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Nice et le Japon : zen beaucoup…

Comme chacun sait, Nice nourrit avec les anglais comme avec les russes une relation historiquement privilégiée. Mais il semblerait que Nice entretienne également des liens forts avec le Japon. C’est à cela que je pensais la semaine dernière à la fin de mon interview de Noriko Onda, maître d’Ikebana et intervenante au Musée des Arts Asiatiques de Nice. En écoutant le parcours de ce petit bout de femme sans âge aux gestes sûrs et libérés, je réalisais soudain que j’avais bel et bien devant moi un authentique maître de l’art floral traditionnel japonais. En la regardant réaliser sous mes yeux une superbe composition avec une extraordinaire économie de mouvements, je compris que cela ne tenait pas seulement au titre reçu il y a plus de 30 ans sur un rouleau-certificat. Je me suis déjà expliqué dans un précédent post sur ce que représente pour moi cette notion de maître (maître ou pas maître, telle est la question). Nous n’y reviendrons pas : le concept pour moi n’est pas galvaudé.

Je faisais juste ce constat : plus discrètement que le style slave, le nippon way of life est représenté à Nice de la plus belle manière. Pour ce qui est de l’aïkido, la cinquième ville de France a longtemps abrité le Dojo d’un certain Christian Tissier. Elle continue d’accueillir celui d’un autre shihan du « zen en mouvement » : Daniel Jean-Pierre. C’est également à Nice qu’a élu domicile, un représentant européen majeur du Bouddhisme Zen Sôtô : Roland Yuno Rech. Héritier de maître Taisen Deshimaru, appelé « le bodhidarma des temps modernes », il enseigne la pratique de la méditation assise, ou zazen, et la voie du bouddhisme zen en toute discrétion dans son dojo de l’avenue Notre Dame. Et pour revenir au Musée des Arts Asiatiques, si ses collections concernent l’ensemble de l’Asie (Chine, Inde, Japon…), c’est à l’architecte japonais Kenzo Tange, aujourd’hui disparu, que l’on doit ses lignes épurées particulières, cette beauté aérienne. Dans un tout autre registre, on peut citer également la présence sur Nice de Christophe Pinna, un des karatékas français les plus titrés, dont 5 titres mondiaux. Mais revenons à un peu plus de sérénité et de douceur avec les compositions florales de maître Noriko Onda. Car outre l’extrême qualité des représentants des arts nippons à Nice, une autre pensée me vint à la fin de mon interview. Je ne vais pas trop « spoiler » mon sujet commandé pour l’édition estivale du magazine Couleur Nice. Je voudrais juste dire que l’on reproche souvent à l’approche japonaise une certaine rigidité, un excès de rigueur et de formalisme. Pourtant, pour pratiquer régulièrement deux des disciplines citées ci-avant, je sais depuis longtemps qu’il ne faut pas s’arrêter à cette apparente tendance des japonais à tout ritualiser. Ce qui caractérise l’approche nippone c’est surtout la capacité à investir pleinement sa conscience dans toute activité entreprise, qu’elle soit empreinte de sacré ou non, qu’il s’agisse de servir le thé ou de vider son verre de saké. La « pleine conscience » est une philosophie incarnée qui est une des signatures du pays du soleil levant. Et la liberté dans l’histoire ? J’y viens…

Il existe environ 3000 écoles d’Ikebana au Japon. Toutes s’appuient sur un principe ternaire qui était originellement : terre-ciel-humanité. Chacune a aujourd’hui décliné a sa façon ce triangle fondateur : 1ère branche – 2ème branche – 3ème branche par exemple… Et dans le style que vous pratiquez, madame Onda, comment se décline ce principe ? Elle rit : à partir d’un certain niveau, on est dans une pratique libre… « Soyez naturels » martèle sans cesse Daniel Jean-Pierre. « Ne cherchez pas à prendre le contrôle des pensées et émotions » rappelle maître Roland Yuno Rech, dans un souffle, au beau milieu d’une séance de zazen. Sous l’apparent formalisme, derrière le cérémonial un poil guindé, l’inimitable discipline nippone est surtout invitation efficace à la spontanéité…

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