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Le gant de velours de La Bonne Nouvelle.

Ils sont deux. Un gars, une fille. Mais leur truc à eux, c’est pas vraiment le gag mars-vénus. Leur truc à eux c’est La Bonne Nouvelle. Ils sont en misson. En plein quartier de Pigalle, ils vont à la rencontre des âmes perdues. Au cœur de Paname-la-débauchée, ils souhaitent juste partager leur « Bonne Nouvelle ». Sans prosélytisme aucun. Sans contraindre le mécréant comme il est entendu dans l’Eglise Catholique. D’ailleurs, ils arborent tous les signes extérieurs de la plus grande humilité. Doux et humbles comme le Fils de l’Homme. Physiques ingrats et voix frêle assumés. A ces jeunes de cité affalés sur un banc, ils viennent poser la plus anodine des questions : croyez-vous en Dieu ? Avec tact et douceur, ils expriment ensuite leur bienveillante reconnaissance de la différence : vous êtes musulmans ? Ils finiront par développer ce qu’est cette fameuse Bonne Nouvelle que ces jeunes ignoraient probablement. Et demanderont au final l’accord du petit groupe pour une prière collective improvisée. Notre Père qui est êtes aux cieux…

Impression étrange de non-rencontre. L’humilité excessive me dérange. La tolérance courtoise me pose problème. Annoncer La Bonne Nouvelle sans contraindre est une contradiction dans les termes. Un vœu pieu. Car l’intention réelle est explicite dès l’intitulé. La Bonne Nouvelle… Cela suppose que toute autre parole, toute autre voie, tout autre message, est au mieux un ersatz de spiritualité. La Bonne Nouvelle rend caduque toutes les autres nouvelles…

En 1805, un jeune missionnaire fut envoyé au pays des Iroquois en vue d’y « répandre la Foi ». Ci-après la fin du discours que lui tint Sa-go-ye-wat-ha, alias Red Jacket, chef Seneca et grand orateur des Six Nations.

« (…) Frère, tu dis qu’il n’y a qu’une façon d’adorer et de servir le Grand Esprit.(…) Nous avons aussi une religion que  nos ancêtres ont reçue et nous ont transmise, à nous leurs enfants. Nous rendons le culte de cette manière. Il nous apprend à être reconnaissant pour toutes les faveurs que nous recevons, à nous aimer les uns les autres et à être unis. (…) Frère, nous ne voulons pas détruire ta religion, ni te la voler ; nous voulons seulement jouir de la nôtre. Frère, on nous a dit que tu avais prêché parmi les hommes blancs aux alentours. Ces gens sont nos voisins : nous les connaissons. Nous attendrons un peu et verrons les effets que tes prédictions ont eus sur eux. Si nous trouvons qu’ils deviennent meilleurs, plus honnêtes et moins disposés à tromper les Indiens, nous reconsidérerons ce que tu nous as dit. Frère, tu as maintenant entendu nos paroles et c’est tout ce que nous avons à dire pour l’instant. Comme nous allons partir, nous viendrons te serrer la main, souhaitant que le Grand Esprit te protège pendant ton voyage et te ramène sans incidents à tes amis. »

Lorsque Red Jacket s’avança pour serrer la main du missionnaire, celui-ci la refusa et dit : «  Il ne peut y avoir d’amitié entre la religion de Dieu et le Diable. »

Nous ne sommes plus en 1805. Depuis Vatican II, le chrétien de la « nouvelle évangélisation » évite toute forme de caricature de ce style. Il est comme les « veilleurs » actuels face au combat contre la mariage pour tous : adepte de la non-violence chère à Gandhi. Cela le grandit de facto pense-t-il, ce qui est vrai, mais, par un raccourci classique, l’amène à penser que la vérité est effectivement de son côté. Malheur à celui par qui le scandale arrive comme chacun sait. Donc, résister pacifiquement c’est avoir raison. De la Bible et du fusil, il n’a conservé que la première. Mais il ne pourra jamais se départir de ce complexe de supériorité qui fonde son credo. Ce qui, au passage, n’est pas un défaut propre au seul christianisme…

Je déteste les piles de livres. Je préfère le rangement horizontal, y compris pour les affaires de la transcendance. Dans ma bibliothèque, toujours à portée de main, la Bhagavad-Gîta, le Tao-te-King, le Shobogenzo et la Bible figurent au même niveau…

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