont mêlés ceux de la flûte traditionnelle japonaise Shakuhachi, de la flûte traversière et de la voix. Avec comme interprètes respectifs : Maître Kaoru Kakizakai, Philippe Bernold et la mezzo soprano Marie Kobayashi. Trio de souffles que complétait la pianiste Ariane Jacob. Si j’ai été touché par cette prestation, c’est d’abord parce que la pratique du  Shakuhachi est intimement liée au bouddhisme zen, support de méditation notamment pour les moines itinérants. Esprit du zen qui, comme l’ont bien compris certains de mes lecteurs fidèles, ne me laisse pas insensible, en pratiquant de zazen notamment.

Mais ce n’est pas la seule raison. Pour ce concert à ciel ouvert, à l’intérieur d’un site religieux, le Cloître du Monastère de Cimiez qui n’est ouvert que pour cette occasion, et qui n’est pas seulement remarquable pour son acoustique, toujours actif (6 moines franciscains l’occupent encore), il y a eu la magie de la rencontre entre cet occident et cet orient qui, s’ils ne parlent pas tout à fait la même langue, ont toujours beaucoup à se dire… pour le meilleur. Entre « pièces traditionnelles du Japon ancestral et univers moderne de Messiaen », l’émotion était à son comble en ce qui me concerne avec le moment de partage inspiré entre flûte japonaise, flûte traversière et piano. Au-dessus de nous, la lune, astre de l’orient par excellence, au même titre que l’occident se conçoit volontiers comme une culture solaire, quasi pleine, nous invitait à l’éveil… de tous les sens et de l’esprit.

Oui, décloisonner est pour moi une orientation qui est toujours favorable à un surcroît de liberté puisque c’est notre vision sur le monde qui s’en trouve élargie, et par là, notre capacité à accueillir le nouveau, l’inédit, l’inconnu…

Pour la prochaine édition de 2014, le challenge d’Hubert Tassy en la matière n’est pas des moindres : accorder une place de choix à la musique baroque au sein d’une programmation qui fait habituellement la part belle au classique. Gageons qu’avec la complicité et la notoriété d’un Jordi Savall (Tous les matins du monde), le projet ne devrait pas rencontrer trop de résistances.

Si le Festival du Cloître souffre quelque peu d’une faible médiatisation, passablement vampirisé par le Festival du Jazz, mais aussi peu raccord avec la culture-plage typiquement azuréenne, il s’y déroule des expériences musicales passionnantes du meilleur niveau. Et qui peuvent émouvoir potentiellement jusqu’aux moins spécialistes tels que votre serviteur. Au fait, ça dure jusqu’au 14 août. Par ici la programmation.

Voilà, je voulais juste le faire savoir : pas cloîtré pour un sou le festival des profs-virtuoses !

Bonnes vacances. A dans trois semaines. Enfin, je crois…

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