Archives mensuelles de mai, 2013

solo1euro

Transports en commun : pas très « nice » la hausse des prix.

En mai fais ce qu’il te plaît… Il ne fallait surtout pas le dire deux fois aux politiques de la région azuréenne qui ont mis en application dès le 3 mai une résolution votée deux mois plus tôt : une hausse de 50% sur le ticket de bus et de Tram à l’unité qui passe désormais à 1,50 €. Comme le disait Nice Matin : « le ticket unique à 1 €  a bel et bien vécu ». En 2008, la politique du « tout à un euro » sur les lignes départementales était un véritable événement dans la région. Je me souviens que mon fils a pu aller faire du snowboard dans le Mercantour avec le TAM (Transport des Alpes Maritimes : réseau du Conseil Général) pour seulement 2 € l’aller-retour !

Arguments avancés pour cette inflation fort déplacée dans le contexte de crise actuel ? Ils y en a trois principaux : c’était l’un des tarifs les moins chers de France, seuls les voyageurs occasionnels et les touristes paieront plein pot alors que les tarifs à l’abonnement maintiennent un prix unitaire de 1 €, et enfin cette politique a permis un report efficace des déplacements en voiture vers les transports en commun. Magnifique.

L’un des tarifs les moins chers de France ? Admettons. Mais est-ce que les politiques de cette région regardent bien les mêmes infos que moi ? Je veux dire, la baisse du pouvoir d’achat généralisé, ça leur parle ? Oui, nous avons bien compris qu’avec « un euro seulement, l’usager ne finance qu’une partie du coût réel de son trajet » (Nice Matin). Mais à vrai dire, peu importe. Dans un de mes post La gratuité, une utopie payante, on y justifiait la gratuité par « l’affirmation de la souveraineté populaire sur l’usage des moyens publics ». Oui, les collectivités locales, quelle que soit leur dimension et/ou leurs champs de compétences, ont me semble-t-il pour mission de faciliter au maximum les déplacements sur leur territoire. Et si la gestion de la gratuité est possible (et une réalité !) sur les collectivités de taille modeste, il est possible à mon sens d’arbitrer dans les budgets des grandes pour que le prix reste acceptable. Mais voilà, à Nice l’argent  va dans les grands projets pharaoniques : stade de foot mégalo, éco-vallée fort peu «  paysans friendly », coulée verte… Des travaux qui avancent au pas de charge alors que les prochaines municipales approchent. Je suis bien placé pour le savoir. Je préside l’association NSA, l’école de Skateboard à Nice, qui demande depuis plus de 4 ans 1000 malheureux m2 pour un skatepark digne de ce nom. Pour un budget epsilon donc dans les recettes de la 5ème ville de France. On m’a dit que la ville de Nice serait en train de couler du béton à l’heure où j’écris ces lignes. Notre asso est beaucoup moins prioritaire que le foot d’un point de vue marketing électoral…

Les touristes et les voyageurs seuls paieront « plein pot » ? Comme chacun sait, seule la France est touchée durement en ce moment par la baisse du pouvoir d’achat, les licenciements massifs, les draconiennes mesures d’austérité… Déjà que le tourisme azuréen n’est plus ce qu’il était. Ça va leur faire plaisir de se sentir plus pigeons que jamais les vacanciers qui ne sont ni riches ni russes. Et puis, les « voyageurs occasionnels », ce sont aussi des chômeurs, des travailleurs à la mission, des retraités,…

La politique du prix rond de 2008 a boosté la fréquentation des transports en commun ? Et oui, ma bonne dame ! Une hausse de 25% par exemple sur les bus sur les cinq dernières années ! Et donc plus de recettes me semble-t-il, ce qui, même si la hausse du trafic implique automatiquement quelques investissements supplémentaires (plus de rames par exemple sur le Tram), devrait permettre normalement de maintenir le prix unitaire à un niveau « socialement acceptable ».

Mais non, au plus fort de la crise, au deuxième trimestre consécutif de récession en France, on augmente les cotisations des auto-entrepreneurs, on se prépare à amputer les pensions retraites « par solidarité » et donc, dans les Alpes-Maritimes, on trouve politiquement acceptable une inflation de 50%. Bravo, très tendance, vraiment…

En tout cas, s’il y en a bien qui doivent se frotter les mains, ce sont les gars de la milice, euh… pardon de la BMI (Brigade Mobile d’Intervention), qui vont pouvoir verbaliser à tour de bras, avec leurs sales bobines de tueurs et leur look agressif qui créent une super ambiance dans les transports en commun niçois. Car comme vous le savez, à partir d’un certain prix, il est considéré comme plus rentable de prendre une contravention de temps à autre que de s’acquitter avec civisme de son petit ticket. Ah ça, pour le sécuritaire à Nice, on en met des moyens, il n’y a pas de problème ! A Nice, vous ne pourrez pas vous tromper si vous cherchez la milice, euh… la BMI, ils sont généralement une dizaine rassemblés autour du vilain fraudeur… Dire que dans un article datant de 2008, Nice Matin les qualifiait « d’anges gardiens ». Je ne les ai personnellement jamais vu lors des  dérapages violents dont j’ai pu être témoin.

En tout cas, pour ces collectivités locales le calcul est parfait. Moi qui suis un voyageur occasionnel, je vais devoir désormais systématiquement prépayer 9 voyages pour un déplacement occasionnel si je veux me comporter en gestionnaire responsable de mon budget familial. J’aimerais bien connaître le chiffre de l’augmentation des recettes sur les seules cartes à 10 voyages. Après le « prélèvement solidaire », le prépaiement… C’est pas furieusement tendance ça, chers décisionnaires de tous bords ?

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Nice et le Japon : zen beaucoup…

Comme chacun sait, Nice nourrit avec les anglais comme avec les russes une relation historiquement privilégiée. Mais il semblerait que Nice entretienne également des liens forts avec le Japon. C’est à cela que je pensais la semaine dernière à la fin de mon interview de Noriko Onda, maître d’Ikebana et intervenante au Musée des Arts Asiatiques de Nice. En écoutant le parcours de ce petit bout de femme sans âge aux gestes sûrs et libérés, je réalisais soudain que j’avais bel et bien devant moi un authentique maître de l’art floral traditionnel japonais. En la regardant réaliser sous mes yeux une superbe composition avec une extraordinaire économie de mouvements, je compris que cela ne tenait pas seulement au titre reçu il y a plus de 30 ans sur un rouleau-certificat. Je me suis déjà expliqué dans un précédent post sur ce que représente pour moi cette notion de maître (maître ou pas maître, telle est la question). Nous n’y reviendrons pas : le concept pour moi n’est pas galvaudé.

Je faisais juste ce constat : plus discrètement que le style slave, le nippon way of life est représenté à Nice de la plus belle manière. Pour ce qui est de l’aïkido, la cinquième ville de France a longtemps abrité le Dojo d’un certain Christian Tissier. Elle continue d’accueillir celui d’un autre shihan du « zen en mouvement » : Daniel Jean-Pierre. C’est également à Nice qu’a élu domicile, un représentant européen majeur du Bouddhisme Zen Sôtô : Roland Yuno Rech. Héritier de maître Taisen Deshimaru, appelé « le bodhidarma des temps modernes », il enseigne la pratique de la méditation assise, ou zazen, et la voie du bouddhisme zen en toute discrétion dans son dojo de l’avenue Notre Dame. Et pour revenir au Musée des Arts Asiatiques, si ses collections concernent l’ensemble de l’Asie (Chine, Inde, Japon…), c’est à l’architecte japonais Kenzo Tange, aujourd’hui disparu, que l’on doit ses lignes épurées particulières, cette beauté aérienne. Dans un tout autre registre, on peut citer également la présence sur Nice de Christophe Pinna, un des karatékas français les plus titrés, dont 5 titres mondiaux. Mais revenons à un peu plus de sérénité et de douceur avec les compositions florales de maître Noriko Onda. Car outre l’extrême qualité des représentants des arts nippons à Nice, une autre pensée me vint à la fin de mon interview. Je ne vais pas trop « spoiler » mon sujet commandé pour l’édition estivale du magazine Couleur Nice. Je voudrais juste dire que l’on reproche souvent à l’approche japonaise une certaine rigidité, un excès de rigueur et de formalisme. Pourtant, pour pratiquer régulièrement deux des disciplines citées ci-avant, je sais depuis longtemps qu’il ne faut pas s’arrêter à cette apparente tendance des japonais à tout ritualiser. Ce qui caractérise l’approche nippone c’est surtout la capacité à investir pleinement sa conscience dans toute activité entreprise, qu’elle soit empreinte de sacré ou non, qu’il s’agisse de servir le thé ou de vider son verre de saké. La « pleine conscience » est une philosophie incarnée qui est une des signatures du pays du soleil levant. Et la liberté dans l’histoire ? J’y viens…

Il existe environ 3000 écoles d’Ikebana au Japon. Toutes s’appuient sur un principe ternaire qui était originellement : terre-ciel-humanité. Chacune a aujourd’hui décliné a sa façon ce triangle fondateur : 1ère branche – 2ème branche – 3ème branche par exemple… Et dans le style que vous pratiquez, madame Onda, comment se décline ce principe ? Elle rit : à partir d’un certain niveau, on est dans une pratique libre… « Soyez naturels » martèle sans cesse Daniel Jean-Pierre. « Ne cherchez pas à prendre le contrôle des pensées et émotions » rappelle maître Roland Yuno Rech, dans un souffle, au beau milieu d’une séance de zazen. Sous l’apparent formalisme, derrière le cérémonial un poil guindé, l’inimitable discipline nippone est surtout invitation efficace à la spontanéité…

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